Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A... B..., épouse C..., a demandé au tribunal administratif de Montpellier d’annuler l’arrêté du 29 décembre 2022 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Par un jugement n° 2301935 du 13 juillet 2023, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 22 avril, 8 juillet 2024 et 22 juillet 2024, Mme B... épouse C..., représentée par Me Ruffel, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du 13 juillet 2023 du tribunal administratif de Montpellier ;
2°) d’annuler l’arrêté du 29 décembre 2022 du préfet des Pyrénées-Orientales ;
3°) à titre principal, d’enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros pa
r jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, ce règlement emportant renonciation à l’aide juridictionnelle ;
Elle soutient que :
- l’arrêté est entaché d’un vice d’incompétence dès lors que son signataire est titulaire d’une délégation trop générale ;
- il est entaché d’une erreur de fait ; le préfet mentionne dans l’arrêté qu’elle a fait l’objet d’un rejet implicite d’admission exceptionnelle au séjour alors qu’il s’agissait d’une décision de refus de regroupement familial ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation : l’atteinte causée à sa vie privée et familiale est disproportionnée ; le préfet ne pouvait considérer que l’absence de mise en œuvre de la procédure de regroupement familial depuis l’étranger par le couple permettait de regarder l’atteinte portée à la vie privée et familiale des intéressés comme non disproportionnée ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 13 juin et 10 juillet 2024, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par l’appelante ne sont pas fondés.
Mme B... épouse C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse du 15 mars 2024.
Par une ordonnance du 26 août 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Faïck,
- et les observations de Me Ruffel, représentant Mme B... épouse C....
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... épouse C..., née en Arménie le 30 juin 1998, de nationalité russe, déclare être entrée en France le 20 février 2018 sous couvert d’un titre de séjour délivré par les autorités allemandes. Le 20 octobre 2018, elle a épousé à Perpignan (Pyrénées-Orientales) M. C..., titulaire d’une carte de résident de dix ans valable jusqu’au 10 juin 2025. Par un courrier daté du 20 février 2019, le conseil des époux a adressé au préfet des Pyrénées-Orientales une demande de regroupement familial sur place au bénéfice de Mme B... épouse C.... Cette demande a fait l’objet d’une décision implicite de rejet. Le 11 décembre 2019, le préfet des Pyrénées-Orientales a explicitement rejeté la demande de regroupement familial. Le 10 janvier 2022, Mme B... épouse C... a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 29 décembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. Mme B... épouse C... relève appel du jugement du 13 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cet arrêté.
3. En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par M. Marcon, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Orientales. Par arrêté n° 2022353-0001 du 23 août 2022, régulièrement publié, M. Marcon a reçu délégation du préfet pour signer les actes, arrêtés, décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département, à l’exception des réquisitions de la force armée et des arrêtés portant élévation de conflit. Ainsi, M. Marcon a régulièrement reçu, par cette délégation, laquelle n’est ni générale ni absolue, compétence pour signer les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de l’arrêté en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si le préfet des Pyrénées-Orientales a, dans les motifs de sa décision, qualifié « d’admission exceptionnelle au séjour » la demande que Mme B... épouse C... avait présentée le 20 février 2029, cette mention constitue une simple erreur de plume dès lors que l’arrêté mentionne expressément le « regroupement familial sur place » pour évoquer le fondement de cette démarche. Dans ces conditions, l’erreur commise par le préfet, d’ailleurs sans rapport avec la demande de titre à laquelle il a été répondu, est sans incidence sur la légalité de l’arrêté en litige.
5. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n’entre pas dans les catégories (…) qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an (…) / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine. / L’insertion de l’étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ».
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B... épouse C... a contracté mariage, le 20 octobre 2018, avec M. C..., titulaire d’une carte de résident valable jusqu’en juin 2025. Dès lors qu’elle entre dans la catégorie des étrangers relevant de la procédure de regroupement familial, et indépendamment de l’issue défavorable réservée à une précédente demande de cette nature présentée par son conjoint, cette circonstance étant inopérante, l’appelante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
7. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
8. D’une part, Mme B... épouse C... soutient qu’elle réside de manière habituelle sur le territoire français depuis 2018, qu’elle s’y est mariée avec une personne titulaire d’une carte de résident avant de donner naissance à un enfant le 8 avril 2019. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B... épouse C... justifierait d’une intégration particulière sur le territoire français, tandis qu’aucun élément ne permet d’estimer qu’il en irait autrement pour son époux, les avis d’imposition du couple établis en 2020 et 2022 mentionnant, à cet égard, un revenu fiscal de référence nul. Enfin, si l’appelante se prévaut de la circonstance selon laquelle ses beaux-parents et son beau-père, ressortissant français, vivent en France, elle n’établit ni entretenir des liens particuliers avec eux ni être dépourvue de toute attache personnelle et familiale en Arménie. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l’arrêté en litige n’a pas porté au droit de Mme B... épouse C... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. D’autre part, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que le préfet, en estimant que Mme B... épouse C... aurait pu bénéficier de la procédure de regroupement familial pour entrer régulièrement en France, se serait cru lié par cette circonstance pour considérer que son refus ne portait pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de cette dernière. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de droit doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».
11. Il ressort des pièces du dossier que le fils de Mme B... épouse C... est scolarisé en France depuis l’année 2022-2023. Toutefois, rien ne permet d’estimer qu’il ne pourrait poursuivre sa scolarité en cas de retour dans son pays d’origine. Par ailleurs, l’arrêté contesté n’a ni pour objet ni pour effet de séparer l’appelante de son enfant, qui a vocation à la suivre en Arménie compte tenu de son jeune âge. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... épouse C... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montpellier a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 29 décembre 2022. Ses conclusions à fins d’annulation doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte, ainsi que celles relatives à l’application des dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu’être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B... épouse C... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... B... épouse C... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Pyrénées-Orientales.
Délibéré après l’audience du
2 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Faïck, président,
Mme Lasserre, première conseillère,
Mme Crassus, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.
La première conseillère,
N. Lasserre
Le président-rapporteur,
F. Faïck
La greffière,
E. Ocana
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,