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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA31-24TL00149

Cour administrative d'appel de Toulouse — Décision N° CAA31-24TL00149

mardi 16 septembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Toulouse
SectionCour administrative d'appel de Toulouse
N° DossierCAA31-24TL00149
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCAT MAZAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montpellier d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de l'Hérault a rejeté son recours gracieux du 12 avril 2021.

Par un jugement n° 2303313 du 16 novembre 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2024, M. A, représenté par Me Mazas, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Montpellier du 16 novembre 2023 ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente de cet examen, une autorisation provisoire de travail l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 € sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le jugement attaqué qui a omis de statuer sur sa demande d'annulation du refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au regard de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007, est insuffisamment motivée et par suite, est irrégulier ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision qui lui refuse un titre de séjour salarié méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il disposait d'une autorisation de travail ;

- cette décision qui lui refuse également la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, méconnaît les stipulations de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 juin 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 juillet 2025 à 12 heures.

Par une décision du 17 mai 2024, le bureau d'aide juridictionnelle auprès du tribunal judiciaire de Toulouse a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par lettre du 27 août 2025, que la cour est susceptible de soulever d'office les moyens tirés de l'irrecevabilité, d'une part, des conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant d'enregistrer la demande de M. A de délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité de salarié compte tenu du caractère incomplet de son dossier et, d'autre part, des conclusions tendant à l'annulation du refus implicite de délivrance de l'autorisation provisoire de séjour sollicitée dès lors que l'arrêté initial du 11 février 2021 présente un caractère définitif et que ce refus implicite pris à la suite du recours gracieux de M. A du 12 avril 2021 est purement confirmatif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relatif à la gestion concertée des flux migratoires et au co-développement du 5 juillet 2007 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Beltrami.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant gabonais né le 23 avril 1992, a sollicité le 20 octobre 2020 auprès des services de la préfecture de l'Hérault la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour mention " étudiant en recherche d'emploi " sur le fondement des stipulations de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais susvisé. Par un arrêté du 11 février 2021, le préfet de l'Hérault a refusé de faire droit à cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Par un jugement n° 2102889 du 30 septembre 2021 du tribunal administratif de Montpellier, confirmé par un arrêt n° 21MA04274 du 24 février 2022 de la cour administrative d'appel de Marseille, le recours en annulation introduit par M. A contre cet arrêté préfectoral a été définitivement rejeté. Parallèlement, M. A a présenté, le 12 avril 2021, un recours gracieux auprès des services de la préfecture de l'Hérault. Par un courriel du 17 juin 2021, ces services ont informé le conseil de M. A que sa nouvelle demande de titre de séjour était incomplète et qu'il lui incombe de recueillir une autorisation de travail validée auprès de la société de gardiennage qui l'emploie et de la transmettre dans un délai d'un mois au terme duquel naîtra un rejet implicite de sa demande. Saisi d'une requête tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet prise sur son recours gracieux, le tribunal administratif de Montpellier a, par un jugement du 16 novembre 2023 dont M. A, relève appel, rejeté sa demande.

Sur la qualification des décisions attaquées :

2. Aux termes de l'article R* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Selon l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. /(). "

3. Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai prévu à l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet de cette demande.

4. Il en va autrement lorsqu'il est établi que le dossier de la demande était incomplet, le silence gardé par l'administration valant alors refus implicite d'enregistrement de la demande, lequel ne constitue pas une décision susceptible de recours.

5. M. A conteste la légalité de la décision implicite de rejet née de son recours gracieux présenté le 12 avril 2021. Si l'appelant demandait dans son recours gracieux, à titre principal, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, il sollicitait également, à titre subsidiaire, le réexamen de sa situation et la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a sollicité, dans le cadre de l'instruction du recours gracieux, la présentation d'une autorisation de travail de l'employeur. Dès lors, en l'absence de transmission de cette pièce par le requérant, le préfet doit être regardé comme ayant implicitement refusé l'enregistrement de la demande de titre de séjour en qualité de salarié de M. A. De plus, le silence gardé par le préfet pendant quatre mois sur ce recours gracieux a également fait naître une décision de refus de délivrance de l'autorisation provisoire de séjour également sollicitée par le requérant. Il en résulte que M. A doit être regardé comme ayant présenté des conclusions en annulation dirigées, d'une part, contre le refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié " et, d'autre part, contre le refus implicite de délivrance de l'autorisation provisoire de séjour sollicitée.

Sur la recevabilité des conclusions en annulation dirigées contre le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour portant la mention " salarié " :

6. Selon l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". L'article R. 431-12 du même code dispose que : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / () ". Ainsi que le précise l'article L. 431-3 de ce code, la délivrance d'un tel récépissé ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. En outre, selon l'article R. 431-11 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ", cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour.

7. Ainsi qu'il été dit, le refus d'enregistrer une telle demande motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

8. Pour la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annexe 10 à ce code fixant la liste des pièces justificatives devant être produites par le demandeur, prévoit que ce dernier doit fournir, dans le cas où il occupe toujours l'emploi qui a justifié la dernière délivrance d'une autorisation de travail, une autorisation de travail correspondant au poste occupé ou une autorisation de travail dématérialisée. Dans le cas où le demandeur a changé d'emploi, il doit également fournir une autorisation de travail correspondant au poste occupé.

9. En l'espèce, il est constant que M. A n'a pas transmis à l'administration l'autorisation de travail sollicitée par le courriel de l'administration adressé le 17 juin 2021 à son avocate. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a bénéficié d'un titre de séjour l'autorisant à travailler jusqu'au 25 novembre 2020, a bénéficié d'un contrat à durée déterminée en qualité d'agent contractuel étudiant du mois de janvier 2019 au mois d'août 2020. Il a ensuite occupé, à compter du 27 novembre 2020, soit postérieurement à la validité de son autorisation de travail, l'emploi à durée indéterminée d'agent de sécurité et de prévention pour le compte de la société Compagnie de gardiennage et de sécurité. Si M. A soutient que l'autorisation de travail demandée n'était pas une pièce nécessaire à l'instruction de sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié ", il était toutefois tenu, en application de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont la teneur est rappelée au point 8, de présenter une autorisation de travail correspondant au poste occupé dès lors qu'il n'occupait plus l'emploi pour lequel il avait été autorisé à travailler pendant la durée de validité de son titre de séjour.

10. Dans ces conditions, l'appelant s'étant abstenu de transmettre à l'administration l'autorisation de travail sollicité, n'a pas déposé un dossier complet. Dès lors, le silence gardé par l'administration doit être regardé comme valant refus implicite d'enregistrement de sa demande, lequel ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours pour excès de pouvoir. Par suite, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant d'enregistrer sa demande de carte de séjour temporaire en qualité de salarié qui sont irrecevables, ne peuvent qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête en lien avec ces conclusions.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du refus implicite de délivrance de l'autorisation provisoire de séjour :

En ce qui concerne la régularité du jugement :

11. Un jugement qui omet de se prononcer sur certaines conclusions dont était saisi le tribunal doit être annulé comme irrégulier dans cette mesure.

12. En demandant au tribunal administratif de Montpellier l'annulation de la décision implicite de rejet du préfet prise sur son recours gracieux du 12 avril 2021, M. A demandait, à titre subsidiaire, l'annulation de la décision implicite de refus de délivrance de l'autorisation provisoire de séjour sollicitée sur le fondement de l'article 2. 2 de l'article franco-gabonais. En ne se prononçant pas sur ces conclusions, le tribunal a entaché d'irrégularité son jugement.

13. Il en résulte que M. A est fondé à demander l'annulation de ce jugement en tant qu'il n'a pas statué sur ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu d'évoquer et de se prononcer immédiatement sur cette demande.

En ce qui concerne le refus de délivrance de l'autorisation provisoire de séjour :

14. Dès lors que l'arrêté initial du 11 février 2021 portant refus de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour temporaire mention " étudiant en recherche d'emploi " sur le fondement de l'article 2.2 de l'accord franco-gabonais présente un caractère définitif, le refus implicite pris à la suite du recours gracieux de M. A du 12 avril 2021 tendant, à titre subsidiaire, à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur ce même fondement, est purement confirmatif. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation du refus implicite de délivrance de l'autorisation provisoire de séjour sollicitée sont irrecevables et doivent être rejetées.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se plaindre de ce que le jugement attaqué a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions en injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E:

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Montpellier est annulé en tant qu'il a omis de se prononcer sur les conclusions en annulation de la décision de refus implicite du préfet de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour.

Article 2 : La demande présentée par M. A devant le tribunal administratif de Montpellier, en tant qu'elle porte sur la décision de refus implicite du préfet de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour, et le surplus de ses conclusions présentées devant la cour, sont rejetés.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2025 à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

M. Bentolila, président-assesseur,

Mme Beltrami, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2025.

La rapporteure,

K. Beltrami

Le président,

M. RomnicianuLa greffière,

C. Lanoux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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