mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-22DA00670 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 2e chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | LEROY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A E a demandé au tribunal administratif de B d'annuler, d'une part, la décision du 12 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et, d'autre part, les décisions du 30 septembre 2021 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'assignant à résidence pour une durée de six mois.
Par un jugement n° 2103757 du 23 novembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de B, après avoir admis M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, a rejeté le surplus des conclusions de sa requête.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2022, M. E, représenté par Me Magali Leroy, demande à la cour :
1°) à titre principal, d'annuler ce jugement en tant qu'il rejette le surplus des conclusions de sa requête ;
2°) d'annuler les décisions du 30 septembre 2021 et du 12 octobre 2021 du préfet de la Seine-Maritime ;
3°) à titre subsidiaire, d'abroger ces décisions ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de son droit au séjour dans le même délai et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou, à défaut, de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, de lui délivrer l'autorisation de travail prévue à l'article R.732-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de huit jours et de modifier les modalités de contrôle de son assignation à résidence en fixant seulement son obligation à tous les lundis matin à 9h00 ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son avocat, d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation par celui-ci à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le magistrat désigné n'était pas compétent pour statuer sur les conclusions de sa demande dirigées contre la décision de refus de titre de séjour ;
- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît le principe du droit d'être entendu ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 7 ter et quater de l'accord franco-tunisien et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le principe du droit d'être entendu ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'assignation à résidence est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le principe du droit d'être entendu ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il déclare se rapporter à ses écritures produites en première instance.
M. E s'est vu refuser le bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 22 mars 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Muriel Milard, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant tunisien, né le 9 décembre 2000, entré en France le 22 décembre 2015 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et a été confié à l'aide sociale à l'enfance par un jugement du tribunal pour enfants de B du 7 juin 2016 alors qu'il était âgé de quinze ans et quatre mois. Il a demandé le 30 juillet 2018 son admission au séjour sur le fondement du 2 bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 15 octobre 2020 du préfet de la Seine-Maritime assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de B du 30 mars 2021. S'étant soustrait à cette mesure d'éloignement, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et une assignation à résidence d'une durée de six mois ont été édictées à son encontre par deux arrêtés du 30 septembre 2021, pris sur le fondement de l'arrêté du 15 octobre 2020 devenu définitif. Parallèlement, M. E a demandé le 23 septembre 2021 son admission au séjour en qualité de salarié. M. E relève appel du jugement du 23 novembre 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de B a rejeté sa demande tendant à l'annulation, d'une part, de la décision du 12 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié et, d'autre part, des décisions du 30 septembre 2021 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'assignant à résidence pour une durée de six mois.
Sur la régularité du jugement contesté :
2. Aux termes de l'article L. 3 du code de justice administrative : " Les jugements sont rendus en formation collégiale, sauf s'il en est autrement disposé par la loi ". L'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énumère les cas dans lesquels le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin statue seul sur la demande d'un étranger. Parmi ces cas figure celui de l'étranger qui fait l'objet d'une interdiction de retour prévue au sixième alinéa du III de l'article L. 511-1 du même code. En revanche, si une décision de refus de titre de séjour accompagne cette interdiction de retour, sans qu'une obligation de quitter le territoire français ne soit prise concomitamment sur le fondement du 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'examen de la légalité de ce refus de titre de séjour relève de la formation collégiale du tribunal. Ainsi, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de B n'était pas compétent pour statuer seul sur la demande tendant à l'annulation du refus de titre de séjour opposé à M. E le 12 octobre 2021. Il s'ensuit qu'en tant qu'il a statué sur la demande dirigée contre le refus de titre de séjour du 12 octobre 2021, le jugement est irrégulier et doit être annulé.
3. Il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et de statuer par l'effet dévolutif de l'appel sur les autres conclusions présentées par M. E devant le tribunal administratif de B.
Sur le refus de titre de séjour du 12 octobre 2021 :
4. En premier lieu, M. F D, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, dispose d'une délégation en vertu de l'arrêté du 1er juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de sa direction, notamment les refus de délivrance de titres de séjour et les mesures d'éloignement des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il ressort de la décision contestée que le préfet de la Seine-Maritime s'est référé à sa précédente décision de refus de titre de séjour et a examiné l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de M. E. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a pu, à l'occasion de cette demande, préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demandait son admission au séjour et produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartenait, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il jugeait utiles. Il lui était également loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu avant l'adoption d'une mesure défavorable.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" ". Selon l'article 11 du même accord, les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. Aux termes de l'article L. 311-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par les dispositions législatives du présent code, l'octroi de la carte de séjour temporaire et celui de la carte de séjour compétences et talents sont subordonnés à la production par l'étranger d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ". Il résulte de la combinaison de ces stipulations et dispositions que la délivrance aux ressortissants tunisiens d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour.
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant ne justifie pas être en possession d'un visa de long séjour au sens des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime a pu à bon droit, pour ce seul motif, lui refuser un titre de séjour en qualité de salarié.
9. En cinquième lieu, l'article 3 précité de l'accord franco-tunisien prévoyant la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 431-5, anciennement article L. 313-14, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Il en va différemment du ressortissant tunisien qui demande son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement des dispositions de cet article L. 431-5, s'agissant d'un point non traité par l'accord. Le préfet peut également toujours faire usage de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation lorsque l'intéressé ne remplit pas les conditions requises par l'accord franco-tunisien.
11. D'une part, si M. E a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle de plâtrier-plaquiste en 2020, il a ensuite effectué des contrats de mission temporaire et s'il bénéficie depuis septembre 2020 d'un contrat à durée indéterminée, il ne justifie pas de la poursuite de ce contrat au-delà de la période d'essai. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne régularisant pas, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, la situation de l'intéressé par la délivrance d'un titre salarié. D'autre part, s'agissant de la délivrance d'un titre " vie privée et familiale ", la situation de M. E ne répond pas à des considérations humanitaires ni à des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Seine-Maritime n'a donc pas méconnu les dispositions de cet article, ni les stipulations des articles 7 ter et quater de l'accord franco-tunisien, ni n'a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
12. Enfin, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
13. M. E soutient qu'il est entré en France en décembre 2015 à l'âge de quinze ans et se prévaut d'une relation sérieuse avec une ressortissante française avec laquelle il entend se marier. Toutefois, il n'établit pas l'ancienneté et la stabilité de cette relation alors qu'il dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les autres demandes de M. E et ses conclusions d'appel :
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
15. Il ressort des pièces du dossier que la décision par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a fait interdiction à M. E de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an vise les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique également la durée et les conditions de son séjour, la circonstance qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, l'absence d'atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et de circonstance humanitaire ainsi que l'absence de menace pour l'ordre public que représente sa présence en France. Dès lors, la décision comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde et est, ainsi, suffisamment motivée.
16. En deuxième lieu, il ressort de la décision contestée que le préfet de la Seine-Maritime a examiné l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle et familiale de M. E. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.
17. En troisième lieu, il ressort du procès-verbal d'audition par les services de police du 23 septembre 2021 que M. E a été interrogé sur la perspective de se voir notifier la mesure contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du droit d'être entendu doit être écarté.
18. En quatrième lieu, si M. E soutient qu'il est entré en France en décembre 2015 à l'âge de quinze ans et qu'il obtenu un certificat d'aptitude professionnelle de plâtrier-plaquiste en 2020, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière. S'il se prévaut également d'une relation sérieuse avec une ressortissante française avec laquelle il s'est marié le 4 décembre 2021, ce mariage est postérieur à l'édiction de l'arrêté attaqué et est donc sans incidence sur sa légalité alors, en outre, que l'intéressé dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et des membres de sa fratrie. Enfin, il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée le 15 octobre 2020. Dans ces conditions, M. E ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit prononcée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
19. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Il résulte de ce qui a été précédemment exposé que la durée de l'interdiction de retour, fixée à un an, n'est pas disproportionnée par rapport à la situation personnelle de l'intéressé et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De même, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
20. En premier lieu, il résulte des termes de la décision portant assignation à résidence de M. E que le préfet de la Seine-Maritime a visé et cité les dispositions des articles L. 731-3 et L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énoncé les éléments de fait en faisant notamment état d'une précédente mesure d'éloignement du 15 octobre 2020. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit donc être écarté.
21. En deuxième lieu, il ressort des termes même de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Maritime s'est livré à un examen particulier de la situation du requérant avant d'adopter la décision contestée. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.
22. En troisième lieu, comme cela a été dit au point 17, M. E a été auditionné par les services de police le 23 septembre 2021 et il a été interrogé sur la perspective de se voir notifier la mesure contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du droit d'être entendu doit être écarté.
23. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 18, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît ainsi pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
24. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est fondé ni à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour du 12 octobre 2021, ni à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné du tribunal administratif de B a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions du 30 septembre 2021 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'un an et une assignation à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées par son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2103757 du 23 juin 2021 du tribunal administratif de B est annulé en tant qu'il a statué sur les conclusions de M. E dirigées contre la décision de refus de tire de séjour du 12 octobre 2021 du préfet de la Seine-Maritime.
Article 2 : La demande de M. E tendant à l'annulation du refus de titre de séjour du 12 octobre 2021 ainsi que le surplus de ses conclusions d'appel sont rejetés.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A E, au ministre de l'Intérieur et à Me Magali Leroy.
Copie sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience publique du 21 juin 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Anne Seulin, présidente de chambre,
- Mme Aurélie Chauvin, présidente-assesseure,
- Mme Muriel Milard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé : M. CLa présidente de chambre,
Signé : A. Seulin
La greffière,
Signé : A.S. Villette
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière
Anne-Sophie Villette
N°22DA00670
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026