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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-23TL00293

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-23TL00293

jeudi 14 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-23TL00293
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHAMBARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Toulouse d'annuler l'arrêté du 18 février 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un jugement n° 2101402 du 5 janvier 2023, le tribunal administratif de Toulouse a rejeté la demande de l'intéressée.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 janvier 2023 et 8 juin 2023, Mme B, représentée par Me Chambaret, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 18 février 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé en droit et en fait en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cet arrêté est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de la méconnaissance de son droit d'être entendue au regard de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dès lors qu'elle n'a pas pu présenter de manière utile et effective ses observations de sorte qu'elle a été privée d'une garantie ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire l'a privée d'une garantie dès lors que le préfet s'est abstenu de prendre en compte sa demande déposée le 17 février 2021 et la naissance récente de son fils qui ne pouvait voyager et a ainsi commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet s'est prononcé au regard de la seule demande imprécise qu'elle avait déposée le 24 septembre 2020, en méconnaissance de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet a entaché son arrêté d'un incompétence négative en ne se prononçant pas sur l'intégralité de ses demandes, notamment le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour ;

- en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de droit eu égard au défaut d'examen particulier de sa situation ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Par un arrêté du 18 février 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer à Mme B, ressortissante géorgienne née le 20 janvier 1993, un titre de séjour en qualité d'étudiante, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par la présente requête, Mme B relève appel du jugement du 5 janvier 2023 par lequel le tribunal administratif de Toulouse a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé les textes dont il a fait application, à savoir le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais aussi la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le représentant de l'Etat a également précisé les éléments de fait relatifs à la situation administrative et personnelle de Mme B, en particulier son arrivée sur le territoire français à l'âge de 27 ans, la circonstance qu'elle ne soit pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine ainsi que son inscription en première année de diplôme universitaire d'études françaises niveau B2. Alors que l'arrêté en litige pris le 18 février 2021 se prononce sur une demande d'admission au séjour en tant qu'étudiante présentée le 22 septembre 2020, laquelle est visée par le représentant de l'Etat, la circonstance qu'il ne soit pas fait mention du courrier daté du 15 février 2021 par lequel l'intéressée a demandé à nouveau un titre de séjour étudiant en sollicitant également le bénéfice des dispositions du 1° de l'article R. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur ne suffit pas à caractériser une insuffisance de motivation de cet arrêté. Enfin, la circonstance que la décision attaquée vise l'article 6 du règlement (UE) n° 2016/399 fixant le code frontières Schengen sans préciser les alinéas ou paragraphes de cet article applicables à la situation de Mme B est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées en méconnaissance de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme B soutient à nouveau en appel que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été prises au terme d'une procédure irrégulière du fait de la méconnaissance de son droit d'être entendue au regard de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. En se bornant à indiquer qu'elle n'a pas eu la possibilité de présenter de manière utile et effective son point de vue préalablement à l'édiction des décisions en litige, Mme B ne critique pas utilement l'appréciation portée sur ce moyen par les premiers juges. Il y a lieu, par suite, d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Toulouse aux points 4 et 5 du jugement attaqué.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient. / Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur de la demande lorsque la réponse de l'administration ne comporte pas les indications mentionnées à l'alinéa précédent. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a sollicité le 22 septembre 2020 auprès des services de la préfecture de la Haute-Garonne la délivrance d'une " carte/titre/autorisation temporaire de séjour exceptionnelle en tant qu'étudiante ". Si l'appelante a entendu préciser cette demande par une lettre recommandée avec accusé de réception envoyée le 16 février 2021 et distribuée le 18 février 2021, il ressort des termes de ce courrier que l'intéressée a sollicité d'une part, " la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " et d'autre part, a demandé au préfet d'instruire sa demande " sur la base des dispositions du 1° de l'article R. 313-10 " de ce même code. Toutefois, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué du 18 février 2021 que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la demande de l'appelante au regard de l'ensemble de ces dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par suite, la demande de délivrance d'un titre de séjour déposée auprès des services de la préfecture de la Haute-Garonne le 24 septembre 2020 n'était pas imprécise. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si l'appelante soutient que le préfet n'a pas examiné sa demande de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour valable du 25 juin 2020 au 24 septembre 2020 délivrée par le préfet du Gers, il résulte de ce qui vient d'être exposé au point précédent que Mme B n'a pas formulé une telle demande en saisissant à l'expiration de cette autorisation, le 24 septembre 2020, les services de la préfecture de la Haute-Garonne d'une demande de titre de séjour en qualité d'étudiante. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence négative du préfet de la Haute-Garonne doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachées les décisions attaquées à défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant ". En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée et sous réserve d'une entrée régulière en France. () ". L'article R. 313-10 de ce code précise : " Peut être exempté, sur décision du préfet, de l'obligation de présentation du visa de long séjour prescrite au 3° de l'article R. 313-1 : / 1° L'étranger qui suit en France un enseignement ou y fait des études, en cas de nécessité liée au déroulement des études. Sauf cas particulier, l'étranger doit justifier avoir accompli quatre années d'études supérieures et être titulaire d'un diplôme, titre ou certificat au moins équivalent à celui d'un deuxième cycle universitaire ou d'un titre d'ingénieur. Il est tenu compte des motifs pour lesquels le visa de long séjour ne peut être présenté à l'appui de la demande de titre de séjour, du niveau de formation de l'intéressé, ainsi que des conséquences que présenterait un refus de séjour pour la suite de ses études ; / 2° L'étranger qui a suivi une scolarité en France depuis au moins l'âge de seize ans et qui y poursuit des études supérieures. A l'appui de sa demande, l'étranger doit justifier du caractère réel et sérieux des études poursuivies. ". En l'absence de présentation d'un visa d'entrée de long séjour par l'étranger qui justifie poursuivre des études en France, il incombe à l'administration de vérifier si l'intéressé n'entre pas dans les cas de dispense prévus par les dispositions de l'article R. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Mme B, qui ne justifie pas satisfaire à l'obligation de visa de long séjour à laquelle elle est soumise, soutient que sa situation personnelle est de nature à l'exempter de l'obligation de présentation d'un tel visa en vertu des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. D'une part, l'intéressée se prévaut de " nécessités liées au déroulement de ses études ". Toutefois, l'appelante verse à l'appui de son argumentation un seul certificat de scolarité établi le 28 octobre 2020 par le directeur de la scolarité de l'université de Toulouse II attestant de son inscription au titre de l'année universitaire 2020-2021 en première année de diplôme universitaire d'études françaises niveau B2. Cet unique élément ne permet pas de regarder Mme B comme établissant que les conditions prévues par les dispositions des articles L. 313-7 ou R. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur seraient remplies. D'autre part, l'appelante fait valoir la particularité de sa situation dès lors qu'elle a donné naissance à son second enfant en France le 3 février 2021. Cependant, une telle circonstance est sans incidence sur la demande d'admission au séjour présentée au titre des dispositions des articles L. 313-7 et R. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Enfin, si l'appelante a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour de trois mois valable du 25 juin 2020 au 24 septembre 2020 délivrée par le préfet du Gers, cette circonstance ne la plaçait pas en situation de se voir délivrer de plein droit une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiante sur le fondement des dispositions citées au point précédent ni d'obtenir une dispense de visa de long séjour. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne, qui a examiné, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, la demande d'exemption de visa de long séjour présentée par la requérante, a pu légalement rejeter sa demande présentée au titre des articles L. 313-7 et R. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés, en refusant son admission au séjour, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle, familiale et administrative de l'appelante au regard des conséquences de sa décision.

12. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de la décision contestée : " () / II. L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Le délai de départ volontaire accordé à l'étranger peut faire l'objet d'une prolongation par l'autorité administrative pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

13. Il ressort des pièces du dossier que par son courrier du 15 février 2021 reçu par les services de la préfecture le 18 février suivant, soit le jour même de l'édiction de l'arrêté en litige, l'appelante a porté à la connaissance du préfet la naissance de son premier enfant le 3 février 2021. Si Mme B soutient qu'en donnant naissance à cet enfant le 3 février 2021 elle était dans l'impossibilité de voyager en avion avec son enfant compte tenu de son jeune âge, elle n'apporte aucun élément circonstancié à l'appui de cette allégation. Dès lors, ces circonstances ne sauraient justifier à elles seules la nécessité de lui accorder un délai de départ volontaire supplémentaire. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne, qui a précisé que le " délai de trente jours pourra faire l'objet d'une prolongation par l'autorité administrative s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à l'intéressée ; le cas échéant, elle sera informée de cette prolongation par écrit " et estimé que " sa situation personnelle et les circonstances précitées " ne justifiaient pas qu'un délai supplémentaire lui soit accordé, a pu légalement fixer à trente jours le délai de départ volontaire accordé à l'intéressée.

14. En dernier lieu, contrairement à ce que soutient l'appelante, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne, en fixant la durée de départ volontaire à trente jours, n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme B.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme B est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doivent être rejetées, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Nicolas Chambaret et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Fait à Toulouse, le 14 septembre 2023.

Le président de la 4ème chambre,

D. Chabert

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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