jeudi 3 juillet 2025
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| Section | Cour administrative d'appel de Toulouse |
| N° Dossier | CAA31-23TL02419 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022, en tant que le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Par un jugement n° 2202379 du 18 juillet 2022, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 12 octobre 2023, M. B, représenté par Me Blazy, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 18 juillet 2022 du tribunal administratif de Montpellier ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022, en tant que le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 233-3 et L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 423-7 de ce code ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 5 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 février 2024.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fougères a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant camerounais entré en France irrégulièrement le 29 mai 2019, selon ses déclarations, à l'âge de trente-trois ans, a présenté une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français à la suite de laquelle le préfet de l'Hérault, par arrêté du 7 avril 2022, a refusé de lui délivrer un titre de séjour en cette qualité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par la présente requête, M. B relève appel du jugement du 18 juillet 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
2. En premier lieu, à supposer que M. B ait entendu soulever un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 233-3 et L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé, de nationalité camerounaise, n'entre pas dans le champ de ces dispositions, pas davantage que son enfant et la mère de celui-ci, de nationalité française.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est père d'un enfant de nationalité française né en septembre 2020. Si l'intéressé soutient entretenir une relation de couple avec la mère de l'enfant bien qu'ils ne vivent pas sous le même toit, les éléments versés au dossier, et notamment l'attestation rédigée par celle-ci, ne permettent pas de l'établir. De même, alors que le tribunal administratif a jugé que M. B ne contestait pas résider en Allemagne à la date de la décision attaquée, l'intéressé, qui dispose seulement d'une adresse de domiciliation au centre communal d'action sociale de Montpellier, se borne à soutenir en appel qu'il devait garder son adresse en Allemagne pour y bénéficier d'un traitement médical, sans apporter aucun élément permettant de justifier ses dires et d'établir sa résidence habituelle en France et plus précisément à Montpellier. Dès lors, s'il ressort de l'attestation rédigée par la mère de l'enfant que M. B s'occupe de son fils lorsqu'il le voit, est présent lors de son anniversaire, l'emmène en sortie et va parfois le récupérer auprès de l'assistante maternelle ou le garde lors des congés de celle-ci, cette seule attestation permet seulement de justifier d'une contribution ponctuelle à l'éducation de son enfant, tout comme les photographies produites. Il en va de même de l'attestation de la directrice de la crèche de l'enfant établie plus de deux mois après la décision attaquée qui, si elle énonce que M. B dépose et vient chercher son fils une semaine sur deux, ne précise pas à partir de quelle date, ainsi que l'ont relevé le préfet et le tribunal administratif. En outre, à supposer même établie la prise en charge par l'intéressé d'un certain nombre d'achats de meubles, de vêtements pour enfant et de fournitures de santé qui lui étaient destinées, ce soutien modeste et ponctuel n'est pas suffisant, en l'absence de décision de justice fixant la contribution due par le père ou d'éléments précis sur sa situation financière, pour le regarder comme contribuant effectivement à l'entretien de son enfant depuis sa naissance. Dès lors, c'est sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de l'Hérault a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour sur ce fondement.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. B soutient avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors qu'il y réside depuis 2019 au côté de sa compagne et de son enfant, tous deux français, bien qu'ils ne vivent pas sous le même toit. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent arrêt, ni la relation conjugale avec la mère de l'enfant, ni la résidence habituelle en France de l'intéressé ne sont établies par les pièces du dossier, et celles-ci ne démontrent qu'une contribution ponctuelle à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Aucun autre élément du dossier ne permet de justifier que M. B, qui ne précise pas sa situation professionnelle, disposerait d'autres attaches personnelles ou professionnelles sur le territoire français. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que l'appelant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside au moins une enfant mineure, âgée de onze ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni, en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En dernier lieu, si les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version applicable en l'espèce, font obstacle à ce qu'une obligation de quitter le territoire français soit prise à l'encontre de " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ", le préfet de l'Hérault a pu, eu égard à ce qui a été dit au point 4 du présent arrêt, obliger M. B à quitter le territoire français sans méconnaître ces dispositions.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de M. B la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Rey-Bèthbéder, président,
Mme Fougères, première conseillère,
Mme Chalbos, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2025.
La rapporteure,
A. Fougères
Le président,
É. Rey-Bèthbéder
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026