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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-22NT00398

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-22NT00398

mercredi 2 août 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-22NT00398
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

I. Sous le no 2106551, Mme C F B a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 7 avril 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 29 décembre 2020 des autorités consulaires françaises à Conakry (Guinée) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de membre de famille d'un titulaire d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent ".

II. Sous le no 2106552, M. D B, agissant en qualité de représentant légal de sa fille mineure G E B, a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 7 avril 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 29 décembre 2020 des autorités consulaires françaises à Conakry (Guinée) refusant de délivrer à l'enfant A E B un visa de long séjour en qualité de membre de famille d'un titulaire d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent ".

Par un jugement nos 2106551, 2106552 du 6 décembre 2021, le tribunal administratif de Nantes a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2022, M. D B, agissant en qualité de représentant légal de sa fille mineure G E B, et Mme C F B, représentés par l'AARPI Accattone, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas sollicités ou, à défaut, de réexaminer les demandes, dans un délai de quinze jours à compter de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la décision contestée de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, tant au regard des actes d'état civil produits que des éléments de possession d'état.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bréchot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant guinéen né le 5 novembre 1981, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " valide du 10 juillet 2019 au 9 juillet 2023. Par des décisions du 29 décembre 2020, les autorités consulaires françaises à Conakry ont rejeté les demandes de visas de long séjour présentées par Mme C F B, son épouse née le 21 août 1986, et la jeune A E B, leur fille née le 1er avril 2019, en qualité de membres de famille d'un titulaire de carte de séjour " passeport talent ". Par une décision du 7 avril 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires. M. et Mme B relèvent appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Nantes a rejeté leurs demandes d'annulation de cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, recodifié à l'article L. 811-2 : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

3. La décision contestée de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est fondée sur le motif tiré de ce que les actes de naissance produits sont dépourvus de caractère probant et que l'identité des demanderesses de visa et, partant, leur lien familial allégué avec M. B ne sont pas établis.

4. Pour justifier de l'identité de la jeune A E B, les requérants ont produit au soutien de la demande de visa le volet no 1 d'un acte de naissance, dont la numérotation manuscrite peu lisible semble être " 2763 " ou " 2463 ", inscrit au feuillet 69 du registre 28 de l'année 2019 des registres des naissances du centre principal de Ratoma, dressé le 9 avril 2019, ainsi qu'une copie intégrale tapuscrite, établie le 24 avril 2019, d'un acte de naissance portant le no 2763 inscrit au feuillet 69 du registre 28 de l'année 2019 des registres de naissance du même centre, mentionnant un acte dressé le 9 avril 2019. Le numéro personnel d'identification figurant sur le passeport biométrique de l'enfant porte pour 11ème, 12ème et 13ème chiffres " 763 ", qui correspond à un acte numéroté 2763, conforme au volet no 1 et à la copie intégrale de l'acte de naissance de l'enfant.

5. Pour justifier de l'identité de Mme C F B, ont été produits à l'appui de la demande de visa un jugement supplétif d'acte de naissance no 623 rendu le 22 mars 2017 par le tribunal de première instance de Boké (République de Guinée), ainsi qu'un extrait légalisé du 28 mars 2017 d'un acte de naissance dressé le 28 mars 2017 sous le no 628/BEC/CU/BOK/2017 en transcription de ce jugement supplétif. S'il est vrai que le numéro personnel d'identification figurant sur le passeport biométrique de Mme B, délivré le 23 septembre 2020, qui ne correspond pas au numéro de cet acte de naissance, cette seule circonstance ne suffit pas, en l'espèce, à établir le caractère frauduleux du jugement supplétif produit, compte tenu de ce que les mentions relatives à l'identité sont corroborées par les autres documents produits, notamment l'acte de mariage de M. et Mme B.

6. Dès lors, c'est par une inexacte appréciation des faits de l'espèce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a estimé que l'identité des intéressées et, partant, leur lien familial avec M. B, n'étaient pas établis.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B sont fondés à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a rejeté leurs demandes.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent arrêt implique, eu égard aux motifs qui le fondent, que le ministre de l'intérieur et des outre-mer fasse droit aux demandes de visa. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas d'entrée et de long séjour sollicités par Mme B et la jeune A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à M. et Mme B au titre des frais liés à l'instance.

DÉCIDE :

Article 1er :Le jugement du 6 décembre 2021 du tribunal administratif de Nantes et la décision du 7 avril 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sont annulés.

Article 2 :Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas d'entrée et de long séjour sollicités par Mme B et la jeune A B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.

Article 3 :L'État versera à M. et Mme B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions de M. et Mme B est rejeté.

Article 5 :Le présent arrêt sera notifié à M. D B, à Mme C F B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Buffet, présidente de chambre,

- Mme Montes-Derouet, présidente-assesseure,

- M. Bréchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 août 2023.

Le rapporteur,

F.-X. BréchotLa présidente,

C. Buffet

La greffière,

A. Lemée

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22NT00398

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