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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-22LY00420

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-22LY00420

lundi 25 juillet 2022

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-22LY00420
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantMATHIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

Mme A B épouse C a demandé au tribunal administratif de Grenoble d'annuler les décisions du préfet de la Savoie du 5 août 2021, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, désignant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office à l'expiration de ce délai et lui interdisant le retour sur le territoire français durant un an.

Par un jugement n° 2105892 du 6 octobre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 9 février 2022, Mme C, représentée par Me Mathis, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble du 6 octobre 2021 ;

2°) d'annuler les décisions susmentionnées pour excès de pouvoir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- compte-tenu des informations relatives à son état de santé qu'elle avait transmises, le préfet était tenu de saisir pour avis l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, () par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. Mme C, ressortissante bosniaque née le 31 juillet 1973, déclare être entrée en France le 28 juin 2019, accompagnée de sa fille mineure, pour y déposer une demande d'asile. La consultation de la base de données européenne Eurodac a révélé que ses empreintes étaient identiques à celles relevées par les autorités allemandes le 12 octobre 2015 et le 23 janvier 2019. Sa réadmission vers l'Allemagne n'ayant pu être réalisée dans les délais impartis, la demande d'asile de l'intéressée a été examinée en France et a été finalement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 mars 2021. Par arrêté du 5 août 2021, le préfet de la Savoie lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an. Mme C fait appel du jugement par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention relative aux droits de l'enfant, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il comporte les éléments d'identification de l'intéressée, sa date d'entrée en France et le rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA le 18 janvier 2020 et la CNDA le 29 mars 2021, l'examen de la situation personnelle de Mme C et de sa fille sur le territoire français, ainsi que des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision contestée comporte les motifs de droit et de fait qui la fonde et, dès lors, est suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont les dispositions s'appliquent à l'énoncé des seuls motifs sur lesquels l'administration entend faire reposer sa décision. L'arrêté litigieux n'est pas entaché d'un défaut de motivation pour ne pas comporter le rappel des éléments caractérisant la situation de Mme C, que celle-ci regarde comme lui étant favorables et sur lesquels le préfet de la Savoie n'a pas cru devoir se fonder pour lui faire obligation de quitter le territoire français.

4. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. En l'absence de toute argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté pour les mêmes motifs.

5. En troisième lieu, Mme C fait valoir que le préfet de la Savoie, informé de son état de santé, ne pouvait prendre à son encontre une mesure d'éloignement sans avoir au préalable saisi l'OFII. Toutefois, ainsi que l'a relevé le premier juge, Mme C ne démontre pas, par les seules pièces versées au dossier, que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, en tout état de cause, à supposer cette circonstance établie, qu'elle ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, contrairement à ce que Mme C soutient, le préfet de la Savoie n'était pas tenu de saisir l'OFII préalablement au prononcé de la mesure d'éloignement litigieuse.

6. En quatrième et dernier lieu, sauf en ce qui concerne les moyens ci-dessus analysés, la requête de Mme C se borne à reprendre les moyens invoqués devant le tribunal administratif de Grenoble, sans apporter au soutien de ces derniers aucun élément de nature à remettre en cause le bien-fondé du jugement attaqué. Dès lors, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs du retenus à bon droit par le premier juge, à l'encontre desquels la requérante ne formule aucune critique utile ou pertinente.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Savoie.

Fait à Lyon, le 25 juillet 2022.

Le président,

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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