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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-22NT02255

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-22NT02255

mardi 9 janvier 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-22NT02255
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D a demandé au tribunal administratif de Rennes, d'une part, d'annuler l'arrêté du 21 mai 2019 par lequel le maire de la commune de B a reconstitué sa carrière, d'autre part, d'enjoindre au maire de cette commune de reconstituer sa carrière, enfin de mettre à la charge de cette collectivité une somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n°1903729 du 24 juin 2022, le tribunal administratif de Rennes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 18 juillet 2022, 28 avril et 21 septembre 2023, M. , représenté par Me Collet, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 24 juin 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2019 du maire de la commune de B ;

3°) de mettre à la charge de la commune de B une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- c'est à tort que le tribunal a estimé que l'arrêté en date du 21 mai 2019 le plaçant en disponibilité d'office du 14 mai 2014 au 13 novembre 2015 n'était pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; tout d'abord, le comité médical du Morbihan, qui avait disparu entre le 1er janvier 2011 et le 5 juillet 2016, n'existait plus à la date où la commune de B a prononcé la mise en disponibilité d'office pour raison de santé ; ensuite, le docteur A - saisi suite à son initiative pour qu'une expertise soit réalisée auprès d'un médecin agréé relevant de sa pathologie (Rhumatologie) et donc, en lieu et place du docteur E orthopédiste) - a considéré qu'il était apte à l'exercice de ses fonctions sur un poste adapté ; les avis rendus par le comité médical n'ont qu'un caractère consultatif et la ville de B pouvait donc s'en affranchir ; de plus, pour fonder sa décision, la commune de B prétend s'être fondée sur " l'avis favorable du Comité médical supérieur en date du 16 avril 2019 qui confirme cette mise en disponibilité " ; or, au regard des pièces fournies par la commune de B elle-même, cet avis lui a été communiqué seulement le 27 juin 2019, soit bien après l'édiction de la décision litigieuse ;

- en second lieu, l'arrêté contesté du 21 mai 2019 méconnait les dispositions de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 ; la commune de B était dans l'obligation de lui demander de présenter une demande reclassement dans un autre corps avant de le placer en disponibilité d'office ; si la commune de B a soutenu avoir fait plusieurs propositions de réaménagement de poste, elle ne l'a jamais invité à présenter une demande de reclassement - entendu comme dans un autre cadre d'emploi - avant de prononcer sa disponibilité ;

- il conviendra à la commune de B de reconstituer sa carrière ;

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 février et 28 juillet 2023, la commune de B, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. la somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens présentés par M. ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coiffet,

- les conclusions de Mme Bougrine, rapporteure publique,

- et les observations de Me Leduc, substituant Me Collet, représentant M. , et de Me Couëtoux Du Tertre, substituant Me Marchand représentant la commune de B.

Une note en délibéré, enregistrée le 19 décembre 2023, a été produite pour M. .

Considérant ce qui suit :

1. M. a été recruté par la commune de B afin d'exercer les fonctions de policier municipal depuis le 1er décembre 1998. Par un jugement n° 1603371-1700876-1703913 du 18 avril 2018, devenu définitif, le tribunal administratif de Rennes a annulé l'arrêté du 9 juin 2016 par lequel le maire de B a respectivement promu M. au 9ème échelon du grade de gardien de police municipale à l'ancienneté minimum en ce que cette promotion prenait effet au 1er juin 2016, l'arrêté du 16 décembre 2016 par lequel cette même autorité l'a placé en disponibilité d'office à titre conservatoire du 14 mai 2014 au 13 novembre 2015 et l'arrêté du 3 juillet 2017 par lequel cette même autorité l'a reclassé 7ème échelon du grade de gardien- brigadier de police municipal au 1er janvier 2017, en ce que cet arrêté n'a retenu qu'une ancienneté de quatre mois et vingt jours. Le tribunal a, par ailleurs, enjoint au maire de B de réexaminer la situation de M. , de statuer définitivement sur sa position administrative pour la période du 14 mai 2014 au 13 novembre 2015, après consultation du comité médical, et de réexaminer par ailleurs, au vu de la décision qui sera prise sur la position administrative de M. , ses droits concernant son avancement au 9ème échelon du grade de gardien de police municipale et son reclassement au 7ème échelon du grade de gardien-brigadier, et enfin, de prendre une nouvelle décision dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Par un arrêté du 21 mai 2019, le maire de la commune de B a placé M. en disponibilité d'office pour raison de santé du 14 mai 2014 au 13 novembre 2015, l'a reclassé au 8ème échelon du grade de gardien de police municipale au 1er janvier 2015, l'a réintégré à compter du 14 novembre 2015, l'a promu au 9ème échelon à compter du 8 juin 2016, l'a reclassé au 7ème échelon du grade de gardien brigadier à compter du 1er janvier 2017, l'a promu brigadier-chef principal et classé au 3ème échelon de ce grade à compter du 1er janvier 2018 et, enfin, l'a promu au 4ème échelon de ce grade à compter du 16 août 2018 Un arrêté du 12 juillet 2019 a modifié les articles 4 à 8 de l'arrêté du 21 mai 2019.

2. M. a, le 19 juillet 2019, saisi le tribunal administratif de Rennes d'une demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 mai 2019 du maire de la commune de B. Par un jugement du 24 juin 2022, cette juridiction, après avoir estimé que le recours dont elle était saisie devait être regardé comme dirigé contre l'arrêté du 21 mai 2019 dans sa version modifiée par l'arrêté du 12 juillet 2019 et écarté, en conséquence, l'exception de non-lieu opposée par la commune de B, a rejeté la demande de M. . Ce dernier relève appel de ce jugement.

Sur la légalité de l'arrêté du 21 mai 2019 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions applicables à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 58 ". Aux termes de l'article 19 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration, dans sa rédaction applicable au litige : " La mise en disponibilité peut être prononcée d'office à l'expiration des droits statutaires à congés de maladie prévus au premier alinéa du 2°, au premier alinéa du 3° et au 4° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et s'il ne peut, dans l'immédiat, être procédé au reclassement du fonctionnaire dans les conditions prévues aux articles 81 à 86 de la loi du 26 janvier 1984 ". M. soutient que l'arrêté en date du 21 mai 2019 le plaçant en disponibilité d'office du 14 mai 2014 au 13 novembre 2015 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

4. Il ressort des pièces versées au dossier de première instance, d'une part, que le comité médical départemental, qui s'est référé expressément à l'expertise médicale du 17 septembre 2015, s'est prononcé, par un avis du 15 juin 2018, en faveur du placement en disponibilité d'office de M. pour raisons de santé " à compter du 14 mai 2014 suite à un congé de maladie ordinaire d'un an et à la reprise du travail sur un poste aménagé à déterminer avec le médecin de prévention " et que, d'autre part, cet avis médical du 15 juin 2018 a ensuite été confirmé, s'agissant de l'état de santé du requérant sur la période considérée, par l'avis du comité médical supérieur émis le 16 avril 2019, intervenu avant l'intervention de l'arrêté contesté du 21 mai 2019. La circonstance que ce dernier avis n'aurait été transmis que postérieurement à l'employeur de l'agent demeure, à cet égard sans incidence. Si M. conteste la pertinence de l'avis du comité médical du 15 juin 2018, il ne saurait cependant utilement se prévaloir du rapport d'expertise du docteur A concluant à son aptitude à l'exercice de ses fonctions sur un poste adapté - appréciation qui ne contredit pas d'ailleurs l'avis médical précité - rapport qui a été établi le 23 septembre 2015, soit postérieurement au point de départ de la période de placement en disponibilité d'office pour raison de santé de l'agent, et ne se prononce pas sur l'état de santé de l'intéressé à la date du 14 mai 2014. Dans ces conditions, il n'est pas établi que l'arrêté contesté, qui place M. en disponibilité d'office pour raisons de santé du 14 mai 2014 au 13 novembre 2015, serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au litige : " La disponibilité est prononcée, soit à la demande de l'intéressé, soit d'office à l'expiration des congés prévus aux 2° () de l'article 57 () ". Aux termes de l'article 81 de la même loi : " Les fonctionnaires territoriaux reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions peuvent être reclassés dans les emplois d'un autre cadre d'emploi ou corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". En application de l'article 4 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des comités médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux, le comité médical départemental donne un avis " sur l'octroi et le renouvellement des congés de maladie et la réintégration à l'issue des congés de maladie " et est obligatoirement consulté pour " la mise en disponibilité d'office pour raison de santé et son renouvellement () ". L'article 17 du même décret dispose que : " () Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret du 30 septembre 1985 susvisé, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. () ".

6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions et des dispositions citées au point 3 que l'administration doit, après avis du comité médical, inviter le fonctionnaire qui a été déclaré inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état physique et dont le poste de travail ne peut être adapté, à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps. En revanche, lorsque le fonctionnaire a été déclaré apte à reprendre ses fonctions et que le placement en disponibilité d'office n'intervient qu'à titre rétroactif pour régulariser la situation du fonctionnaire, l'administration ne saurait être tenue de l'inviter à présenter une demande de reclassement.

7. Il ressort des pièces du dossier, ainsi que rappelé au point 4, que le comité médical a prononcé, le 15 juin 2018, un avis favorable au placement de M. en disponibilité d'office à compter du 14 mai 2014 et a précisé que M. était apte à la reprise du travail sur un poste aménagé à déterminer avec le médecin de prévention. Dans ces conditions, la commune de B n'était pas dans l'obligation d'inviter M. à présenter une demande de reclassement dans un emploi d'un autre corps avant de le placer en disponibilité d'office. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rennes a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 21 mai 2019.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D et à la commune de B.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Gaspon, président,

- M. Coiffet, président-assesseur,

- Mme Gélard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

Le rapporteur,

O. COIFFETLe président,

O. GASPON

La greffière,

I. PETTON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°22NT022551

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