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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC01024

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC01024

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC01024
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantKLING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 25 février 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2201303 du 4 mars 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2022, M. B, représenté par Me Kling, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 4 mars 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2022 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétente liée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy du 9 novembre 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, est entré en France le 21 novembre 2013 sous couvert d'un visa de court séjour de quinze jours. Le 17 avril 2014, l'intéressé a sollicité son admission au séjour au titre de son état de santé. Il a été admis au séjour à partir du 1er septembre 2014 jusqu'en septembre 2017 et a fait successivement l'objet de trois obligations de quitter le territoire français auxquelles il n'a pas déféré. Par un arrêté du 25 février 2022, la préfète du Bas-Rhin a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. B relève appel du jugement du 4 mars 2022 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. M. B soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa vie privée et familiale. Le requérant se prévaut ainsi de la durée de son séjour sur le territoire, de ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, des séquelles qu'il a gardées à la suite d'un accident de la circulation, et de l'activité professionnelle qu'il a occupée jusqu'en 2018. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est entré sur le territoire français en novembre 2013 et a été autorisé à y séjourner à compter du 1er septembre 2014 jusqu'au 16 septembre 2017. Il a fait l'objet d'un refus de renouvellement de son titre de séjour en mai 2018 et de trois mesures d'éloignement par la suite, auxquelles il n'a pas déféré. D'autre part, si le requérant se plaint de ce que la préfète du Bas-Rhin a considéré à tort que son comportement constitue une menace à l'ordre public, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est d'abord fondée sur la circonstance qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire après l'expiration de la durée de validité de son visa sans avoir entamé de démarche visant à régulariser sa situation administrative, au sens de l'article L. 611-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est constant que cette mesure pouvait être prise sur ce seul fondement, indépendamment de la circonstance qu'il constituerait, en plus de cela, une menace à l'ordre public. Si M. B fait valoir qu'il a été victime d'un accident de la circulation en novembre 2019 et qu'il en a gardé des séquelles, il ressort des pièces du dossier que le document médical le plus récent qu'il produit date de février 2021, soit plus d'un an avant la décision contestée. Il n'est ainsi pas démontré que son état de santé rendrait impossible l'exécution de la mesure d'éloignement. Enfin, s'il se prévaut de son intégration professionnelle sur le territoire, celle-ci n'est illustrée par aucune pièce alors même qu'il soutient avoir travaillé jusqu'en 2018, soit quatre années avant la décision litigieuse. Dans ces conditions, M. B n'établissant pas avoir tissé en France des liens suffisamment intenses et stables, ni ne démontrant être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Bas-Rhin aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que sa décision emporte sur sa situation personnelle. Ce moyen ne saurait dès lors qu'être écarté.

Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, en se bornant à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'un défaut d'examen et que le préfet se serait cru en situation de compétente liée, sans assortir ces allégations d'aucune précision, le requérant ne met pas la cour à même d'apprécier le bien-fondé de tels moyens qui ne peuvent, dès lors, qu'être écartés.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " Aux fins de la présente directive, on entend par : () 7) " risque de fuite " : le fait qu'il existe des raisons, dans un cas particulier et sur la base de critères objectifs définis par la loi, de penser qu'un ressortissant d'un pays tiers faisant l'objet de procédures de retour peut prendre la fuite () ". Aux termes de l'article 7 de cette directive : " () 4. S'il existe un risque de fuite, ou si une demande de séjour régulier a été rejetée comme étant manifestement non fondée ou frauduleuse, ou si la personne concernée constitue un danger pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sécurité nationale, les États membres peuvent s'abstenir d'accorder un délai de départ volontaire () ". Si le requérant se prévaut des dispositions anciennes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il doit être regardé comme se prévalant des dispositions nouvelles des articles L. 612-1 et suivants de ce code. Aux termes de cet article L. 612-1 : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 précise que " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

6. En estimant, dans les cas énoncés à l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il existe des risques que l'étranger se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français, le législateur a retenu des critères objectifs qui ne sont pas incompatibles avec la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil que la loi du 16 juin 2011 avait pour objet de transposer. En outre, en réservant l'hypothèse de circonstances particulières, l'article L. 612-3 a entendu garantir un examen de chaque situation individuelle au cas par cas et ne peut dès lors être regardé comme méconnaissant le principe de proportionnalité rappelé par la directive susvisée. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire aurait été prise en méconnaissance des objectifs fixés par la directive 2008/115/CE et serait dépourvue de base légale. Le requérant, qui s'est soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement, se trouvait ainsi dans la situation prévue au 5° de l'article L. 612-3 précité dans laquelle l'autorité administrative peut décider de ne pas octroyer de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. B serait entachée d'un défaut de base légale doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. Faute pour le requérant d'avoir démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré d'une telle illégalité, invoquée par la voie de l'exception à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, si le requérant se prévaut des dispositions alors applicables du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il doit être regardé comme se prévalant des dispositions nouvelles des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (.) " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour prise à l'encontre de l'étranger soumis à une obligation de quitter sans délai le territoire français, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

10. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de la préciser expressément.

11. Il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse que pour interdire à M. B le retour sur le territoire pendant une durée de trois ans, la préfète du Bas-Rhin, après avoir visé les stipulations et dispositions applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que l'intéressé ne s'est pas vu accorder de délai de départ volontaire et, qu'ainsi, l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet peut être assortie d'une interdiction de retour d'une durée maximale de trois ans, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La préfète a par ailleurs relevé que M. B ne justifie pas de circonstances humanitaires qui feraient obstacle au prononcé de la mesure litigieuse, qu'il est défavorablement connu des services de police et qu'il a fait l'objet de trois mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré. Dans ces conditions, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

12. Cette motivation ne révèle pas, par ailleurs, que la préfète du Bas-Rhin aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative ayant fait mention des quatre critères qui y sont énumérés. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent qu'être rejetées en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 1er décembre 2022.

Le président désigné

Signé : A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

LP

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