vendredi 12 septembre 2025
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nantes |
| N° Dossier | CAA44-24NT02999 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Nantes d'annuler l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office et d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le mois de la décision à rendre en vue de l'examen de sa demande de titre de séjour pour raisons de santé et humanitaire ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation.
Par un jugement du 21 novembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal, avant de statuer sur la requête de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2023, a décidé, avant dire droit, de procéder à une mesure d'instruction ayant pour objet de recueillir l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu l'avis demandé le 19 décembre 2023.
Par un jugement n° 2305186 du 26 mars 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2024, Mme A, représentée par Me Néraudau, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nantes du 26 mars 2024 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pendant le temps de cet examen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Néraudau, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le jugement attaqué est irrégulier dès lors qu'il n'a pas répondu au moyen tiré de la violation de son droit à être entendue ;
- le jugement attaqué est irrégulier dès lors qu'il est entaché d'une contradiction interne au sein de son point 2 ;
sur l'obligation de quitter le territoire français :
- son droit à être entendue a été méconnu ;
- la décision contestée méconnait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2025, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est entaché d'une irrégularité en raison du défaut de réponse à un moyen mais la cour pourra se prononcer par la voie de l'évocation sur ces conclusions ;
- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lainé, président de chambre,
- et les conclusions de M. Chabernaud, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne née en 1994, est, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français le 22 août 2020. La demande d'asile qu'elle avait présentée le 15 septembre 2020 a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 novembre 2020 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 décembre 2021. Par un arrêté du 30 mars 2023, dont Mme A a demandé au tribunal administratif de Nantes l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office. Par un jugement du 21 novembre 2023, le tribunal, avant de statuer sur la requête de Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 mars 2023, a décidé, avant dire droit, de procéder à une mesure d'instruction ayant pour objet de recueillir l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu l'avis demandé le 19 décembre 2023. Par un jugement du 26 mars 2024, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande. Mme A fait appel de ce jugement.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. En premier lieu, il ressort du jugement avant dire droit du 21 novembre 2023 que le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a visé et répondu, aux points 5 et 6, au moyen tiré de la violation par l'arrêté contesté du droit d'être entendu. Par conséquent, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué est irrégulier dès lors qu'il n'a pas répondu au moyen tiré de la violation de son droit à être entendue doit être écarté.
3. En second lieu, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué du 26 mars 2024 est irrégulier dès lors qu'il est entaché d'une contradiction interne au sein de son point 2 relève, non pas de la régularité du jugement mais de son bien-fondé.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il y a lieu d'écarter, par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge dans le jugement avant dire droit du 21 novembre 2023, les moyens tirés de ce que le droit de la requérante à être entendue a été méconnu et de ce que la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, que Mme A reprend en appel sans apporter de précisions nouvelles.
5. En deuxième lieu, il n'est ni établi ni même allégué que les deux enfants de la requérante, nés respectivement en 2014 et 2016 en Guinée, étaient en France à la date de la décision contestée du 30 mars 2023. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
7. Par un avis du 19 décembre 2023, un collège de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale, que le défaut de cette prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de l'intéressée peut lui permettre de voyager sans risques vers le pays de renvoi.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre d'un syndrome de stress post-traumatique, pour lequel elle a un traitement médicamenteux à base d'antidépresseurs et de neuroleptiques. Si, dans des certificats des 18 avril 2023 et 30 janvier 2024, un psychiatre indique, dans les mêmes termes, que l'interruption des soins entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité avec un risque d'agitation et un risque suicidaire majeur, ces éléments ne sont pas appuyés par des éléments médicaux précis, se bornant à reproduire, pour l'essentiel, le récit de Mme A. En tout état de cause, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le traitement nécessaire à l'intéressée ne serait pas disponible dans son pays d'origine. Ainsi, la requérante n'infirme pas l'avis du collège de médecins de l'OFII du 19 décembre 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
9. En quatrième et dernier lieu, Mme A est entrée en France le 22 août 2020, soit moins de trois ans avant l'arrêté contesté du 30 mars 2023. Si ses deux enfants mineurs, qui étaient en Guinée, l'ont rejointe en France, il n'est ni établi ni même allégué qu'ils étaient en France à la date de la décision contestée. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait noué en France des relations stables et d'une particulière intensité ou que le défaut de soins médicaux pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si Mme A soutient avoir subi des violences dans son pays d'origine, il n'est pas établi qu'elle ne pourra pas y mener une vie privée et familiale normale. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, il résulte des points 4 à 9 que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
12. Si Mme A soutient qu'elle serait exposée à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, elle ne produit aucun élément probant et circonstancié à l'appui de ses allégations. Au demeurant, la demande d'asile présentée par Mme A a été rejetée par les instances chargées de l'asile. Pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que le défaut de soins médicaux pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. La circonstance que ses enfants mineurs ont déposé une demande d'asile en France est, en tout état de cause, postérieure à la décision contestée. Contrairement à ce que soutient Mme A, il ressort de la décision contestée que le préfet a effectué un examen approprié des risques avant de prendre cette décision. Par conséquent, les moyens tirés de ce que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nantes a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 30 mars 2023 du préfet de la Loire-Atlantique. Ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B A, à Me Néraudau et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Copie sera adressée, pour information, au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 26 août 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Lainé, président de chambre,
- M. Catroux, premier conseiller,
- M. Mas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2025.
Le président de chambre, rapporteur,
L. LAINÉ
L'assesseur le plus ancien dans le grade le plus élevé,
X. CATROUX
Le greffier,
C. WOLF
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026