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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-20MA00713

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-20MA00713

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-20MA00713
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantFEAT SOCIETE D'AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société à responsabilité limitée (SARL) Asia Buffet à Volonté 13 a demandé au tribunal administratif de Marseille de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2012 à 2014 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 et des pénalités correspondantes ainsi que de l'amende qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts.

Par un jugement n° 1804914 du 20 décembre 2019, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2020, la SARL Asia Buffet à Volonté 13, représentée par Me Peltier-Feat, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 20 décembre 2019 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) de prononcer la décharge des impositions en litige, pénalités correspondantes et amende fiscale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires est viciée dès lors qu'elle repose sur des factures émanant de la société B qui ne correspondent pas à des achats qu'elle a réalisés ;

- la livraison effective des marchandises mentionnées sur ces factures et leur paiement ne sont pas démontrés ;

- les quelques factures non comptabilisées des sociétés Metro, Asia central et E correspondent à des achats des dirigeants et employés ;

- en tout état de cause, le montant toutes taxes comprises des factures devra être déduit du résultat reconstitué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2020, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Courbon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Asia Buffet à Volonté 13, qui exerce une activité de restauration asiatique, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices 2012 à 2014 à l'issue de laquelle des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été notifiés selon la procédure de rectification contradictoire. Elle relève appel du jugement du 20 décembre 2019, par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à la décharge des impositions supplémentaires auxquelles elle a ainsi été assujettie, des pénalités correspondantes et de l'amende qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité :

2. Il convient de confirmer, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges, au point 2 du jugement attaqué, le caractère régulier du rejet par l'administration fiscale de la comptabilité présentée par la SARL Asia Buffet à Volonté 13 lors des opérations de vérification et regardée comme non probante, en raison des graves irrégularités qui l'affectent.

En ce qui concerne la charge de la preuve :

3. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. () ". Les impositions en litige ont été établies conformément à l'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires le 9 janvier 2017. Par suite, la SARL Asia Buffet à Volonté 13 supporte la charge de la preuve de l'exagération des bases d'imposition.

En ce qui concerne la méthode de reconstitution des recettes :

4. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a reconstitué les recettes du restaurant à partir d'une méthode basée sur la détermination du chiffre d'affaires des solides et des liquides. D'une part, la méthode retenue pour reconstituer les recettes " liquides " de l'entreprise a consisté à déterminer, après dépouillement des factures d'achats incluant les factures non comptabilisées, le nombre de doses et de bouteilles revendues, et à appliquer les tarifs pratiqués par la SARL Asia Buffet à Volonté 13, en tenant compte d'un abattement pour pertes et offerts. D'autre part, le service a reconstitué le chiffre d'affaires de la nourriture proposée selon la formule du buffet à volonté et des plats à emporter, par l'application d'un coefficient, obtenu en divisant les recettes " solides " résultant des tickets Z journaliers par les achats revendus et comptabilisés des solides utilisés pour la confection des plats. Ce coefficient a été appliqué aux achats non comptabilisés de solides auprès des sociétés B, A, D et E, permettant de déterminer un chiffre d'affaires hors taxes réalisé avec des achats non déclarés. La société requérante ne remet en cause qu'une partie de la méthode de reconstitution de son chiffre d'affaires, concernant les recettes " solides ", générées par la vente des denrées alimentaires.

5. Pour contester la réintégration dans ses résultats d'un montant d'achats non comptabilisés résultant de recoupements avec les achats facturés au nom de l'intéressée par la société B, société spécialisée dans la vente de produits surgelés auprès d'une clientèle asiatique, la SARL Asia Buffet à Volonté 13 soutient n'avoir jamais réalisé les achats en cause auprès de cette société qui aurait utilisé à son insu, et à la demande d'autres clients, sa dénomination sociale pour facturer des prestations qui lui étaient étrangères. Il résulte de l'instruction que la société B est un fournisseur régulier de la SARL Asia Buffet à Volonté 13. Les factures obtenues dans le cadre de la vérification de comptabilité de ce fournisseur ont été communiquées à la SARL Asia Buffet à Volonté 13, le 15 décembre 2015. Celles-ci, qui comportent une numérotation chronologique cohérente avec les autres factures, portent sur des achats de même nature que ceux comptabilisés et mentionnent le nom et l'adresse de la SARL Asia Buffet à Volonté 13, les quantités et le prix unitaire des produits alimentaires achetés et font référence à un bon de livraison. Les dates des factures révèlent une interruption régulière des approvisionnements. L'administration a également constaté que les livraisons effectuées les jours de fermeture du restaurant concernaient aussi bien les factures comptabilisées par la société requérante que les factures non comptabilisées. Enfin, l'administration rappelle que ces factures, qui ne comportent pas de mention " pro forma ", étaient comptabilisées par la société B dans un compte client ouvert au nom de la requérante et qu'elles avaient été acquittées. Ces éléments ne sont pas utilement contredits par la SARL Asia Buffet à Volonté 13 qui se borne à produire un extrait du compte de tiers de la société B ouvert à son nom, au sein duquel ne figure notamment aucune facture relative à l'exercice 2013. En outre, elle ne saurait utilement se prévaloir de l'absence de production de bons de livraison correspondant aux factures non comptabilisées, l'administration relevant qu'aucun bon de livraison correspondant aux achats régulièrement comptabilisés n'est enregistré dans la comptabilité. Ainsi, la SARL Asia Buffet à Volonté 13 n'apporte pas la preuve qui lui incombe de ce que les achats en cause ne pouvaient être réintégrés dans ses résultats.

6. Par ailleurs, l'administration a constaté l'existence de factures non comptabilisées auprès de trois autres fournisseurs de la requérante, les sociétés A, D et E. S'agissant des factures établies par la société A et obtenues dans l'exercice de son droit de communication, il est relevé que les factures non comptabilisées sont payées en espèces alors que les factures comptabilisées le sont par chèque ou prélèvement. Les mois de septembre à novembre 2012 révèlent, en particulier, une baisse importante de factures comptabilisées alors que des factures non comptabilisées ont été identifiées. La société requérante, qui se borne à soutenir que les achats facturés auprès de ces trois sociétés et non comptabilisés n'ont été effectués que pour répondre aux besoins de ses dirigeants et de son personnel, n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations.

7. Il résulte de ce qui précède que la SARL Asia Buffet à Volonté 13 n'établit pas que la méthode de reconstitution de recettes retenue par l'administration fiscale pour déterminer son bénéfice imposable serait, en ce qui concerne la seule reconstitution du chiffre d'affaires des denrées alimentaires qu'elle conteste, radicalement viciée ou excessivement sommaire.

En ce qui concerne le montant toutes taxes comprises des charges admises en déduction :

8. Aux termes des dispositions de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. () ". Aux termes de l'article 38 A de l'annexe III au code général des impôts : " Le compte de résultat dont la production est prévue à l'article 38 est présenté hors taxes. ".

9. La société requérante demande que le montant toutes taxes comprises des factures litigieuses émises par les sociétés B, A, Asia central Market et E soit déduit de ses résultats imposables à l'impôt sur les sociétés des exercices 2012 à 2014 dès lors qu'elle n'a pu déduire la taxe sur la valeur ajoutée des factures litigieuses. Toutefois, il résulte de l'instruction que le service a retenu en charges déductibles le montant hors taxe des factures non comptabilisées et a admis en déduction la taxe sur la valeur ajoutée grevant les achats concernés. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a retenu pour la détermination du résultat imposable le montant hors taxe des sommes litigieuses.

Sur l'amende fiscale et les pénalités :

10. La SARL Asia Buffet à Volonté 13, qui ne fait valoir aucun moyen spécifique sur ce point, n'est pas fondée à demander la décharge de la majoration de 40 % et de l'amende fiscale prévues respectivement aux articles 1729 et 1759 du code général des impôts.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que la SARL Asia Buffet à Volonté 13 n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, doivent être rejetées ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Asia Buffet à Volonté 13 est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société à responsabilité limitée Asia Buffet à Volonté 13 et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, où siégeaient :

- Mme Helmlinger, présidente de la Cour,

- Mme Bernabeu, présidente assesseure,

- Mme Carotenuto, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juillet 2022.

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