mardi 13 février 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-23NC02885 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | JEANNOT |
Vu la procédure suivante :
Procédures contentieuses antérieures :
Mme C B épouse A D, a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler la décision du 1er mars 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision par laquelle le préfet a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a formé à l'encontre de cette décision et d'enjoindre ce dernier à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, et, en tout état de cause, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail.
Par un jugement n° 2202363 du 17 août 2023, le tribunal administratif de Nancy a annulé, d'une part, la décision du 1er mars 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté la demande de titre de séjour présentée par Mme A D, ensemble la décision rejetant implicitement son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision et a, d'autre part, enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de délivrer à Mme A D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et enfin, a mis à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser au conseil de la requérante.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2023, sous le n° 23NC02885, la préfète de Meurthe-et-Moselle demande à la cour :
1°) d'annuler les articles 1, 2 et 3 du jugement du 17 août 2023 du tribunal administratif de Nancy ;
2°) de rejeter la demande présentée par Mme A D devant le tribunal administratif.
Elle soutient que :
- c'est à tort que tribunal administratif a retenu la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a enjoint de délivrer à Mme A D une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " car :
. Mme A D ne démontre pas son maintien continu et ininterrompu sur le territoire français, ni avoir fixé le centre de ses attaches familiales sur le territoire français ; elle s'est rendue à plusieurs reprises en Espagne, où elle était en possession d'une carte de résident longue durée-CE ;
. son époux séjourne en France irrégulièrement et a fait l'objet d'un refus de séjour en 2018 et en mars 2023 ;
. si son fils majeur réside en France, c'est uniquement sous couvert d'une carte de séjour temporaire et il a construit sa propre cellule familiale ;
. la décision litigieuse est uniquement un refus de séjour et non une obligation de quitter le territoire français ;
. les enfants mineurs E Mme A D pourront aisément poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine ;
. elle a des attaches fortes au Maroc où elle a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans et où résident ses trois sœurs et son frère ;
. son intégration socio-professionnelle est insuffisante car elle n'a qu'un salaire mensuel de 750 euros et cet emploi a été au surplus exercé illégalement alors qu'elle ne disposait d'aucune autorisation de travail ;
- si la cour devait annuler le jugement, les autres moyens développés en première instance par Mme A D ne sont en tout état de cause pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2023, Mme A D, représentée par Me Jeannot, conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête ;
- en tout état de cause, à l'annulation de la décision implicite de refus de séjour du préfet de Meurthe-et-Moselle née deux mois après le recours gracieux présenté le 15 mars 2022 à l'encontre de la décision de refus de séjour du 1er mars 2022 ;
- à ce qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et dire qu'il lui sera délivré immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant l'instruction du dossier ;
- à titre subsidiaire, à ce qu'il soit enjoint à la préfète de Meurthe-et-Moselle d'examiner sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et dire qu'il lui sera délivré immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail pendant l'instruction du dossier ;
- en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- c'est à bon droit que les premiers juges ont annulé la décision du 1er mars 2022, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux car elles sont entachées d'illégalité au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car elle remplit les conditions requises pour bénéficier d'un titre de séjour sur ce fondement ;
- les moyens invoqués en première instance sont fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2023, sous le n° 23NC02886, la préfète de Meurthe-et-Moselle demande à la cour, sur le fondement de l'article R. 811-15 du code de justice administrative, de prononcer le sursis à exécution du jugement n° 2202363 du 17 août 2023 du tribunal administratif de Nancy.
Elle soulève les mêmes moyens que ceux invoqués dans sa requête n° 23NC02885.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, Mme A D, représentée par Me Jeannot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- le jugement sera confirmé pour les raisons exposées dans le mémoire en défense dans le cadre de la procédure au fond ;
- la requête en sursis à exécution sera rejetée dans la mesure où la requête principale est infondée.
Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour ces deux requêtes par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 7 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport E Roussaux, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse A D, ressortissante marocaine née le 4 mars 1977 est entrée en France, selon ses déclarations en 2012, munie de son passeport revêtu d'un titre de séjour en cours de validité délivré par les autorités espagnoles. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en 2016 et le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a opposé un refus le 29 avril 2016. Elle a sollicité de nouveau le 23 juillet 2019 un titre de séjour en faisant valoir sa vie privée et familiale. Par une décision du 1er mars 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a refusé le séjour. Mme A D a alors formé le 15 mars 2022 un recours gracieux contre cette décision et en l'absence de réponse de la part du préfet une décision implicite de rejet est née. Mme A D a alors demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler la décision du 1er mars 2022 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle a rejeté sa demande de titre de séjour, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a formé, le 15 mars 2022, à l'encontre de cette décision. Par un jugement n° 2202363 du 17 août 2023, le tribunal administratif de Nancy a, d'une part, annulé ces deux décisions et, d'autre part, a enjoint au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par deux requêtes, qu'il y a lieu de joindre afin de statuer par un seul arrêt, la préfète de Meurthe-et-Moselle demande le sursis à exécution et l'annulation des articles 1, 2 et 3 du jugement du 17 août 2023.
Sur le bien-fondé du jugement du 17 août 2023 :
2. Aux termes des dispositions des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ". Et, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A D est entrée régulièrement sur le territoire français en 2012 avec son époux et y réside depuis au moins six ans à la date des décisions attaquées. Ses deux plus jeunes enfants nés en 2015 et en 2018 en France, et qui n'ont donc jamais connu le Maroc, y sont scolarisés. Son fils majeur, marié à une ressortissante française, était titulaire d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français valable jusqu'au 7 avril 2022 et atteste par un courrier circonstancié l'intensité des liens qu'il entretient avec sa mère et ses deux plus jeunes frères. Par ailleurs, la requérante bénéfice d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 25 février 2019 en qualité de femme de ménage et produit ses bulletins de paie du mois de février 2019 au mois de janvier 2022. Elle dispose avec son époux également de son propre logement, déclare ses impôts et se prévaut de son engagement bénévole auprès d'Emmaüs comme l'ont relevé à juste titre les premiers juges. Elle se prévaut également de la présence en France de plusieurs membres de sa famille, notamment sa sœur, sa nièce et sa belle-fille. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, et alors même que son époux était à la date de la décision attaquée en situation irrégulière, il ressort des pièces du dossier qu'en refusant à Mme A D le séjour, le préfet de Meurthe-et-Moselle a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. C'est par suite, par une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé à Mme A D la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.
4. Il résulte de ce qui précède que la préfète de Meurthe-et-Moselle n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué du 17 août 2023, le tribunal administratif de Nancy a annulé la décision du 1er mars 2022, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux et lui a enjoint de délivrer à Mme A D un titre de séjour.
Sur les conclusions aux fins de sursis à exécution du jugement attaqué :
5. Par le présent arrêt, la cour se prononce sur l'appel de la préfète de Meurthe-et-Moselle. Par suite, les conclusions aux fins de sursis à exécution de ce jugement sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les frais liés aux litiges :
6. Mme A D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jeannot, avocate E A D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Jeannot de la somme globale de 1 800 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête de la préfète de Meurthe-et-Moselle n° 23NC02886.
Article 2 : La requête n° 23NC02885 de la préfète de Meurthe-et-Moselle est rejetée.
Article 3 : L'Etat versera à Me Jeannot la somme globale de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de la renonciation par celle-ci au bénéfice de la contribution de l'Etat à l'aide juridique.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C B, épouse A D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Jeannot.
Copie du présent arrêt sera adressée à la préfète de Meurthe-et-Moselle.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Ghisu-Deparis, présidente de chambre,
- Mme Samson-Dye, présidente assesseure,
- Mme Roussaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La rapporteure,
Signé : S. RoussauxLa présidente,
Signé : V. Ghisu-Deparis
La greffière,
Signé : N. Basso.
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Basso
Nos 23NC02885, 23NC02886
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
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04/05/2026