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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-22NT02545

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-22NT02545

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-22NT02545
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B, épouse C a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 7 février 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique formé contre la décision du 19 juin 2018 du préfet de la Drôme rejetant sa demande de naturalisation.

Par un jugement n° 1903949 du 1er décembre 2021, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2022, Mme A B épouse C, représentée par Me Borges de Deus Correia, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes du 1er décembre 2021 ;

2°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur du 7 février 2019 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui notifier une nouvelle décision dans un délai d'un mois suivant la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les premiers juges ont insuffisamment motivé leur jugement ;

- le tribunal n'a pas répondu à l'ensemble des moyens de son recours et n'a pas pris en compte les éléments justifiant l'absence de revenus personnels issus d'une activité professionnelle ;

- la décision contestée est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ; le ministre a considéré à tort qu'il était en compétence liée compte tenu de l'insuffisance ou de l'origine de ses ressources ; il n'a pas pris en compte sa situation personnelle ;

- elle méconnaît la circulaire du 16 octobre 2012 ;

- elle méconnaît l'article 34 de la convention relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 1er juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme C, ressortissant syrienne née le 28 janvier 1953, relève appel du jugement du 1er décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision du 7 février 2019 du ministre de l'intérieur rejetant sa demande de naturalisation.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Le jugement attaqué rappelle les textes dont il est fait application. Il ressort ensuite de ses motifs et notamment du point 4, que le tribunal administratif de Nantes qui n'était pas tenu de répondre au détail de l'argumentation présentée par Mme C, a répondu de manière suffisamment motivée à l'ensemble des moyens et conclusions dont il était saisi. En particulier, les premiers juges ont d'abord exposé les éléments factuels que la postulante a fait valoir pour justifier l'absence de revenu personnel à savoir les circonstances de son arrivée en France et son âge et non pas une absence de volonté de travailler ou de subvenir par elle-même à ses besoins, l'intéressée ayant démontré avoir fait preuve de persévérance et de cohérence dans son parcours. Le jugement précise ensuite qu'eu égard au pouvoir dont dispose le ministre pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, aucune erreur de droit, ni erreur de fait, ni erreur manifeste d'appréciation ne pouvait être constatée au regard de la situation personnelle de Mme C qui ne résidait en France que depuis quatre ans à la date de la décision contestée, était sans emploi et ne disposait que de l'allocation de solidarité aux personnes âgées. Les moyens tirés de l'irrégularité du jugement pour insuffisance de motivation et défaut de réponse à un moyen doivent dès lors être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de déclarer irrecevable, de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ".

5. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressé dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'il dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France. Pour rejeter une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, l'autorité administrative ne peut se fonder ni sur l'existence d'une maladie ou d'un handicap ni, par suite, sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé lorsqu'elle résulte directement d'une maladie ou d'un handicap.

6. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par Mme C, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'examen de son parcours professionnel, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'elle a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes et stables.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée Mme C, née en 1953 et bénéficiaire du statut de réfugiée en France depuis 2016, deux ans après son entrée en France, ne disposait pas de revenus personnels et ne subvenait à ses besoins qu'à l'aide de l'allocation de solidarité pour les personnes âgées. Si la requérante fait valoir qu'elle a suivi des cours de français et entrepris des démarches pour trouver un emploi dès 2016 mais que ses recherches furent vaines malgré ses efforts et que son autorisation de travail n'a duré que neuf mois en demi avant qu'elle n'atteigne l'âge légal de la retraite, il est constant qu'elle n'a jamais exercé d'activité professionnelle en France. En outre, si l'intéressée verse au dossier, pour la première fois en appel, un certificat médical du 10 janvier 2022 selon lequel " depuis 2015 son état de santé ne lui a pas permis de pratiquer une activité professionnelle ", ce seul certificat non circonstancié ne suffit pas établir que l'insuffisance des ressources de l'intéressée résulterait directement d'une maladie ou d'un handicap. Dès lors, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, le ministre chargé des naturalisations, a pu, après avoir examiné l'ensemble de la situation de l'intéressée et sans s'estimer en situation de compétence liée, rejeter la demande de naturalisation de Mme C pour le motif mentionné ci-dessus sans entacher sa décision ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, en dépit de sa bonne intégration dans la société française et de ce qu'elle bénéficie du statut de réfugié.

8. En troisième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 16 octobre 2012 relative aux procédures d'accès à la nationalité française, laquelle ne comporte pas de lignes directrices dont l'intéressée peut utilement se prévaloir devant le juge.

9. Enfin, aux termes de l'article 34 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés : " Les Etats contractants faciliteront, dans toute la mesure du possible, l'assimilation et la naturalisation des réfugiés. Ils s'efforceront notamment d'accélérer la procédure de naturalisation et de réduire, dans toute la mesure du possible, les taxes et les frais de cette procédure ". Cet article ne crée pas pour l'Etat français l'obligation d'accueillir les demandes de naturalisation présentées par les personnes bénéficiant du statut de réfugié. Par suite, Mme C ne peut faire valoir que la décision contestée méconnaît ces stipulations.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, épouse C.

Une copie sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 28 décembre 2022.

C. BUFFET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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