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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-22BX00229

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-22BX00229

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-22BX00229
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère chambre - formation à 3
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C D a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2021 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Mme B F a demandé au tribunal administratif de Pau d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2021 par lequel le préfet des Hautes-Pyrénées lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n°2102763, 2102764 du 8 décembre 2021, la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 19 janvier 2022 sous le n° 22BX00228, M. D, représenté par Me Laspalles, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 8 décembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2021 le concernant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- ce jugement est irrégulier pour méconnaissance du principe du contradictoire dès lors que le mémoire en défense a été enregistré 30 minutes avant l'audience et qu'il n'a pas été mis en mesure de répliquer ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée par le rejet de sa demande d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- le préfet s'est considéré à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'un défaut de base légale ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des risques encourus par lui-même, sa femme et leurs deux filles et alors que la demande d'asile de sa plus jeune fille est toujours en cours d'examen.

Un mémoire présenté par le préfet des Hautes-Pyrénées a été enregistré le 23 juin 2022, postérieurement à la clôture automatique de l'instruction.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2022.

II°) Par une requête enregistrée le 19 janvier 2022 sous le n° 22BX00229, Mme F, représentée par Me Laspalles, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 8 décembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2021 la concernant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle invoque les mêmes moyens que ceux soulevés dans la requête n° 22BX00228.

Un mémoire présenté par le préfet des Hautes-Pyrénées a été enregistré le 23 juin 2022, postérieurement à la clôture automatique de l'instruction.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme H I a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B F, née le 2 octobre 1993, de nationalité nigériane, est, selon ses déclarations, entrée irrégulièrement en France en 2016. Son compagnon M. D, né le 14 août 1985, de même nationalité, a déclaré l'avoir rejointe de manière irrégulière le 30 mai 2018. Le couple a deux enfants nés en 2019 et en 2021. Les demandes d'asile présentées par les intéressés, ainsi que celle déposée au nom de leur fille mineure A, née 18 mars 2019, ont été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile par des décisions du 30 juillet 2021. Ils ont déposé une demande d'asile au nom de leur seconde fille mineure le 1er mars 2021. Par deux arrêtés du 30 septembre 2021 le préfet des Hautes-Pyrénées leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement forcé. M. D et Mme F relèvent appel du jugement du 8 décembre 2021 par lequel la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En vertu des dispositions de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 611-1, l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français s'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ou si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé. Selon l'article L. 614-5 du même code, applicable à la date du jugement attaqué : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. () Le président du tribunal administratif () statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine ( ) ". L'article R. 776-26 du code de justice administrative, applicable au contentieux relatif aux obligations de quitter le territoire français mentionnées par L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le prévoient les dispositions de l'article R. 776-13-2 de ce code, énonce que : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience ".

3. Les demandes de M. D et Mme F ont été inscrites à l'audience publique du 23 novembre 2021 à 14 heures du tribunal administratif de Pau. Les premiers mémoires en défense du préfet des Hautes-Pyrénées ont été enregistrés au greffe du tribunal le 23 novembre à 13 heures 25 et 13 heures 33, ainsi que cela ressort des mentions de ces mémoires, et ont été communiqués au conseil des requérants via l'application télérecours à, respectivement, 13 heures 30 et 13 heures 41. Ainsi, les requérants et leur avocat étaient à même de prendre connaissance des observations en défense du préfet des Hautes-Pyrénées, présentées avant la clôture de l'instruction, et auraient pu, soit y répondre par écrit, soit, s'ils avaient été présents ou représentés à l'audience publique, formuler leurs observations orales et demander éventuellement le renvoi de l'audience, l'instruction n'étant close qu'à l'issue de l'appel de leurs affaires à l'audience publique. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement attaqué en raison de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, M. D et Mme F se bornent à reprendre en appel, sans invoquer d'éléments de fait ou de droit nouveaux par rapport à l'argumentation développée en première instance et sans critiquer la réponse qui leur a été apportée par le premier juge, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration en l'absence de procédure contradictoire, de l'absence d'examen réel et sérieux de leur demande, de la méconnaissance du droit d'être entendu et de ce que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée par le rejet de leurs demandes d'asile. Les appelants n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal sur l'ensemble de ces moyens, il y a lieu de les écarter par adoption des motifs pertinents retenus par le premier juge.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de

sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " 1. Toute personne a droit au

respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y

avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette

ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société

démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être

économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la

protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Mme F et M. D se prévalent de la durée de leur présence sur le territoire

depuis respectivement 2016 et 2018, de la naissance de leurs deux filles en France, de ce qu'ils y ont l'essentiel de leurs attaches et de ce qu'ils justifient d'une parfaite intégration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les intéressés n'ont été autorisés à résider sur le territoire que durant l'instruction de leurs demandes d'asile et ils ne produisent aucun élément permettant de considérer qu'ils seraient dans l'impossibilité de poursuivre leur vie privée et familiale ailleurs qu'en France avec leurs enfants de même nationalité. Par ailleurs ils ne démontrent pas avoir engagé de démarche d'intégration ni avoir tissé des liens particuliers en France, en dehors de la cellule familiale qu'ils forment avec leurs enfants, et n'apportent aucun élément de nature à démontrer qu'ils seraient dépourvus de toute attache dans leur pays d'origine dans lequel ils ont vécu l'essentiel de leur vie. Dans ces conditions, les arrêtés en litige ne portent pas au droit au respect de la vie privée et familiale des requérants une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'ils poursuivent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux invoqués au point 6, et alors que les demandes d'asile des requérants et de leur fille aîné ont été rejetées et que la demande présentée pour leur fille cadette repose sur les mêmes éléments, les décisions

portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent être regardées comme emportant des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur leur situation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées ces décisions doit être écarté.

8. En quatrième lieu, pour les motifs énoncés aux points 6 et 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire:

9. En premier lieu, les moyens tirés de ce que ces décisions seraient entachées d'erreur de droit et dépourvues de base légale ne sont pas assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En second lieu, les requérants reprennent, dans des termes similaires et sans critique utile du jugement, les autres moyens invoqués en première instance tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen, de la méconnaissance de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, de la compétence liée et de l'erreur manifeste d'appréciation. Ils n'apportent ainsi aucun élément de droit ou de fait nouveau à l'appui de ces moyens auxquels le tribunal a suffisamment et pertinemment répondu. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

11. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté par adoption des motifs exposés au point 18 du jugement attaqué.

12. Il ressort des pièces du dossier que les demandes d'asile de M. D et de Mme F ont été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile, qui a relevé des propos évasifs et changeants des intéressés. La demande de leur fille A a également été rejetée dès lors que les craintes de persécution alléguées à son égard n'ont pas été considérées comme établies. La demande de leur fille G est fondée sur les mêmes faits et ils ne se prévalent, dans le cadre de la présente instance, d'aucun élément nouveau susceptible de permettre de tenir pour établi la réalité et l'actualité des risques qu'ils allèguent encourir ainsi que leurs filles en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F et M. D ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la présidente du tribunal administratif de Pau a rejeté leurs demandes. Par suite, leurs requêtes doivent être rejetées, y compris leurs conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles qu'ils présentent sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : Les requêtes de M. D et Mme F sont rejetées.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C D et Mme B F et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Marianne Hardy, présidente,

Mme Fabienne Zuccarello, présidente-assesseure,

Mme Christelle Brouard-Lucas, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 2022.

La rapporteure,

Christelle ILa présidente,

Marianne Hardy

La greffière,

Stéphanie Larrue

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

N° 22BX00228, 22BX00229

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