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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-23NT00516

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-23NT00516

lundi 3 avril 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-23NT00516
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 2 septembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision des autorités consulaires françaises à Bruxelles refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en qualité d'étudiant.

Par un jugement n° 2211814 du 30 janvier 2023, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 2 septembre 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et a enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 24 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande à la cour de prononcer le sursis à exécution de ce jugement en application des dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative.

Le ministre soutient que :

- la décision de la commission de recours n'est pas entachée d'erreur d'appréciation ;

- M. B n'établit pas être en capacité de financer ses frais d'études à l'école " Estya University " ni ses besoins pour l'année envisagée ; aucun virement irrévocable n'a été mis en place à son bénéfice par son garant qui a par ailleurs de lourdes charges au regard de ses revenus ; sa mère ne justifie pas avoir les ressources nécessaires pour prendre en charge ses frais de scolarité ;

- le demandeur recherche depuis plusieurs années à obtenir un visa pour entrer en France ;

- son projet d'études ne paraît ni sérieux ni cohérent ; il a présenté plusieurs demandes d'inscription dans des domaines divers sans cohérence entre eux ni avec son parcours universitaire en Algérie ; aucun organisme en France n'est habilité à la préparation de la certification envisagée ; la formation concernée n'est pas reconnue par l'Etat français et n'est pas sanctionnée par la délivrance de diplôme de l'enseignement supérieur ou d'autre qualification de niveau supérieur reconnus ;

- ni son projet ni sa réorientation n'ont été clairement motivés lors de son entretien avec le service de coopération et d'action culturelle (SCAC) ;

- il ne peut prétendre avoir de solides attaches en Algérie ; son père réside irrégulièrement en France en 2017 ; sa sœur y est entrée après de multiples demandes de visas ; sa mère et sa jeune sœur ont également déposé plusieurs demandes de visas pour venir en France ;

- titulaire d'un titre de séjour belge en cours de validité, il aurait pu commencer à suivre ses cours en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2023, M. A B, représenté par Me Guilbaud, conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours et à la condamnation de l'Etat au versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il justifie d'une inscription à l'école " Estya University " au titre de l'année universitaire 2023/2024 et soutient qu'aucun des moyens soulevés par le ministre n'est fondé.

Vu :

- la requête n°23NT00515 enregistrée le 24 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a demandé l'annulation du jugement n° 2211814 du 30 janvier 2023 du tribunal administratif de Nantes ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'instruction interministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours peuvent () par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d'une décision juridictionnelle frappée d'appel () ".

2. Aux termes de l'article R. 811-15 de ce code : " Lorsqu'il est fait appel d'un jugement de tribunal administratif prononçant l'annulation d'une décision administrative, la juridiction d'appel peut, à la demande de l'appelant, ordonner qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l'appelant paraissent, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce jugement ".

3. Aucun des moyens soulevés par le ministre ne paraît, en l'état de l'instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l'annulation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d'annulation accueillies par ce même jugement. Il suit de là que les conclusions du ministre tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du 30 janvier 2023 doivent être rejetées.

4. La présente ordonnance n'appelle pas d'autre mesure d'exécution que celle déjà prononcée par les premiers juges. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'injonction visées ci-dessus ne peuvent qu'être rejetées.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à de M. B, de la somme de 1 000 euros au titre des frais engagés pour l'instance, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête à fin de sursis à exécution du ministre de l'intérieur et des outre-mer est rejetée.

Article 2 : Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B sont rejetées.

Article 3 : L'Etat versera à M. B, la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. B.

Fait à Nantes, le 3 avril 2023.

C. BUFFET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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