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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-23NT03219

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-23NT03219

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-23NT03219
TypeOrdonnance
Recourssuspension sursis
PublicationD
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A E, M. F I E, Mme H E, Mme D E, M. G E et Mme C B épouse E, ces derniers agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leur fils mineur, F J E, ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision implicite née le 30 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision implicite de l'autorité consulaire française à Téhéran (République islamique d'Iran) refusant de délivrer à M. F I E, à Mme H E, à Mme D E, à M. G E, à Mme C B épouse E et à l'enfant F J E des visas de long séjour en vue de solliciter l'asile.

Par un jugement n° 2304643 du 16 octobre 2023, le tribunal administratif de Nantes a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2023, M. E et autres, représentés par Me Guilbaud, demandent au juge des référés de la cour :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de donner instruction aux autorités consulaires françaises compétentes d'avoir à délivrer les visas de long séjour sollicités ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen des demandes de visas des intéressés, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 300 € par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est constituée au regard tant du danger encouru en cas de retour en Afghanistan, pays qu'ils ont dû fuir pour leur sécurité en raison des activités et fonctions qu'ils y ont exercées et vers lequel ils risquent d'être expulsés, que de leurs conditions de vie précaires et dangereuses en Iran, où ils résident sans titre de séjour et où ils ne peuvent obtenir de protection ni du haut-commissariat aux réfugiés des Nations-Unies ni des autorités iraniennes ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation et d'une méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- la requête, enregistrée le 9 novembre 2023 sous le n° 23NT03218, tendant à l'annulation du jugement n° 2304643 du 16 octobre 2023 du tribunal administratif de Nantes et de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Vu la décision du président de la cour administrative d'appel de Nantes du 1er septembre 2023 désignant M. Gaspon, président de chambre, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. "

2. M. F I E, son épouse, Mme H E, leurs enfants, Mme D E et M. G E, ainsi que l'épouse de ce dernier, Mme C B épouse E et leur fils mineur F J E, ressortissants afghans, ont déposé des demandes de visas auprès des autorités consulaires françaises à Téhéran en vue de solliciter l'asile en France le 7 juillet 2022. La décision implicite par laquelle les autorités consulaires françaises ont rejeté ces demandes a fait l'objet, le 30 janvier 2023, d'un recours devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Les consorts E, ainsi que M. A E, fils aîné de M. F I E et ressortissant français, ont demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision implicite de rejet né du silence gardé par la commission sur ce recours et au juge des référés de ce tribunal de suspendre l'exécution de cette même décision. Par une ordonnance n° 2304460 du 4 mai 2023 et par un jugement n° 2304643 du 16 octobre 2023, le juge des référés et le tribunal ont rejeté leurs demandes respectivement de suspension et d'annulation. Les intéressés, qui ont relevé appel de ce jugement du 16 octobre 2023, demandent au juge des référés de la cour, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de la décision implicite précitée de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Si les consorts E invoquent les risques encourus pour leur sécurité en cas de retour forcé en Afghanistan, ils n'établissent pas que l'expiration de leurs visas iraniens les empêcherait d'en solliciter le renouvellement et les exposerait à court terme à un éloignement vers leur pays d'origine. Les intéressés, qui sont hébergés par un cousin en Iran, ne justifient pas davantage que l'absence de procédure de protection prévues par les autorités iraniennes et par le haut-commissariat aux réfugiés des Nations-Unies et leurs conditions de vie en Iran, en dépit de leur précarité et des marques d'hostilité que subies par des ressortissants afghans en Iran constitueraient des circonstances particulières nécessitant que l'exécution de la décision contestée de la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France soit suspendue avant le jugement de la requête au fond. Par suite, la demande présentée par les requérants ne remplit pas la condition d'urgence à laquelle l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la mesure de suspension.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension présentées par les consorts E ne peuvent qu'être rejetées selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi par voie de conséquence, que leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte, celles tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. E et autres est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A E, à M. F I E, à Mme H E, à Mme D E, à M. G E et à Mme C B épouse E.

Une copie sera transmise pour information au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 15 décembre 2023.

Olivier GASPON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°23NT03219

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