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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-22NT00332

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-22NT00332

jeudi 9 juin 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-22NT00332
TypeOrdonnance
Recoursexécution décision justice adm
PublicationD
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B C épouse A a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler notamment la décision du 13 novembre 2019 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision des autorités diplomatiques françaises en Turquie rejetant sa demande de visa de long séjour présentée en qualité de conjointe d'un ressortissant français.

Par un jugement n° 1912606 du 2 juillet 2020, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Par une requête, enregistrée le 4 août 2020, Mme C, représentée par Me Eca, a demandé à la cour d'annuler le jugement du tribunal administratif de Nantes du 2 juillet 2020.

Par un arrêt n° 20NT02384 du 28 mai 2021, la cour administrative d'appel de Nantes a annulé la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 13 novembre 2019 ainsi que le jugement du tribunal administratif de Nantes du 2 juillet 2020 et a enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa de Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt.

Procédure d'exécution devant la cour :

Par une demande enregistrée le 17 décembre 2021, Mme C, représentée par Me Cissé, a saisi la cour afin d'obtenir l'exécution de l'arrêt n° 20NT02384 du 28 mai 2021.

Par une lettre du 14 janvier 2022, le président de la cour administrative d'appel de Nantes a informé Mme C du classement administratif de sa demande.

Par une lettre enregistrée le 3 février 2022, Mme C, représentée par Me Cissé, a contesté la décision de classement administratif.

Elle demande à la Cour :

- d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer un visa de long séjour dans les huit jours suivant la décision à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le ministre qui a attendu plus de quatre mois après la notification de l'arrêt du 28 mai 2021 pour réexaminer sa situation, n'a pas respecté l'autorité de la chose jugée ;

- il appartient au ministre d'apporter la preuve de la notification régulière de la décision du 25 octobre 2021 ;

- le ministre qui a fondé son réexamen sur la note du 8 octobre 2018 sans faire état d'aucun comportement ou fait nouveau, a repris la même motivation que celle figurant dans la décision du 13 novembre 2019 annulée par la cour ;

- il en résulte que la décision du 25 octobre 2021 méconnaît le dispositif de l'arrêt du 28 mai 2021 ;

- le ministre n'a pas exécuté l'arrêt du 28 mai 2021.

Par une ordonnance en date du 14 février 2022, le président de la cour administrative d'appel a, en application de l'article R. 921-6 du code de justice administrative, ouvert une procédure juridictionnelle.

Par un mémoire enregistré le 23 février 2022, le ministre de l'intérieur demande à la cour de procéder au classement administratif de la demande de Mme C.

Il soutient que :

- il a maintenu le refus de délivrance de visa à Mme C par une décision du 25 octobre 2021 qu'il a adressée à l'intéressée d'abord à l'adresse de son conjoint le 27 octobre 2021, puis à l'avocat qui la représentait en appel, Me Eca, le 24 décembre 2021 et enfin au président de la cour administrative d'appel de Nantes le 22 décembre 2021 dans le cadre de la procédure administrative d'exécution.

Par un mémoire enregistré le 7 mars 2022, Mme C, représentée par Me Cissé, demande à la Cour :

- d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer un visa de long séjour dans les huit jours suivant la décision à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

- de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le ministre qui a attendu plus de quatre mois après la notification de l'arrêt du 28 mai 2021 pour réexaminer sa situation n'a pas respecté l'autorité de la chose jugée ;

- il appartient au ministre d'apporter la preuve de la notification régulière de la décision du 25 octobre 2021 ;

- la décision contestée reprend la motivation de la décision censurée par la cour sans avoir été précédée d'un réexamen ni d'une nouvelle instruction de sa demande par le ministre ;

- elle n'est fondée sur aucun comportement ou fait postérieur à la décision annulée par la cour et ne fait pas l'objet d'une motivation actuelle et suffisante ;

- il en résulte que la décision du 25 octobre 2021 méconnaît le dispositif de l'arrêt du 28 mai 2021 ;

- le ministre n'a pas été exécuté l'arrêt du 28 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours () peuvent, par ordonnance : () / 7° Rejeter après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

2. Aux termes de l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

3. L'article R. 921-6 du même code précise : " Dans le cas où le président estime nécessaire de prescrire des mesures d'exécution par voie juridictionnelle, et notamment de prononcer une astreinte, ou lorsque le demandeur le sollicite dans le mois qui suit la notification du classement décidé en vertu du dernier alinéa de l'article précédent et, en tout état de cause, à l'expiration d'un délai de six mois à compter de sa saisine, le président de la cour ou du tribunal ouvre par ordonnance une procédure juridictionnelle.() ".

4. Mme C, ressortissante turque née en 2000, a épousé le 14 août 2018, en Turquie, M. A, de nationalité française, né en 1997. Les autorités diplomatiques françaises en poste en Turquie ont refusé de délivrer à Mme C le visa de long séjour qu'elle a sollicité en sa qualité de conjointe d'un ressortissant français. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par une décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 13 novembre 2019 au motif que la présence en France de Mme C représentait une menace pour l'ordre public. Par un arrêt n° 20NT02384 du 28 mai 2021, la cour administrative d'appel de Nantes a d'une part annulé la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 13 novembre 2019 et le jugement du tribunal administratif de Nantes du 2 juillet 2020 en tant qu'il rejette les conclusions de la demande dirigée contre cette décision et d'autre part enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa de Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt.

5. L'annulation par la cour de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 13 novembre 2019 pour insuffisance de motivation et l'injonction de réexamen faite au ministre implique que celui-ci réexamine la demande de visa de Mme C et adopte une nouvelle décision motivée sur cette dernière.

6. Il résulte de la décision du 25 octobre 2021 qui rappelle le dispositif de l'arrêt n°20NT02384 du 28 mai 2021 que, pour refuser de délivrer le visa sollicité par Mme C, le ministre a procédé au réexamen de sa demande de visa au regard notamment des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 312- 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il s'est fondé sur une note de signalement du service de sécurité intérieure de l'ambassade de France en Turquie dont il a rappelé le contenu. Le ministre justifie par ailleurs avoir adressé ce courrier à Mme C chez son mari le 27 octobre 2021 puis à l'adresse de l'avocat qui la représentait en appel, Me Eca, le 24 décembre 2021. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêt de la cour du 28 mai 2021 n'a pas été exécuté dès lors que le ministre a adopté une nouvelle décision motivée qu'il lui a notifiée. Par suite, la demande présentée par Mme C dans le cadre de l'exécution de l'arrêt du 28 mai 2021 est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du ministre, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C épouse A et au ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 9 juin 2022.

Alain PEREZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°22NT0033

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