mercredi 19 avril 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-22DA01157 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | AARPI ANDOTTE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A O'May a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler les arrêtés du préfet du Pas-de-Calais des 8 mars et 29 avril 2022 portant, d'une part, retrait de son titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans les trente jours et fixation du pays de renvoi et, d'autre part, interdiction de retour en France pendant un an.
Par une ordonnance n° 2203221 du 2 mai 2022, le président du tribunal administratif de Lille a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 2 juin 2022, et des mémoires, enregistrés les 16 juin 2022 et 27 janvier 2023, M. A O'May, représenté par Me Lionel Crusoé, demande à la cour :
1°) d'annuler cette ordonnance ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir cet arrêté ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Par un mémoire, enregistré le 1er février 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, par ordonnance : / () / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables () / () / () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, de même, annuler une ordonnance prise en application des 1° à 5° et 7° du présent article à condition de régler l'affaire au fond par application des 1° à 7° ".
Sur la régularité de l'ordonnance du 2 mai 2022 :
En ce qui concerne l'arrêté du 8 mars 2022 :
2. Aux termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " () La requête () et le premier mémoire de chaque défendeur sont communiqués aux parties avec les pièces jointes dans les conditions prévues aux articles R. 611-2 à R. 611-6. / () ".
3. Il résulte de ces dispositions, destinées à garantir le caractère contradictoire de l'instruction, que la méconnaissance de l'obligation de communiquer le premier mémoire d'un défendeur est en principe de nature à entacher la procédure d'irrégularité. Il n'en va autrement que dans le cas où il ressort des pièces du dossier que, dans les circonstances de l'espèce, cette méconnaissance n'a pu préjudicier aux droits des parties.
4. D'une part, il résulte des pièces du dossier, notamment des mentions de la fiche requête et de l'ordonnance, que le préfet a déposé une défense le 2 mai 2022, que cette défense n'a pas été communiquée à M. A O'May et que l'ordonnance a été prise le même jour.
5. D'autre part, il résulte de la motivation de l'ordonnance que le président du tribunal s'est fondé sur les mentions d'un avis de réception postal invoqué par le mémoire en défense du préfet pour juger que la demande de M. A O'May était tardive et donc irrecevable.
6. Dans les circonstances de l'espèce, la méconnaissance de l'obligation de communiquer le premier mémoire en défense a préjudicié aux droits de M. A O'May.
En ce qui concerne l'arrêté du 29 avril 2022 :
7. M. A O'May a demandé l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2022 portant interdiction de retour en France aux pages 1, 3 et 4 de sa demande devant le tribunal. Or le président du tribunal a omis de statuer sur ces conclusions.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A O'May est fondé à demander l'annulation de l'ordonnance du président du tribunal administratif de Lille du 2 mai 2022.
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande de M. A O'May.
Sur la recevabilité de la demande :
En ce qui concerne l'arrêté du 8 mars 2022 :
10. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3° () de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que le pli contenant cet arrêté a été envoyé à l'adresse déclarée par M. A O'May à la préfecture, au 3/5 rue Fulton à Calais, qu'il a été présenté à cette adresse le 9 mars 2022, qu'il n'a pas été distribué et qu'il a été retourné à la préfecture avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ".
12. L'appelant soutient qu'il résidait alors à cette adresse et que la non distribution du pli est imputable à une erreur de La Poste qui ne lui est pas opposable, en invoquant une attestation de domicile établie par l'association L'Auberge des Migrants ainsi qu'une contravention et des avis de passage reçus au 3/5 rue Fulton en décembre 2021 et en avril 2022.
13. Toutefois, d'une part, cette attestation ne concerne que l'année 2020, la notification de la contravention a précédé de plusieurs mois la non distribution litigieuse, la production des avis de passage n'a pas été complétée par celle des plis correspondants ce qui ne permet pas de s'assurer de la réalité de l'intervention de La Poste et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le nom de l'intéressé apparaissait en mars 2022 sur une boîte à lettres du 3/5 rue Fulton.
14. D'autre part, lors de son audition par la police le 29 avril 2022, M. A O'May a déclaré deux fois être domicilié 24 rue Frédéric Sauvage à Calais. Dans une attestation du même jour, produite par l'appelant, sa compagne a également déclaré qu'ils résidaient 24 rue Frédéric Sauvage depuis septembre 2021. Or cette adresse n'a pas été déclarée à la préfecture.
15. Dans ces conditions, le délai de recours contentieux de trente jours prévu par la disposition précitée a été déclenché le 9 mars 2022 et la demande, déposée au greffe du tribunal le 30 avril 2022, était tardive et par suite irrecevable.
En ce qui concerne l'arrêté du 29 avril 2022 :
16. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " () La requête () contient l'exposé des faits et moyens () L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours ". Aux termes de l'article R. 776-3 du même code : " () les interdictions de retour sur le territoire français prises en application de l'article L. 612-7 de ce code à l'encontre d'étrangers s'étant maintenus sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire peuvent faire l'objet d'un recours contentieux dans les quinze jours de leur notification. / () ".
17. D'une part, la demande de M. A O'May déposée le 30 avril 2022 ne contenait pas d'exposé des faits et se bornait à soutenir que la décision attaquée était " insuffisamment motivée ", que son auteur " n'avait pas compétence " pour l'édicter, qu'elle n'avait pas été notifiée " dans une langue que je comprends " et qu'elle " revêt une erreur d'appréciation quant à la durée de cette interdiction ", sans indiquer même sommairement la règle ou le principe qu'aurait méconnu le préfet ni la nature de l'erreur d'appréciation qu'il aurait commise. Elle ne contenait ainsi pas l'exposé des faits et moyens requis, à peine d'irrecevabilité, par l'article R. 411-1 du code de justice administrative.
18. D'autre part, si les mémoires déposés en appel par M. A O'May les 16 juin 2022 et 27 janvier 2023 contenaient l'exposé des faits et moyens requis, l'arrêté du 29 avril 2022 a été notifié à M. A O'May le jour même, le formulaire alors remis à l'intéressé mentionnait le délai de recours de quinze jours prévu à l'article R. 776-3 du code de justice administrative et ces mémoires ont donc été déposés après l'expiration de ce délai. Par suite, l'irrecevabilité entachant la demande n'a pas pu être régularisée.
19. Il résulte de tout ce qui précède que M. A O'May n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés des 8 mars et 29 avril 2022.
Sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :
20. La demande présentée par le requérant, partie perdante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doit être rejetée.
DECIDE :
Article 1er : L'ordonnance du président du tribunal administratif de Lille du 2 mai 2022 est annulée.
Article 2 : La demande présentée par M. A O'May devant le tribunal administratif de Lille est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A O'May, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Lionel Crusoé.
Copie de l'ordonnance sera transmise, pour information, au préfet du Nord.
Fait à Douai, le 19 avril 2023.
Le président de la 1ère chambre,
Signé : Marc Heinis
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière en chef adjointe,
Sylviane Dupuis
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026