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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-23NT03678

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-23NT03678

mardi 11 juin 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-23NT03678
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLESCS JESSICA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. E C a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler la décision née le 7 novembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours formé contre des décisions du 8 août 2022 des autorités consulaires françaises à Islamabad (Pakistan) refusant de délivrer à M. G C, M. F C, M. I C et M. A C, qu'il présente comme ses frères, des visas d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale, ensemble les décisions consulaires précitées.

Par un jugement n° 2215009 du 13 octobre 2023, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 11 décembre 2023, M. C, représenté par Me Lecs, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes du 13 octobre 2023 ;

2°) d'annuler la décision née le 7 novembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours formé contre des décisions du 8 août 2022 des autorités consulaires françaises à Islamabad (Pakistan) refusant de délivrer à M. G C, M. F C, M. I C et M. A C, qu'il présente comme ses frères, des visas d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale, ensemble les décisions consulaires précitées ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas sollicités dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France est insuffisamment motivée ;

- les décisions des autorités consulaires françaises à Islamabad sont entachées d'un vice de procédure en ce qu'elles n'ont pas été instruites dans un délai raisonnable ;

- la décision de la commission de recours est entachée d'une erreur de droit en ce que dès lors que les demandeurs ne constituent pas une menace pour l'ordre public et qu'il se conformément aux principes essentiels qui régissent la vie familiale en France, ils bénéficient de plein droit du droit à la réunification familiale prévu à l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ; le décès des parents de la fratrie est établie l'attestation sur l'honneur qu'il a rédigé qui a été validée par les sages de son village ; l'absence d'établissement d'acte de décès de leurs parents est imputable aux défaillances du système afghan d'état civil ; les juridictions afghanes lui ont délivré un certificat de tutelle sur ses frères dont il le seul représentant légal ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. C, ressortissant afghan, qui s'est vu octroyer la protection subsidiaire par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 avril 2017, relève appel du jugement du 13 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision née le 7 novembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours formé contre des décisions du 8 août 2022 des autorités consulaires françaises à Islamabad (Pakistan) refusant de délivrer à M. G C, M. F C, M. I C et M. A C, qu'il présente comme ses frères, des visas d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale, ensemble les décisions consulaires précitées.

3. En premier lieu, il y a lieu d'écarter par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 3 et 4 du jugement attaqué, les moyens tirés de ce que les autorités consulaires n'ont pas examiné les demandes de visas dans un délai raisonnable et de ce que la décision de la commission de recours est insuffisamment motivée, que le requérant reprend en appel sans apporter de précisions supplémentaires.

4. En second lieu, il ressort de l'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire adressé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, pour rejeter les demandes de visa de long séjour présentées par M. G C, M. F C, M. I C et M. A C, la commission de recours s'est appropriée le motif opposé par l'autorité consulaire tiré de ce que le dossier ne contient pas la preuve qu'ils ont été déclarés comme membres de famille de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire lors de la déclaration par M. C, de sa situation familiale.

5. Au point 8 du jugement attaqué, le tribunal a considéré que ce motif était entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il ressort des mentions concordantes du certificat de naissance tenant lieu d'acte d'état civil délivré à M. E C par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et des documents d'état civil produits par les demandeurs de visa, que M. D B et Mme H C sont leurs parents.

6. Toutefois, pour établir que la décision attaquée était légale, le ministre a invoqué, dans son mémoire en défense de première instance communiqué aux requérants, un nouveau motif tiré de ce que les demandeurs de visa, en tant que parents collatéraux du réunifiant, n'entraient pas dans le cadre du droit à la réunification familiale prévu par l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

9. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

10. Pour justifier de ce qu'il serait titulaire de l'autorité parentale sur les demandeurs de visa, M. C a produit la traduction d'un " Guardianship certificate " délivré le 26 mars 2020 dont il ressort que trois confesseurs (" confessors ") ont attesté devant cette autorité, en présence de deux témoins, que les enfants I C, G C, F C et A C, frères de E C, étaient passés sous la tutelle de celui-ci en conséquence du décès de leurs parents. Toutefois, le requérant n'apporte pas plus de précision en appel qu'en première instance quant aux circonstances de leurs décès respectifs et ne produit en outre aucun autre document susceptible de l'étayer que ce certificat du 26 mars 2020, alors qu'il ressort des motifs de la décision de l'OFPRA accordant à l'intéressé la protection subsidiaire que l'autorité administrative a estimé ses déclarations relatives à l'assassinat de son père " peu crédibles et dénuées de dimension de vécu ". Par suite, le nouveau motif tiré de ce que les demandeurs de visa, en tant que parents collatéraux du réunifiant, n'entraient pas dans le cadre du droit à la réunification familiale prévu par l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à fonder légalement le refus de visa. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif de sorte que la demande de substitution de motifs sollicitée par le ministre devant les premiers juges doit être accueillie.

11. En troisième lieu, il y a lieu d'écarter par adoption des motifs retenus par les premiers juges les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, que le requérant reprend en appel sans apporter de précisions supplémentaires.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications ". La décision contestée n'ayant pas porté au droit de M. C au respect sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaitrait les stipulations de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée y compris en ce qu'elle comporte des conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et des conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. E C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 11 juin 2024.

La présidente de la 2ème chambre

C. Buffet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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