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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-23NT02128

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-23NT02128

mercredi 22 mai 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-23NT02128
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBENVENISTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision du 15 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours formé contre une décision des autorités consulaires françaises à Moscou (Russie) refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'étudiant.

Par un jugement n° 2216969 du 20 juin 2023, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision du 15 février 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois, a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer demande à la cour :

1) d'annuler ce jugement du 20 juin 2023 du tribunal administratif de Nantes en tant qu'il a annulé la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, lui a enjoint de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois et a mis à la charge de l'Etat les frais d'instance ;

2°) de rejeter, dans cette mesure, les conclusions de la demande présentée par Mme A devant le tribunal administratif de Nantes.

Le ministre soutient que :

- le tribunal administratif a méconnu le très large pouvoir d'appréciation dont disposent les autorités administratives lors de l'instruction des demandes de visa

" étudiants " ;

- le projet professionnel de Mme A n'est pas cohérent avec son parcours académique ;

- il existe un risque de détournement de l'objet du visa compte tenu de l'existence de formations universitaires en psychologie dans le pays d'origine de Mme A ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer relève appel du jugement du 20 juin 2023 du tribunal administratif de Nantes en tant qu'il a annulé la décision du 15 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé par Mme A contre une décision des autorités consulaires françaises à Moscou (Russie) refusant de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'étudiant.

3. Selon l'article 5 de la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 relative aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers à des fins de recherche, d'études, de formation, de volontariat et de programmes d'échange d'élèves ou de projets éducatifs et de travail au pair, l'admission d'un ressortissant d'un pays tiers à des fins d'études est soumise à des conditions générales, fixées par l'article 7, comme l'existence de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de subsistance durant son séjour ainsi que ses frais de retour et à des conditions particulières, fixées par l'article 11, telles que l'admission dans un établissement d'enseignement supérieur ainsi que le paiement des droits d'inscription. L'article 20 de la même directive, qui définit précisément les motifs de rejet d'une demande d'admission, prévoit qu'un Etat membre rejette une demande d'admission si ces conditions ne sont pas remplies ou encore, peut rejeter la demande, selon le f) du 2, " s'il possède des preuves ou des motifs sérieux et objectifs pour établir que l'auteur de la demande souhaite séjourner sur son territoire à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande son admission ".

4. En l'absence de dispositions spécifiques figurant au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une demande présentée pour l'octroi d'un visa de long séjour d'entrée en France pour y effectuer des études est notamment soumise aux instructions générales établies par le ministre chargé de l'immigration prévues par le décret du 13 novembre 2008 relatif aux attributions des chefs de mission diplomatique et des chefs de poste consulaire en matière de visas, en particulier son article 3, pris sur le fondement de l'article L. 311-1 de ce code. L'instruction applicable est, s'agissant des demandes de visas de long séjour en qualité d'étudiant mentionnés à l'article L. 312-2 de ce même code, l'instruction ministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive (UE) 2016/801, laquelle participe de la transposition de cette même directive.

5. Le point 2.1 de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études ", indique notamment : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France. ".

6. Cette même instruction, en son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire " indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études. ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer le visa de long séjour à Mme A, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés de ce que le projet d'études de Mme A, âgée de 29 ans, célibataire, qui exerce depuis plusieurs années une activité professionnelle, n'est pas cohérent par rapport à son cursus universitaire et qu'en l'absence d'éléments convaincants susceptibles d'assurer des conditions de retour suffisantes, il existe un risque de détournement de l'objet du visa, sollicité pour études, à d'autres fins, notamment migratoires.

8. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A a tout d'abord débuté, entre 2010 et 2014, des études de droit en Russie, qu'elle indique, sans être contestée, ne pas avoir mené à leur terme en raison de difficultés financières, elle a ensuite entamé une réorientation vers le domaine de la psychologie pour lequel elle indique avoir un intérêt prononcé. A cet effet, elle justifie avoir suivi une formation en psychothérapie " Gestalt " entre 2017 et 2018 et, par ailleurs, obtenu un certificat de " programmation neuro-linguistique ". Par ailleurs, Mme A indique, sans davantage être contestée, être entrée en France en août 2022, en se prévalant d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles, afin de mettre en place avec la faculté d'Aix-Marseille un suivi à distance de la formation envisagée. Au titre de l'année académique 2022/2023, elle a été admise en première année de licence " sciences humaines et sociales, mention psychologie, parcours psychologie " à l'université d'Aix-Marseille pour laquelle elle a fait état, de façon circonstanciée, de sa motivation et des débouchés professionnels qu'elle visait. La circonstance qu'elle a occupé, notamment, des fonctions d'opératrice de centre d'appels, de " coach de ventes " et de conseillère clientèle, ne permettent pas à eux seuls d'établir le défaut de caractère cohérent et sérieux de son projet d'études. Par ailleurs, et au surplus, l'intéressée établit avoir commencé à suivre, avec assiduité, sa formation à distance et avoir obtenu des résultats satisfaisants aux examens qu'elle a déjà pu passer. Dans ces conditions, les éléments invoqués par l'administration ne permettent pas d'établir que Mme A entendrait venir en France à d'autres fins que ce projet d'études. La circonstance selon laquelle elle pourrait solliciter une formation similaire dans son pays de résidence ne suffit pas à établir que l'intéressée solliciterait le visa à d'autres fins que la poursuite d'études en France. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour les motifs énoncés au point 7.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête du ministre de l'intérieur et des outre-mer est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée en application des dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête du ministre de l'intérieur et des outre-mer est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Mme B A.

Fait à Nantes, le 22 mai 2024.

La présidente de la 2ème chambre

C. Buffet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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