mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| Section | Cour administrative d'appel de Bordeaux |
| N° Dossier | CAA33-22BX00925 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre (formation à 3) |
| Avocat requérant | LANNE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D B C a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2022 G lequel la préfète de la Gironde a ordonné son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
G un jugement n° 2200538 du 11 février 2022, la magistrate désignée G la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
G une requête enregistrée le 22 mars 2022, M. B C, représenté G Me Lanne, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement de la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux du 11 février 2022 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2022 G lequel la préfète de la Gironde a décidé
son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
3°) à titre subsidiaire, de sursoir à statuer et de transmettre une question préjudicielle à la Cour de justice de l'Union européenne concernant les articles 17, 22 et 27 du règlement (UE)
n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
4°) d'enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer une attestation de
demandeur d'asile et un formulaire de demande d'asile à transmettre à l'Office français de
protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dans un délai de quinze jours à compter de la
notification de l'arrêt à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de
2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice
administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation, notamment au regard de la date de réception de la demande de prise en charge G les autorités espagnoles ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, compte tenu des
observations qu'il a présentées le 13 janvier 2022 et qui n'ont même pas été visées ;
- il méconnaît l'article 5.6 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 5.1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnait le principe de célérité de l'examen des demandes d'asile ;
- la préfète de la Gironde a commis une erreur manifeste d'appréciation en
s'abstenant de faire application de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement
n° 604/2013 du 26 juin 2013.
G un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Elle s'en remet à son mémoire de première instance.
M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale G décision du 17 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E F a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B C, ressortissant mauritanien né le 20 décembre 1980, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 5 juin 2021. Le 8 juin 2021, il s'est présenté à la préfecture de la Gironde afin d'y déposer une demande d'asile. Le relevé de ses empreintes décadactylaires ayant révélé qu'il avait précédemment déposé une demande similaire en Espagne le 14 janvier 2021, les autorités espagnoles ont été saisies, le 6 juillet 2021, d'une demande de prise en charge, sur le fondement de l'article 13-1 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Cette demande a été acceptée G une décision implicite des autorités espagnoles née le 8 septembre 2021. G arrêté du 19 janvier 2022, la préfète de la Gironde a ordonné sa remise aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. M. B C relève appel du jugement rendu le 11 février 2022 G lequel la magistrate désignée G la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande d'annulation de cet arrêté du 19 janvier 2022.
Sur la légalité de l'arrêté de transfert :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise G l'autorité administrative. () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, en particulier le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et les articles L. 572-1 à 7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne que M. B C a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 5 juin 2021 en provenance d'un autre Etat membre, qu'il s'y est maintenu sans être muni des documents et visa exigés, qu'il s'est présenté à la préfecture de la Gironde le 8 juin 2021 pour formuler une demande d'asile et que le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait introduit une première demande d'asile en Espagne le 14 janvier 2021, ce qui a conduit les autorités françaises à formuler le 6 juillet 2021 une demande de prise en charge de l'intéressé auprès de cet Etat en application de l'article 13-1 du règlement du 26 juin 2013, implicitement acceptée G les autorités espagnoles le 8 septembre 2021. Il ajoute qu'il ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale stable en France et que l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation de l'intéressé ne relève pas des dérogations prévues G les articles 3-2, 17-1 ou 17-2 du règlement du 26 juin 2013. Ainsi, quand bien même il ne précise pas la date de réception G les autorités espagnoles de la demande de prise en charge formulée G les autorités françaises qui se déduit au demeurant des informations délivrées, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. G suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent, que la préfète de la Gironde a procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. B C, quand bien même l'arrêté attaqué, qui n'a pas à reprendre de façon exhaustive tous les éléments du dossier, ne fait pas mention des observations de l'intéressé formulées G courriel le 13 janvier 2022.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 () /4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B C a bénéficié le 8 juin 2021, dans les locaux de la préfecture de la Gironde, de l'entretien individuel prévu G les dispositions précitées, entretien qui a été assuré G un agent qualifié de la préfecture. L'entretien s'est déroulé en présence d'un interprète de l'organisme ISM-Interprétariat en langue " hassanya " déclarée comprise G l'intéressé. Le résumé de l'entretien individuel produit G la préfecture indique que M. B C a déclaré avoir compris la procédure engagée à son encontre et avoir notamment été informé de ce qu'en vertu de l'article 41 du règlement n°604/2013, il avait la possibilité de présenter des observations. Il ressort de l'attestation de prestation d'interprétariat que la durée de cet entretien a été de 15 minutes. A cet égard, et en l'absence notamment de toute remarque de l'intéressé sur ce point, cet entretien doit être regardé comme ayant eu une durée raisonnable. G suite, M. B C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Gironde a méconnu les dispositions citées au point précédent de l'article 5 du règlement n° 604/2013.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies G le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ". Contrairement à ce que soutient le requérant et ainsi que l'a indiqué le premier juge, il ressort des pièces du dossier et plus précisément des mentions du résumé de l'entretien individuel qu'une copie de ce document, signé G ses soins, lui a été remise le 8 juin 2021. G suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Présentation d'une requête aux fins de prise en charge- 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. / () / Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés G le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite () ". Il résulte de ces dispositions, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-670/16 du 26 juillet 2017, qu'une décision de transfert vers un Etat membre autre que celui auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite ne saurait être valablement adoptée une fois expiré le délai de trois mois prévu G le 1 précité de l'article 21 (point 53). La Cour a précisé que ces dispositions contribuent de manière déterminante à la réalisation de l'objectif de célérité dans le traitement des demandes de protection internationale, mentionné au considérant 5 du règlement Dublin III, en garantissant, en cas de retard dans la conduite de la prise en charge, que l'examen de la demande de protection internationale soit effectué dans l'Etat membre où cette demande a été introduite afin de ne pas différer davantage cet examen G l'adoption et l'exécution d'une décision de transfert (point 54).
9. G ailleurs, aux termes de l'article 20 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Début de la procédure - 1. Le processus de détermination de l'État membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un État membre. / 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté G le demandeur ou un procès-verbal dressé G les autorités est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné. Dans le cas d'une demande non écrite, le délai entre la déclaration d'intention et l'établissement d'un procès-verbal doit être aussi court que possible () ". Selon le considérant 5 de ce même règlement : " Une telle méthode (de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile) devrait être fondée sur des critères objectifs et équitables tant pour les États membres que pour les personnes concernées. Elle devrait, en particulier, permettre une détermination rapide de l'État membre responsable afin de garantir un accès effectif aux procédures d'octroi d'une protection internationale et ne pas compromettre l'objectif de célérité dans le traitement des demandes de protection internationale ". Il résulte de ces dispositions, ainsi que l'a jugé la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt C-670/16, qu'au sens du paragraphe 2 de l'article 20 précité, une demande de protection internationale est réputée introduite lorsqu'un document écrit, établi G une autorité publique et attestant qu'un ressortissant de pays tiers a sollicité la protection internationale, est parvenu à l'autorité chargée de l'exécution des obligations découlant de ce règlement et, le cas échéant, lorsque seules les principales informations figurant dans un tel document, mais non celui-ci ou sa copie, sont parvenues à cette autorité. La cour a également précisé, dans cet arrêt, que, pour pouvoir engager efficacement le processus de détermination de l'Etat responsable, l'autorité compétente a besoin d'être informée, de manière certaine, du fait qu'un ressortissant de pays tiers a sollicité une protection internationale, sans qu'il soit nécessaire que le document écrit dressé à cette fin revête une forme précisément déterminée ou qu'il comporte des éléments supplémentaires pertinents pour l'application des critères fixés G le règlement Dublin III ou, a fortiori, pour l'examen au fond de la demande, et sans qu'il soit nécessaire à ce stade de la procédure qu'un entretien individuel ait déjà été organisé (point 88).
10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture de la Gironde le 8 juin 2021. G un courriel du 8 juillet 2021, les autorités espagnoles ont admis leur responsabilité dans l'examen de la demande d'asile de M. B C en précisant qu'une décision implicite d'acceptation naitrait après l'expiration du délai de deux mois, prévu à l'article 22 du règlement du 26 juin 2013. A cet égard, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué, qu'une décision implicite d'acceptation de prise en charge de la demande d'asile de M. B C G les autorités espagnoles est née le 8 septembre 2021. Il n'est cependant pas contesté que l'arrêté de transfert en litige est intervenu dans le délai requis G l'article 29 du même règlement. Dans ces conditions, la procédure de transfert, qui a tenu compte de la naissance de la décision implicite d'acceptation le 8 septembre 2021 a, en tout état de cause, été menée dans le respect de l'objectif de célérité dans le traitement des demandes de protection internationale, tel que mentionné au considérant 5 de ce règlement.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3.2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. / Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. / () ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. G dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée G un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement / () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement G écrit ". Si la mise en œuvre, G les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies G les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée G un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
12. Il résulte de ces dispositions que la présomption selon laquelle un Etat partie à la convention de Dublin du 15 juin 1990 respecte ses obligations découlant de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est renversée en cas de défaillances systémiques de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile dans l'État membre responsable, impliquant un traitement inhumain ou dégradant subi G ces derniers. Les dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013 prévoient ainsi que chaque État membre peut examiner une demande d'asile qui lui est présentée G un ressortissant d'un pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés G ce règlement. Cette possibilité, également prévue G l'article 17 du même règlement, doit en particulier être mise en œuvre lorsqu'il y a des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé courra, dans le pays de destination, un risque réel d'être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ce cas, les autorités d'un pays membre peuvent, en vertu du règlement communautaire précité, s'abstenir de transférer le ressortissant étranger vers le pays pourtant responsable de sa demande d'asile si elles considèrent que ce pays ne remplit pas ses obligations au regard de la Convention, notamment compte tenu de la durée du traitement et de ses effets physiques et mentaux ainsi que, parfois, du sexe, de l'âge, de l'état de santé du demandeur.
13. L'Espagne étant membre de l'Union Européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée G le protocole de New York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à celles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si M. B C soutient que les autorités espagnoles auraient volontairement pris la décision de ralentir la procédure d'examen de sa demande d'asile en faisant naitre une décision implicite d'acceptation de prise en charge, cette seule circonstance, au demeurant non établie, n'est pas de nature à démontrer que l'Espagne connaitrait actuellement des défaillances systémiques dans les conditions d'accueil qu'elle réserve aux demandeurs d'asile et que leur demande serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée G les autorités de ce pays dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées G le respect du droit d'asile. G suite, M. B C n'apporte pas d'éléments circonstanciés susceptibles de renverser la présomption susmentionnée. Dans ces conditions, la préfète de la Gironde a pu, sans commettre d'erreur de droit au regard des dispositions précitées, ni d'erreur manifeste d'appréciation, s'abstenir de faire usage de la clause discrétionnaire prévue G les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle, que M. A C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, G le jugement attaqué, la magistrate désignée G la présidente du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande. Ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées G voie de conséquence.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B C demande au titre des frais liés à l'instance.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. D B C et au ministre de l'intérieur. Copie en sera adressée à la préfète de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Karine Butéri, présidente,
M. Olivier Cotte, premier conseiller,
Mme Caroline Gaillard, première conseillère,
Rendu public G mise à disposition au greffe, le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
Caroline F
La présidente,
Karine ButériLa greffière,
Catherine Jussy La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026