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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA33-23BX01606

Cour administrative d'appel de Bordeaux — Décision N° CAA33-23BX01606

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Bordeaux
SectionCour administrative d'appel de Bordeaux
N° DossierCAA33-23BX01606
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantDEBRIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A D a demandé au tribunal administratif de Bordeaux d'annuler l'arrêté du 19 mars 2023 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2301453 du 27 mars 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour administrative d'appel :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, M. D, représenté par Me Debril, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 27 mars 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2023 du préfet de la Gironde ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'une incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation qui révèle un défaut d'examen particulier de sa demande.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il a fait la connaissance d'une ressortissante française avec laquelle il s'est marié religieusement et justifie d'une vie commune, qu'il est très présent aux côtés de cette personne qui a subi de graves difficultés de santé et des quatre enfants qu'elle a eus d'une précédente union, il justifie donc d'attaches privées et familiales particulièrement intenses sur le territoire français et par ailleurs d'une promesse d'embauche en vue de son intégration professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L.612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne justifie pas qu'un risque de fuite existe.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa vie privée est constituée en France et que sa présence ne représente pas une menace grave et actuelle à l'ordre public.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n° 2023/005364 du 11 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bordeaux.

Le président de la cour administrative d'appel de Bordeaux a, par une décision du 21 décembre 2022, désigné Mme Karine Butéri, présidente, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. D, ressortissant algérien né le 8 mars 1998, est entré en France en septembre 2020, selon ses déclarations. Le 11 décembre 2021, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement qui n'a pas été exécutée et il n'a pas respecté les prescriptions de l'arrêté du même jour prononçant son assignation à résidence. A la suite de son interpellation le 17 mars 2023 pour des faits de vol, le préfet de la Gironde a pris à son encontre, le 19 mars 2023, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. D relève appel du jugement du 27 mars 2023 par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, ainsi que l'a à juste titre relevé le magistrat désigné du tribunal, l'arrêté contesté a été signé par M. B C, sous-préfet de l'arrondissement de Lesparre-Médoc, qui disposait d'une délégation en vertu d'un arrêté préfectoral du 30 janvier 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des acte administratifs spécial n° 33-2023-021 de la préfecture de la Gironde, aux fins de signer notamment, pour les décisions relevant des six arrondissements de la Gironde lors des permanences qu'il est amené à effectuer, " toutes décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII (parties législative et réglementaire) du CESEDA ", dont font partie les décisions en litige. Contrairement à ce que soutient le requérant en appel, il appartient à la partie contestant la compétence du signataire d'un acte d'établir que les premiers délégataires n'étaient ni absents ni empêchés lors de la signature de cet acte. Or, M. D, auquel la délégation n'avait pas à être notifiée, n'établit pas que les personnes figurant avant M. C dans la chaîne de délégation n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date de la signature de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté par les motifs retenus par le premier juge et par ceux précédemment exposés.

4. En second lieu, M. D, en reprenant dans des termes similaires ses moyens de première instance visés ci-dessus, sans critique utile du jugement, n'apporte en appel aucun élément de fait ou de droit nouveau de nature à remettre en cause l'appréciation du premier juge qui y a pertinemment répondu. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné du tribunal administratif de Bordeaux.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée selon la procédure prévue par les dispositions citées au point 1 du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées par voie de conséquence.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D.

Une copie sera adressée pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 11 octobre 2023.

Karine Butéri

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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