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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA00355

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA00355

lundi 13 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA00355
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2308804 du 31 octobre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille, après avoir admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 16 février 2024, M. B, représenté par Me Carmier, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 31 octobre 2023 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2023 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et est insuffisamment motivé ;

- en considérant que la motivation de l'arrêté en litige était suffisante, le tribunal administratif a entaché sa décision d'illégalité ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le tribunal administratif a commis une erreur d'appréciation et entaché son jugement d'illégalité ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire qui est illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit pour n'avoir pas pris en compte les quatre critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour justifier de son édiction et de sa durée ;

- elle est disproportionnée ;

- le tribunal administratif qui a considéré que cette décision était justifiée a commis une erreur de droit ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 décembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Par une décision du 1er janvier 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Marseille a désigné M. Platillero, président-assesseur de la 3ème chambre pour statuer dans les conditions prévues à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, de nationalité algérienne, a fait l'objet d'un arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Il relève appel du jugement du 31 octobre 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir, pour demander l'annulation du jugement attaqué, d'erreurs d'appréciation et de droit que la première juge aurait commises.

4. En deuxième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré du défaut d'examen réel et complet de la situation personnelle de M. B, qui a été précédemment invoqué dans les mêmes termes devant la juge de première instance, par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée au point 5 de son jugement, le requérant ne faisant état devant la cour d'aucun élément de droit et de fait distinct de ceux soumis à son appréciation.

5. En troisième lieu, l'arrêté contesté comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il contient. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté manque ainsi en fait.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Selon l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B soutient être entré en France pour la dernière fois en novembre 2019, sans toutefois l'établir, et se maintenir sur le territoire français de manière continue depuis cette date. Toutefois, aucune des pièces versées au dossier n'est antérieure à la fin de l'année 2022. Si M. B, célibataire et sans enfant, se prévaut de sa relation avec une ressortissante française, aucune des pièces versées aux débats ne permet de justifier de l'existence de cette relation. S'il fait valoir en outre qu'il travaille dans le secteur de la boucherie depuis le mois d'octobre 2022, le caractère récent de cet emploi ne permet pas d'établir une insertion socioprofessionnelle notable. Enfin, l'intéressé, qui se prévaut de la présence régulière de son frère en France sans toutefois en justifier, n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, où réside le reste de sa famille et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5) de l'accord franco-algérien doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Selon l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "() ".

9. Si M. B présente son passeport en cours de validité, il n'établit pas, par la seule allégation selon laquelle il serait hébergé par son frère, au demeurant non établie par les pièces du dossier, qu'il dispose d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. En tout état de cause, il est constant que l'intéressé est entré de manière irrégulière sur le territoire français et s'y est maintenu sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Il résulte de l'instruction que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait, pour ce seul motif, pris la même décision de refus de délai de départ volontaire à l'encontre de M. B sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Par ailleurs, M. B ne fait état d'aucune circonstance particulière qui permettrait de considérer que la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. En sixième lieu, la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'est pas illégale, ainsi que cela résulte des points précédents. M. B n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

12. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. D'une part, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Il ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, il résulte des termes de l'arrêté en litige que, pour fixer à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet s'est fondé sur la circonstance que M. B ne justifiait pas de sa présence habituelle sur le territoire français depuis novembre 2019, de ce qu'il ne justifiait pas plus de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de ce qu'il n'était pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine et de ce qu'il n'avait pas exécuté la précédente mesure d'éloignement édictée à son encontre le 5 avril 2023. Si l'arrêté contesté ne mentionne pas que M. B représente une menace pour l'ordre public, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle circonstance ait été retenue à l'encontre de M. B. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet, qui a apprécié la durée de présence de l'intéressé sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et l'existence d'une précédente mesure d'éloignement au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à deux ans.

14. Par ailleurs, ainsi qu'il a été exposé au point 7, M. B n'établit pas avoir déplacé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. En outre, il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée et il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où réside le reste de sa famille. Dès lors, quand bien même l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire à deux ans et n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles elle a été prise. Ces moyens doivent dès lors être écartés. Pour les mêmes motifs, en tout état de cause, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. Enfin, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. B n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et doit être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Carmier.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 13 mai 2024.

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