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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA44-24NT02729

Cour Administrative d'Appel de Nantes — Décision N° CAA44-24NT02729

lundi 13 octobre 2025

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nantes
SectionCour Administrative d'Appel de Nantes
N° DossierCAA44-24NT02729
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP IN-LEXIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B... A... a demandé au tribunal administratif de Nantes d’annuler la décision du 15 décembre 2020 du directeur du centre hospitalier de Saumur prononçant à son encontre un avertissement.

Par un jugement n° 2101263 du 4 juillet 2024, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande ainsi que les conclusions du centre hospitalier de Saumur tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 septembre 2024 et 12 septembre 2024, Mme A..., représentée par Me Cao, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 4 juillet 2024 du tribunal administratif de Nantes en tant qu’il a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision du 15 décembre 2020 du centre hospitalier de Saumur ;

2°) d’annuler cette décision ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saumur le versement de la somme de 3 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision contestée est entachée d’une erreur sur la matérialité des faits qui lui sont reprochés.

La requête a été communiquée au centre hospitalier de Saumur qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Marion,
- les conclusions de M. Frank, rapporteur public,
- et les observations de Me Cao, représentant Mme B... A....


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., aide-soignante titulaire de la fonction publique hospitalière, exerce ses fonctions au sein de l’établissement d’hébergement de personnes âgées dépendantes (Ehpad) « résidence Antoine Cristal », qui est rattaché au centre hospitalier de Saumur. Le 15 décembre 2020, une sanction disciplinaire d’avertissement a été prise à son encontre. L’intéressée a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Nantes. Elle relève appel du jugement du 4 juillet 2024, par lequel ce tribunal a rejeté sa demande tendant à l’annulation de cette décision.

2. Aux termes des dispositions de l’article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction en vigueur : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions l’expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. / (…) ». Aux termes de l’article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction en vigueur : « Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / L’avertissement, le blâme, l’exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours (…) ».

3. Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire sont matériellement établis et constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. En l’absence de disposition législative contraire, l’autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d’établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen.

4. Il ressort des termes de la décision contestée que la sanction disciplinaire de l’avertissement a été infligée à Mme A... pour les motifs tirés, d’une part, d’un manque de bienveillance et d’empathie de cette aide-soignante à l’égard d’une résidente au cours d’un brancardage et, d’autre part, du fait qu’elle aurait reconnu pouvoir perdre patience dans certaines situations, face à des résidents « très difficiles », l’ensemble de ces pratiques étant maltraitantes.

5. Il ressort des pièces du dossier qu’une enquête administrative interne à l’Ehpad « résidence Antoine Cristal » a été diligentée au mois d’octobre 2020 à la suite à la plainte d’un agent contractuel sur d’éventuelles maltraitances de Mme A... sur des résidents de l’établissement. Lors de cette enquête, le personnel de l’Ehpad a été interrogé et plusieurs collègues de l’intéressée ont affirmé l’avoir vue maltraiter une résidente en fauteuil, en la manipulant violemment, ce qui lui a fait peur. Le compte-rendu de l’entretien du 9 décembre 2020 produit par le centre hospitalier de Saumur fait notamment mention des témoignages de deux infirmières qui confirment les faits qui sont reprochés à l’intéressée. La première infirmière a constaté que le brancardage de la résidente par Mme A... a effrayé cette résidente, qui a sursauté, ce qui a fait rire Mme A.... La seconde a témoigné de sa façon familière de parler à certains résidents, relevant l’emploi du tutoiement, des manques de bienveillance et d’empathie et un ton employé parfois dur. Si la requérante explique qu’elle a été obligée de basculer le fauteuil en arrière pour éviter que la résidente, qui laissait traîner ses pieds à terre, ne soit blessée au cours du déplacement du fauteuil, lequel a basculé un peu brusquement lorsqu’elle l’a remis en position normale, elle ne conteste pas avoir ri au moment où le fauteuil de la résidente a basculé en avant et a reconnu qu’elle a pu adopter un comportement manquant de bienveillance et d’empathie envers les patients très difficiles. Il résulte de ce qui précède, et alors même que Mme A... a refusé de signer le compte-rendu de l’entretien rédigé par l’administration et qu’elle présente quatre témoignages en sa faveur, que les faits qui lui sont reprochés sont établis. Par suite, le moyen tiré de l’erreur sur la matérialité des faits doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.

7. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier de Saumur, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que Mme A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


DECIDE :


Article 1er :
La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 :
Le présent arrêt sera notifié à Mme B... A... et au centre hospitalier de Saumur.


Délibéré après l'audience du 25 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Vergne, président,
- Mme Marion, première conseillère,
Mme Gélard, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2025.



La rapporteure,




I. MARION



Le président,




G.-V. VERGNE
Le greffier,




R. MAGEAU




La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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