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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00362

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00362

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00362
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C A et M. D A ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 2 novembre 2021 par lesquels le préfet du Haut-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2108328-2108329 du 1er février 2022, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par deux requêtes enregistrées le 14 février 2022 respectivement sous les n° 22NC00362 et 22NC00363, Mme et M. A, représentés par Me Kling, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 1er février 2022 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 2 novembre 2021 pris à leur encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de leur délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour :

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur leurs situations personnelles ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant des décisions fixant le pays de destination :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Mme et M. A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 22 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéa 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme M. A, son épouse, tous deux ressortissants kosovars, sont entrés irrégulièrement sur le territoire français le 17 octobre 2014 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 20 février 2015. Avant la confirmation de ces deux décisions par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 1er décembre 2015, Mme et M. A ont fait l'objet de mesures d'éloignement le 10 avril 2015. Par arrêtés du 17 octobre 2016, le préfet du Haut-Rhin a fait obligation à Mme et M. A de quitter le territoire français. Le 13 septembre 2021, ils ont sollicité leur admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 2 novembre 2021, le préfet du Haut-Rhin leur a opposé un refus, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, Mme et M. A font appel du jugement du 1er février 2022 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur les décisions portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine /. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Mme et M. A se prévalent de la durée de leurs séjours sur le territoire français, de la présence en France de trois de leurs enfants ainsi que de leurs petits-enfants et de leur intégration dans la société française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que si les requérants étaient présents en France depuis près de sept ans à la date de la décision contestée, ils n'ont pas exécuté les deux précédentes mesures d'éloignement prises à leur encontre par quatre arrêtés des 10 avril 2015 et 17 octobre 2016. Par ailleurs, s'ils se prévalent de la présence en France de trois de leurs enfants, ceux-ci sont tous majeurs et ont créé leurs propres cellules familiales. Par ailleurs, ils ne précisent ni n'établissent l'intensité des relations qu'ils entretiennent avec leurs enfants et petits-enfants. De plus, Mme et M. A ne sont pas dépourvus de toutes attaches au Kosovo ou résident la mère de M. A ainsi que six de ses frères et sœurs. Enfin, si Mme et M. A allèguent qu'ils sont intégrés dans la société française, ils ne produisent aucun élément de nature à établir la réalité de cette intégration. Dans ces conditions, le préfet du Haut-Rhin ne peut être regardé comme ayant porté au droit des requérants au respect de leurs vies privées et familiales une atteinte manifestement disproportionnée au regard des buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire".

7. Compte tenu notamment des circonstances mentionnées au point 4, Mme et M. A ne justifient pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à leur permettre de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, eu égard aux mêmes circonstances de fait que celles qui ont été évoquées au point 4, le préfet du Haut-Rhin n'a pas entaché ses décisions d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur les situations personnelles de Mme et M. A.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur les décisions fixant le pays d'éloignement

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes présentées par Mme et M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de Mme et M. A sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B et à M. D A.

Copie en sera adressée au préfet du Haut-Rhin.

Fait à Nancy, le 22 septembre 2022.

Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

2 ; 22NC00363

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