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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-21DA01734

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-21DA01734

jeudi 12 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-21DA01734
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux
Avocat requérantADEKWA LILLE METROPOLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Lille de condamner le centre communal d'action sociale de Ronchin à lui verser la somme de 1 824 euros à titre de dommages et intérêts, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 mai 2018.

Par un jugement n° 1806838 du 21 mai 2021, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2021, 20 janvier et 3 mars 2022, ce dernier non communiqué, Mme A, représentée par Me Camille Briatte, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de condamner le centre communal d'action sociale de Ronchin à lui verser la somme de 1 824 euros, assortie des intérêts moratoires à compter de sa demande préalable ;

3°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Ronchin la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'existence d'une pause non rémunérée de quarante-cinq minutes dans ses horaires de travail n'est pas établie ;

- elle était à la disposition de son employeur pendant la totalité de son service et aurait donc dû être rémunérée pour une durée de sept heures quarante-cinq minutes par jour travaillé ;

- le rejet de sa demande indemnitaire est donc illégal ;

- elle a en conséquence subi un préjudice financier qui doit être réparé ;

- elle a également subi des troubles dans les conditions d'existence et un préjudice moral.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 octobre 2021 et le 3 février 2022, le centre communal d'action sociale de Ronchin, représenté par Me Ghislain Hanicotte, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme A de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les horaires comprenant une coupure de quarante-cinq minutes sont affichés et étaient connus de Mme A ;

- l'intéressée ne travaillait pas pendant son temps de pause, la présence d'un infirmier n'étant pas prévue de manière continue.

La clôture de l'instruction a été fixée au 3 mars 2022 à 12 heures par ordonnance du 3 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours peuvent, par ordonnance : () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 () ". Aux termes du dernier alinéa du même article : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, rejeter (), les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. Ils peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application de l'une des dispositions des 1° à 7° ".

2. Mme B A était employée en tant qu'infirmière contractuelle par le centre communal d'action sociale de Ronchin et a été affectée dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de cet établissement public du 13 octobre 2014 au 31 décembre 2017. Estimant qu'elle aurait dû être rémunérée pour une durée de sept heures quarante-cinq minutes journalières, elle a formé, le 3 mai 2018, une demande indemnitaire, qui a été rejetée par décision du 20 juin 2018. Elle relève appel du jugement du 21 mai 2021 du tribunal administratif de Lille qui a rejeté ses conclusions indemnitaires.

3. Aux termes de l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé sous réserve des dispositions suivantes. " et aux termes de l'article 2 du décret précité du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " La durée du travail effectif s'entend comme le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur employeur et doivent se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles ". Enfin, le I de l'article 3 de ce dernier décret précise que : " Aucun temps de travail quotidien ne peut atteindre six heures sans que les agents bénéficient d'un temps de pause d'une durée minimale de vingt minutes ".

4. Mme A soutient qu'elle aurait dû être rémunérée pour un temps de travail de sept heures et quarante-cinq minutes, son service commençant à 6 heures 45 et se terminant à 14 heures 30. Pour justifier qu'il ne l'ait payée que sept heures par jour travaillé, le centre communal d'action sociale de Ronchin fait valoir que ce service infirmier comprenait une pause de quarante-cinq minutes et était donc prévu de 6 heures 45 à 12 heures 15 pour reprendre à 13 heures et se terminer à 14 heures trente. Il fait valoir que les horaires sont affichés sur un tableau d'affichage fermé à clé, à côté des plannings de travail. Il produit une fiche non datée intitulée " horaires " et mentionnant un horaire dénommé " IM 1 " : " 6h45-12h15 et 13h00-14h30 (possibilité de décaler la coupure de 45 minutes selon les urgences) " ainsi qu'une photographie également non datée, mais antérieure au 21 février 2019 puisque comprenant une note établie à cette date, du panneau d'affichage comprenant cette fiche horaire. Des attestations du directeur de l'établissement d'hébergement, datée du 18 février 2019 et de l'infirmière coordinatrice datée du 21 février 2019 certifient que les horaires étaient affichés et que Mme A en avait connaissance. L'assistante chargée des ressources humaines de l'établissement d'hébergement ainsi que des aides-soignantes et une animatrice confirment cet affichage des horaires, certaines attestations indiquant que cet affichage existait depuis 2014. Les seules circonstances opposées par l'appelante que ces pièces aient été rédigées postérieurement à l'introduction de la demande de première instance de Mme A et par des personnes en lien de subordination avec la direction du centre communal d'action sociale ne suffit à leur ôter toute valeur, d'autant que produites dans les formes prévues par les articles 200 à 203 du code de procédure civile, elles engagent pénalement leurs auteurs. Par ailleurs, les horaires du personnel infirmier ont été rappelés lors d'une réunion tenue le 17 novembre 2017 avec l'équipe infirmière, à laquelle Mme A n'a pas participé mais dont elle a eu le compte-rendu. Si une première version de ce compte-rendu mentionnait une coupure de trente minutes, cette erreur matérielle a été immédiatement corrigée dès le 27 novembre 2017 en attirant l'attention des destinataires sur la correction ainsi apportée. L'intéressée produit, pour sa part, des attestations d'infirmiers en poste à l'établissement indiquant ignorer l'existence d'une pause de quarante-cinq minutes et que les horaires des infirmiers n'étaient pas affichés sur le tableau d'affichage avant la fin de l'année 2017, ce que confirment des aides-soignantes en poste à l'établissement. Il résulte de ces éléments qu'un doute subsiste sur l'affichage des horaires infirmiers avant la réunion du 17 novembre 2017. Toutefois, Mme A avait nécessairement connaissance dès la réception de sa première fiche de paie qu'elle n'était rémunérée que sept heures par jour travaillé. Elle ne peut donc prétendre ignorer l'existence d'une pause, non rémunérée de quarante-cinq minutes par jour travaillé, avant la réunion du 17 novembre 2017.

5. En application de ce qui a été dit au point 3, le cycle de travail des infirmiers devait comprendre une pause de vingt minutes minimum qui n'avait à être rémunérée que si elle constituait un temps de travail effectif. Or, l'intéressée n'établit pas qu'elle était à la disposition effective de son employeur et devait se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer à ses occupations personnelles pendant la totalité de son service et notamment entre 12 heures 15 et 13 heures, plage normalement prévue pour cette pause. La circonstance qu'elle n'ait pas quitté son lieu de travail pendant son temps de pause ne suffit à démontrer qu'elle était à la disposition de son employeur pendant cette pause obligatoire. Le centre communal d'action sociale établit pour sa part que le fonctionnement de l'établissement ne nécessitait pas la présence continue d'un infirmier. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande de condamnation du centre communal d'action sociale de Ronchin.

6. Le rejet de la demande indemnitaire préalable par la décision du 20 juin 2018 a eu pour seul objet de lier le contentieux. Par suite, les conclusions d'annulation de cette décision ne peuvent en tout état de cause qu'être rejetées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en toutes ces conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions du centre communal d'action sociale de Ronchin au même titre.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre communal d'action sociale de Ronchin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au centre communal d'action sociale de Ronchin.

Fait à Douai le 12 mai 2022.

La présidente de la 3ème chambre,

Signé : G. Borot

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme

La greffière,

Chloé Huls-Carlier

1

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3

N°"Numéro"

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