jeudi 28 juillet 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-22NT01811 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | suspension sursis |
| Publication | D |
| Avocat requérant | RICHARD EMMANUELLE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme D E A et M. B A ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 21 juillet 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 17 mars 2021 des autorités consulaires françaises à Conakry refusant de délivrer un visa de long séjour à Mme D E A et à l'enfant Thierno D A au titre du regroupement familial.
Par un jugement n° 2110814 du 11 avril 2022, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 21 juillet 2021 de la commission de recours contre les refus de visas d'entrée en France et a enjoint au ministre de faire délivrer les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification de son jugement.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 10 juin 2022, le ministre de l'intérieur demande à la cour de prononcer le sursis à exécution de ce jugement en application des dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-le jugement supplétif et l'acte de naissance dressé sur sa transcription, produits à l'appui de la demande de visa de Mme A, ne comportent pas toutes les mentions exigées par l'article 175 du code civil guinéen ; le passeport de l'intéressée n'intègre pas, comme il le devrait, aux 11ème, 12ème et 13ème chiffres de son numéro personnel le numéro de cet acte de naissance mais celui d'un nouvel acte de naissance, daté du 17 août 2018, produit pour la première fois devant le tribunal administratif, alors que la réglementation guinéenne ne l'obligeait aucunement à refaire un acte de naissance ; le nouvel acte de naissance a été établi en 2018 sur transcription d'un jugement supplétif particulièrement lacunaire et insuffisamment motivé, et pour cette raison contraire à la conception française de l'ordre public international ; ce second jugement supplétif a été rendu après le dépôt de la demande de regroupement familial auprès du préfet du Val de Marne alors que le dossier déposé devait comporter le volet n°1 de l'acte de naissance en original et en copie, qui n'a pourtant pas été produit à l'appui de la demande de visa ; le second extrait d'acte de naissance datant de 2018 présente une numérotation incohérente au regard des règles régissant la tenue des registres d'état civil guinéens et n'a pas été légalisé en violation des dispositions de l'article 182 du code civil guinéen ; cet extrait d'acte de naissance ne mentionne pas les dates et lieu de naissance des parents de l'intéressée, éléments requis par l'article 184 du code civil guinéen pour identifier une personne, alors en outre qu'ils portent un des noms de famille les plus répandus en Guinée ; les documents d'état civil produits sont ainsi dépourvus de force probante et ne permettent pas d'établir l'identité de la demanderesse de visa ;
-le volet n°1 de l'acte de naissance fourni pour l'enfant Thierno D A présente une numérotation incohérente au regard des règles régissant la tenue des registres d'état civil guinéens ; cet acte mentionne toutes les dates sous forme de chiffres, ce qui est prohibé par les dispositions de l'article 188 du code civil guinéen ; l'acte ne nomme pas le déclarant et ne comporte pas sa signature, en méconnaissance de l'article 176 du code civil guinéen ; ce document est dépourvu de valeur probante et ne permet pas d'établir l'identité de la demanderesse de visa ;
-le moyen tiré de ce que les éléments de possession d'état établissent le lien matrimonial avec Mme A et le lien de filiation avec la jeune C D est inopérant dès lors que les liens familiaux ne sont pas contestés, seule l'identité des demanderesses de visas l'étant.
Vu :
- la requête n° 22NT01810, enregistrée au greffe de la cour le 10 juin 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur a demandé l'annulation du même jugement ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. L'article R. 811-15 du code de justice administrative dispose que : " Lorsqu'il est fait appel d'un jugement de tribunal administratif prononçant l'annulation d'une décision administrative, la juridiction d'appel peut, à la demande de l'appelant, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l'appelant paraissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement ". Et aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du même code : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d'une décision juridictionnelle frappée d'appel () ".
2. M. B A, ressortissant guinéen, a obtenu le 25 mai 2020 une autorisation de regroupement familial au bénéfice de Mme D E A, qu'il présente comme son épouse, et de la jeune C D A, leur fille alléguée. Les autorités consulaires françaises à Conakry ont toutefois refusé de délivrer les visas d'entrée en France sollicités au titre de cette autorisation. Le recours de M. et Mme A contre ce refus a été rejeté par une décision de la commission de recours contre les refus de visas d'entrée en France du 21 juillet 2021. Par la présente requête, le ministre de l'intérieur demande, sur le fondement des dispositions précitées, qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du 11 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Nantes a annulé les refus de visa opposés par la commission de recours et fait injonction au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités.
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par le ministre de l'intérieur à l'appui de sa requête, tels qu'ils sont rappelés ci-dessus, ne paraît de nature à justifier, outre l'annulation de ce jugement, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce dernier.
4. Il résulte de ce qui précède que le ministre de l'intérieur n'est pas fondé à demander qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du 11 avril 2022 du tribunal administratif de Nantes.
ORDONNE :
Article 1er : La requête du ministre de l'intérieur est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme D E A et à M. B A.
Fait à Nantes, le 28 juillet 2022.
J. FRANCFORT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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