mardi 26 avril 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-19NC01793 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 4ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | JUNG |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La SARL Schiel Frères, assistée de la société SCP Bayle et Chanel, administrateur judiciaire, a demandé au tribunal administratif de Strasbourg de condamner le syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling à lui verser la somme de 147 413,73 euros hors taxe, majorée des intérêts de retard à compter du 3 juin 2016, au titre du solde du lot n° 1 " canalisations et génie civil " du marché de mise aux normes du système d'assainissement des communes de Chemery-les-Deux, Dalstein et Menskirsh, et la somme de 31 576,29 euros correspondant au cumul des intérêts de retard à compter du 9 avril 2016 ainsi que la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1700289 du 27 mars 2019, le tribunal administratif de Strasbourg a condamné le syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling à verser à la SCP Bayle et Channel, en qualité d'administrateur judiciaire de la SARL Schiel Frères, la somme de 10 890,94 euros au titre du solde du marché, assortie des intérêts légaux à compter du 3 juillet 2016 et mis à la charge du syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling une somme de 1 500euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 juin 2019 10 mars 2020, la SARL Schiel Frères, représentée par Me Moitry, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 27 mars 2019 en tant qu'il a arrêté le solde du marché à la somme de 10 890,94 euros ;
2°) de condamner le syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling à lui verser la somme de 147 413,73 euros hors taxe, majorée des intérêts de retard, au titre du solde du marché ;
3°) de mettre à la charge du syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est fondée à demander le paiement des travaux de pompage du puits d'incendie, à hauteur de 11 232 euros hors taxe, dès lors qu'il s'agit de travaux supplémentaires non prévus par le marché, et en particulier qu'ils ne sauraient être assimilés, contrairement à ce que les premiers juges ont estimé, aux travaux de pompage permanent nécessaires à la mise hors d'eau des fouilles, indispensables à l'exécution du marché dans les règles de l'art et qu'ils sont également constitutifs de sujétions techniques imprévues ;
- elle est fondée à demander une rémunération supplémentaire concernant l'étude de génie civil du poste de refoulement, à hauteur de 2 609,69 euros hors taxe, dès lors que si elle devait, en application du marché, fournir une étude technique de conception et d'implantation du poste de refoulement, la modification de la méthode constructive par le maître de l'ouvrage à la suite de l'ordre de service n° 13 a nécessité une reprise complète de cette étude ;
- elle est fondée à demander l'indemnisation des frais d'immobilisation de son personnel et de son matériel résultant des arrêts de chantier décidés par les ordres de service nos 4 et 7, à hauteur de 133 572,04 euros hors taxe, dès lors qu'il s'agit de sujétions imprévues ;
- subsidiairement, elle est fondée à demander l'indemnisation des frais d'immobilisation de son personnel et de son matériel résultant des arrêts de chantier décidés par les ordres de service nos 4 et 7, à hauteur de 133 572,04 euros hors taxe à raison de la faute commise par le maître de l'ouvrage qui n'a pas pris les dispositions techniques qui auraient permis d'éviter les arrêts de chantier ;
- elle est fondée à demander à ce qu'aucune pénalité de retard ne lui soit appliquée compte tenu des conditions dans lesquelles le chantier a dû être exécuté et dès lors que le syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling ne démontre pas que le retard qu'il lui impute résulterait d'une faute de sa part ; le jugement ne contient aucune motivation justifiant l'imputabilité du retard ;
- le moyen tiré de l'irrégularité du jugement soulevé par le syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling à l'appui de son appel incident n'est pas de nature à faire droit aux conclusions d'appel incident tendant au rejet de la demande de première instance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2019, le syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling conclut au rejet de la requête, par la voie de l'appel incident, à l'annulation du jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 27 mars 2019, et au rejet de la demande de la SCP Baye et Chanel, administrateur judiciaire de la société Schiel Frères devant le tribunal administratif de Strasbourg, et à ce que soit mis à la charge de la société Schiel Frères le versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la demande de la SCP Bayle et Chanel devant le tribunal administratif de Strasbourg était irrecevable dès lors qu'à la date du jugement l'administrateur judiciaire n'avait plus qualité pour agir, de sorte qu'il y a lieu d'annuler le jugement et de rejeter pour irrecevabilité les conclusions présentées par la SCP Bayle et Chanel devant les premiers juges ;
- les travaux de pompage du puits d'incendie ne constituent pas des travaux supplémentaires et en tout état de cause le montant demandé n'est pas justifié ;
- la modification de la méthode constructive du poste de refoulement ne saurait donner droit à une rémunération supplémentaire au titre de la réalisation de l'étude de génie civil du poste de refoulement qui était due par le titulaire du marché quel que soit le mode de conception choisi ;
- les sujétions invoquées par la société étaient prévisibles au regard des stipulations du marché et ne présentent pas un caractère exceptionnel ;
- la société Schiel n'apporte aucun nouvel élément en appel de nature à remettre en cause le bien-fondé du jugement en ce qui concerne les pénalités de retard.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Picque, première conseillère,
- les conclusions de M. Michel, rapporteur public,
- et les observations de Me Manla, substituant Me Moitry, représentant la société Schiel Frères et Me Jung représentant le syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de l'opération de mise aux normes du système d'assainissement des communes de Chemery-les-Deux, Dalstein et Menskirsh, le syndicat intercommunal du Chalet, devenu le syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling (SI2A), par un acte d'engagement du 23 novembre 2012, a confié à la société Schiel Frères le lot n° 1 " canalisations et génie civil " de la " tranche 2012 Commune de Dalstein " du marché public de travaux. Par une décision du 10 février 2016, le président du syndicat intercommunal a prononcé la résiliation de ce contrat pour un motif d'intérêt général, avec effet au 11 février 2016. Le 25 février 2016, le maître de l'ouvrage a prononcé la réception sans réserve des travaux exécutés, avec effet au 11 février 2016. Le 21 avril 2016, le représentant du syndicat intercommunal a notifié à la société Schiel Frères le décompte de liquidation du marché, arrêtant le solde du marché à la somme de 1 321,17 euros TTC au crédit du titulaire. Le 30 mai 2016, la société Schiel Frères a adressé au syndicat intercommunal un mémoire en réclamation, avec copie au maître d'œuvre, la société Egis, demandant à ce qu'une somme supplémentaire de 166 615,85 euros soit inscrite à son crédit. Cette réclamation a été rejetée le 29 juillet 2019. L'entrepreneur a alors saisi le tribunal administratif de Strasbourg afin qu'il condamne le SI2A à lui verser la somme de 147 413,73 euros hors taxe, majorée des intérêts de retard à compter du 3 juin 2016, au titre du solde du lot n° 1 et la somme de 31 576,29 euros correspondant au cumul des intérêts de retard à compter du 9 avril 2016. En cours d'instance, par un jugement du 24 octobre 2017, le tribunal de grand instance de Strasbourg a prononcé l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire concernant la société Schiel Frères, en confiant à Me Chanel, administrateur judiciaire associé de la SCP Bayle et Chanel, une mission d'assistance. Par un jugement du 27 mars 2019, le tribunal administratif de Strasbourg a condamné le SI2A à verser à la SCP Bayle et Chanel, en qualité d'administrateur judiciaire de la société Schiel Frères, une somme de 10 890,94 euros au titre du solde du marché. La société Schiel Frères fait appel de ce jugement en tant qu'il ne donne pas totalement satisfaction à sa demande de première instance. Par la voie de l'appel incident, le syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling demande l'annulation du jugement.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Il ressort des termes du jugement attaqué que celui-ci répond, aux points 11 et 12, au moyen soulevé devant eux par la société Schiel Frères, tiré de ce que les jours de retard décomptés par le maître d'œuvre ne lui étaient pas imputables. Par suite, et en tout état de cause, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les premiers juges auraient omis de répondre à ce moyen. Le jugement est donc, à cet égard, régulier.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne la recevabilité de la demande de première instance :
3. Il ressort des pièces du dossier que la demande de première instance a été présentée pour la société Schiel Frères, assistée en cours d'instance par SCP Bayle et Chanel en qualité d'administrateur judiciaire, toutes deux représentées par le même avocat. Ainsi la société Schiel Frères était seule demanderesse et la SCP Bayle et Chanel n'agissait pas en son propre nom, mais pour la société Schiel Frères, dans le cadre de la mission d'assistance qui lui avait confiée par le tribunal de grande instance de Strasbourg sur le fondement des articles L. 612-4 et L. 631-12 du code de commerce. Par conséquent, en condamnant le SI2A à verser à la SCP Bayle et Chanel, en qualité d'administrateur de la société Schiel Frères, une somme de 10 890,94 euros au titre du solde du marché, le tribunal administratif a prononcé une condamnation en faveur de l'entrepreneur, dont la demande était recevable. Par ailleurs, la circonstance qu'à la date du jugement la SCP Bayle et Chanel avait achevé sa mission d'assistance est sans incidence sur l'appréciation de la recevabilité de la demande de la société Schiel frères. Dans ces conditions, le moyen soulevé par le SI2A, à l'appui de son appel incident, tiré de ce que le tribunal avait fait droit à une demande irrecevable doit être écarté.
En ce qui concerne le bien-fondé de la demande de première instance :
Quant aux travaux supplémentaires :
4. Aux termes de l'article 10.2 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux issu de l'arrêté du 8 septembre 2009 (CCAG-Travaux) : " Les prix sont soit des prix forfaitaires soit des prix unitaires. / Est prix forfaitaire tout prix qui rémunère le titulaire pour un ouvrage, une partie d'ouvrage ou un ensemble déterminé de prestations défini par le marché et qui soit est mentionné explicitement dans le marché comme étant forfaitaire, soit ne s'applique dans le marché qu'à un ensemble de prestations qui n'est pas de nature à être répété. / Est prix unitaire tout prix qui n'est pas forfaitaire au sens défini ci-dessus, notamment tout prix qui s'applique à une nature d'ouvrage ou à un élément d'ouvrage dont les quantités ne sont indiquées dans le marché qu'à titre évaluatif ". Aux termes de l'article 4.2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché : " 4.2.1. Contenu des prix unitaires. Lot 1 : Les prix définis au devis quantitatif et estimatif comporteront toutes les sujétions et travaux indiqués au bordereau des prix unitaires, au cahier des clauses administratives particulières et au cahier des clauses techniques particulières " canalisations et génie civil " ainsi que l'ensemble des opérations pour obtenir un travail complétement achevé et répondant à sa destination. / ()/ Ils comprennent : () - tous les frais d'étude et d'implantation ; ()- les frais d'installation du matériel d'épuisement des eaux de fouilles quels qu'en soient leur provenance, leur débit et leur nature ainsi que les dépenses de fonctionnement du matériel et les travaux provisoires qui s'avéraient nécessaires au recueil et à l'évacuation des eaux jusqu'à réception de l'ensemble des travaux prévus aux CCAP et CCTP ; () / 4.2.2. Mode de rémunération des travaux. Les ouvrages ou prestations faisant l'objet du lot 1 seront réglés au métré après exécution par application des prix unitaires définis au devis estimatif et quantitatif, suivant définition du bordereau des prix unitaires. Les métrés et attachements sont réalisés contradictoirement par le maître d'œuvre et l'entreprise ".
5. Il résulte de ces stipulations que les prix du marché conclu entre la société Schiel et le SI2A sont des prix unitaires, définis dans le cadre de son offre par l'entrepreneur en tenant compte de l'ensemble des charges énumérées à l'article 4.2.1 du CCAP.
S'agissant des opérations de pompage du " puits d'incendie " :
6. Aux termes de l'article 3.2.1 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du marché : " 3.2.1.4. Evacuation des eaux. L'entrepreneur a la charge du maintien permanent de l'écoulement des eaux dans les caniveaux et ouvrages existants. Les eaux de toute nature (eaux pluviales, eaux d'infiltration, sources, fuites de canalisation, nappe phréatique, eaux de canalisation en service, etc.) sont évacuées du chantier par les moyens d'épuisement nécessaires mis en œuvre par l'entrepreneur et à ses frais () ". Il ressort de l'article 2. 03 du bordereau des prix unitaires du marché que la rémunération du mètre cube de terrassement comprenait : " l'épuisement, le détournement des eaux pluviales, souterraines ou usées, quels que soient leurs débits et leurs origines pour l'évacuation courante des travaux, avec fourniture et mise à disposition du matériel de pompage de débit adapté y compris () toute sujétion du personnel de garde et d'entretien ".
7. Il résulte de l'instruction, et en particulier du compte-rendu de chantier n° 12 du 6 juin 2013 qu'au cours de l'exécution des travaux, la société Schiel Frères a été confrontée à d'importantes arrivées d'eau inattendues, en provenance d'une conduite située à côté de la tranchée et où transitaient les eaux du trop-plein d'une réserve d'eau destinée aux services d'incendie. Selon les estimations de la société Schiel Frères, synthétisées dans un courrier du 6 février 2015, celle-ci a dû réaliser 864 heures de travail pour évacuer ces eaux, en procédant au pompage non seulement des fouilles mais également du " puits d'incendie ". Cependant, si la société demande une rémunération de 11 232 euros hors taxe (HT) au titre de ces dernières prestations de pompage, il résulte de la combinaison des stipulations citées aux points 4 et 6 que sa rémunération pour le mètre cube de terrassement comprenait l'ensemble des charges afférentes à l'évacuation des eaux nécessaire à l'exécution des travaux, quelle qu'en soit la provenance. Par conséquent, la société Schiel n'est pas fondée à solliciter, sur le fondement des travaux supplémentaires, une rémunération au titre de ces opérations de pompage.
S'agissant de l'étude génie civil complémentaire relative au poste de refoulement :
8. Il résulte de l'instruction, et en particulier de l'ordre de service (OS) n°13 du 5 mai 2015, qu'en cours d'exécution du chantier, à la suite de l'étude géologique complémentaire " G 5 " réalisée par la société Ginger BTP, le maître d'œuvre, le bureau d'étude technique Egis Eau, a demandé à la société Schiel Frères de réaliser une estimation financière de la pose du poste de refoulement par la technique du havage, avec un ancrage à six mètres de profondeur, alors que cette méthode n'était pas prévue initialement. Si la société soutient qu'afin de fournir cette estimation, elle a dû réaliser une étude technique de conception et d'implantation, dont elle demande à être rémunérée au prix de 2 609,69 euros hors taxe (HT), elle n'établit pas que cette étude était indispensable à la réalisation de la seule estimation financière qui lui avait été demandée par le maître d'œuvre. Par conséquent, la société Schiel Frères n'est pas fondée à solliciter, sur le fondement des travaux supplémentaires, une rémunération au titre de la réalisation de cette étude.
Quant aux sujétions techniques imprévues :
9. Aux termes de l'article 10.1.1 du CCAG-Travaux : " à l'exception des seules sujétions mentionnées dans le marché comme n'étant pas couvertes par les prix, ceux-ci sont réputés tenir compte de toutes les sujétions d'exécution des travaux qui sont normalement prévisibles dans les conditions de temps et de lieu où s'exécutent ces travaux, que ces sujétions résultent notamment : () - du fonctionnement des services publics ; - de phénomènes naturels ; () - de la présence de canalisations, conduites () ". Ces stipulations, et celles citées au point 4 de l'article 4.2.1 du CCAP du marché en litige, ne font toutefois pas obstacle à l'indemnisation des difficultés matérielles rencontrées par le cocontractant de la personne publique lors de l'exécution du marché lorsque ces sujétions techniques présentent un caractère exceptionnel, sont imprévisibles lors de la conclusion du contrat, dont la cause est extérieure aux parties et ou lorsqu'elles trouvent leur cause dans une faute du maître de l'ouvrage.
S'agissant des opérations de pompage du " puits d'incendie " :
10. En l'espèce, ainsi qu'il a déjà été dit, il résulte de la combinaison des stipulations citées aux points 4 et 6 que la rémunération pour le mètre cube de terrassement était réputée comprendre l'ensemble des charges afférentes à l'évacuation des eaux nécessaire à l'exécution des travaux, quelle qu'en soit la provenance. Par suite, les sujétions auxquelles la société Schiel Frères soutient avoir dû faire face en raison des arrivées d'eau en provenance du " puits d'incendie " ne peuvent être regardées comme revêtant un caractère imprévisible à la date de conclusions du contrat.
S'agissant des frais d'immobilisation du personnel et du matériel durant les arrêts de chantier :
11. Aux termes de l'article 5.4 du CCAP du marché : " En cas d'interruption du chantier (hors intempéries), l'entrepreneur avisera le B.E.T. 24 heures au moins avant l'arrêt des travaux. De la même façon, il préviendra au moins 24 heures à l'avance avant la reprise de ces travaux. / Le B.E.T. pourra ordonner l'arrêt du chantier s'il juge que les conditions (atmosphériques, techniques ou autres) ne sont pas compatibles avec une bonne exécution. L'entrepreneur devra arrêter
immédiatement sans pouvoir prétendre à aucune indemnité du fait de cette interruption. Faute par lui de se conformer à l'ordre du B.E.T., ce dernier pourra faire démolir les ouvrages aux frais de l'entrepreneur ".
12. Il résulte de l'instruction, et en particulier des OS n° 4 n° 5, n° 7 et n° 8, que le bureau d'étude technique a suspendu pour la première fois les travaux en litige entre le 14 mars et le 12 mai 2014 en raison de l'impossibilité pour l'entreprise d'intervenir du fait de terrains trop meubles. Le chantier a été interrompu une seconde fois entre le 25 juillet et le 21 novembre 2014 dans l'attente de déterminer de nouvelles modalités techniques de fourniture et de pose du poste de refoulement compte tenu de l'état du sol. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, ces arrêts de chantier ne résultent pas directement d'intempéries, dont il n'est au demeurant pas démontré qu'elles ont été exceptionnelles, mais de l'état du terrain. Or, la société Schiel Frères était informée, par l'étude géotechnique " G 12 " réalisée par la société Ginger BTP au mois de décembre 2011, faisant partie des pièces contractuelles, de l'existence d'un sol argileux, tourbeux, jusqu'à six mètres de profondeur, avec une forte teneur en eau naturelle, et notamment de " passages très peu compacts où la portance est nulle ". Cette même étude préconisait l'arrêt des opérations de terrassement en cas de météo défavorable " compte tenu de la sensibilité des sols supports au maniement de l'eau ". Si une étude géotechnique complémentaire " G 5 " a été réalisée au mois de novembre 2014, à la demande du maître de l'ouvrage, afin de sonder les sols au droit de la zone où il était prévu d'installer le poste de refoulement, celle-ci a également mis en évidence la présence d'argile tourbeuse jusqu'à six mètres de profondeur. Il en résulte que l'étude " G 12 " avait permis à la société Schiel Frères de disposer d'informations exactes et suffisamment précises concernant les caractéristiques du sol dans lequel les canalisations et les ouvrages de génie civil devaient être implantés. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les arrêts de chantier rendus nécessaires par l'état du sol auraient présenté un caractère imprévisible, ni que le maître de l'ouvrage, dont il n'est au demeurant pas établi qu'il aurait commis une faute comme le soutient la société Schiel Frères, aurait refusé de mettre en place des solutions techniques pour éviter les arrêts de chantier.
Quant aux pénalités de retard :
13. Aux termes de l'article 5.2 du CCAP : " En application de l'article 19.2.2 du CCAG, le délai d'exécution sera prolongé du nombre de jours réellement constatés au cours desquels le travail est arrêté du fait des intempéries. / L'entrepreneur est tenu de fournir au directeur des travaux les justificatifs nécessaires dans un délai de maximum 10 jours par lettre recommandée avec accusé de réception ".
14. Il résulte de l'instruction, et en particulier du calcul des pénalités de retard établi le 19 avril 2016 par la société Egis Eau et de l'OS n° 9, que, contrairement à ce que soutient la société Schiel Frères, l'ensemble des arrêts de chantier, quels qu'en soient les motifs, ont été pris en compte par le maître d'œuvre pour déterminer le délai de réalisation des travaux opposable à la société Schiel Frères. Celle-ci ne justifie par ailleurs pas de l'existence d'intempéries telles qu'elles auraient dû justifier d'autres prolongations du délai d'exécution. Enfin, la circonstance que la société requérante n'aurait pas commis de faute est sans incidence sur l'appréciation du bien-fondé des pénalités de retard.
15. Par conséquent, la société Schiel Frères n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif a limité le solde du marché à la somme de 10 890,94 euros en sa faveur.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Schiel Frères et les conclusions d'appel incident du SI2A, à l'appui duquel l'intimé ne soulevait qu'un moyen tiré de l'irrecevabilité de la demande de première instance, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées par l'appelante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de mettre à la charge de la société requérante une somme de 1 500 euros à verser au SI2A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Schiel Frères est rejetée.
Article 2 : La société Schiel Frères versera au syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions du syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la société Schiel Frères et au syndicat intercommunal d'assainissement de l'Anzeling.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Ghisu-Deparis, présidente,
- Mme Grossrieder, présidente assesseure,
- Mme Picque, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2022.
La rapporteure,
Signé : A.-S. PicqueLa présidente,
Signé : V. Ghisu-Deparis
La greffière,
Signé : N. Basso
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Basso
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026