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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-24LY03460

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-24LY03460

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-24LY03460
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSELARL ASTERIO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Procédure contentieuse antérieure

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Lyon d’annuler l’arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le ministre de la Justice a pris à son encontre la sanction de révocation ainsi que la décision du 19 janvier 2024 par laquelle le ministre a implicitement rejeté son recours gracieux.

Par un jugement n° 2400776, 2402830 du 25 octobre 2024, le tribunal a rejeté sa demande.


Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2024, M. A..., représenté par Me Bracq, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement ;

2°) d’annuler les décisions susmentionnées ;




3°) d’enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de le réintégrer dans un délai de deux mois à compter de la notification de l’arrêté, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du garde des sceaux, ministre de la justice la somme de 2 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
– le ministre s’est estimé lié par le jugement rendu par le tribunal judiciaire et s’est abstenu de procéder à l’examen de sa situation ;
– la sanction de révocation est disproportionnée.

Par un mémoire enregistré le 20 mai 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés et s’en remet, pour l’effet dévolutif de l’appel, à ses écritures de première instance.

Par une ordonnance du 21 mai 2025, l’instruction a été close au 22 juillet 2025.


Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
– le code général de la fonction publique ;
– le code pénitentiaire ;
– le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience ;

Après avoir entendu au cours de l’audience publique :
– le rapport de Mme Boffy, première conseillère ;
– les conclusions de M. Rivière, rapporteur public ;
– et les observations de Me Sarre, substituant Me Bracq, pour M. A... ;


Considérant ce qui suit :


Par un arrêté du 25 septembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice a prononcé la sanction de révocation à l’encontre de M. A..., surveillant pénitentiaire titulaire depuis le 19 novembre 2010, exerçant ses fonctions au centre pénitentiaire de Saint-Étienne-La Talaudière. Celui-ci a formé un recours gracieux, rejeté par une décision du 19 janvier 2024. M. A... a demandé au tribunal administratif de Lyon d’annuler l’arrêté du 25 septembre 2023 ainsi que la décision du 19 janvier 2024 rejetant son recours gracieux. Il relève appel du jugement du 25 octobre 2024 par lequel le tribunal a rejeté ses demandes.

En premier lieu, l’autorité de la chose jugée en matière pénale s'attache aux décisions des juridictions de jugement qui statuent sur le fond de l'action publique et s'attache aux constatations de fait contenues dans leurs jugements, qui sont le support nécessaire du dispositif. Il ressort des pièces du dossier que M. A... a été condamné, par un jugement définitif du tribunal judiciaire de Saint-Étienne du 18 mars 2022, à six mois d’emprisonnement avec sursis et à une interdiction d’exercer la profession de surveillant pénitentiaire pour une durée de deux mois, pour des faits d’agression et de harcèlement sexuels envers différentes collègues de travail, de janvier 2015 à décembre 2018, de février à mai 2017 et de janvier 2016 à décembre 2019, sur le lieu de travail, ainsi que pour des faits de menaces de mort réitérées sur la personne de sa compagne, de juin 2014 à mai 2020, et enfin des faits de violence suivis d’une incapacité supérieure à huit jours sur la personne de sa compagne commis le 27 mai 2020. Ces faits, ainsi constatés par le juge judiciaire, s’imposaient à l’administration qui était par suite fondée à les reprendre comme motifs de la décision de sanction. En outre, le garde des sceaux, ministre de la justice a également retenu, pour justifier cette sanction, que les faits reprochés à M. A... caractérisent un manquement aux obligations de dignité et de probité, ainsi qu’au devoir de respect envers ses collègues, et qu’ils avaient entaché l’image de l’administration pénitentiaire. Dès lors, le moyen tiré de ce que l’administration se serait abstenue de procéder à un examen circonstancié de la situation de M. A... ne peut qu’être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 533-1 du code général de la fonction publique : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : (…) / 4° Quatrième groupe : / (…) / b) La révocation. ». Aux termes de l’article R. 122-1 du code pénitentiaire : « Le personnel de l'administration pénitentiaire est loyal envers les institutions républicaines. Il est intègre, impartial et probe. Il ne se départit de sa dignité en aucune circonstance. ». Aux termes de l’article R. 122-5 de ce code : « Les personnels de l'administration pénitentiaire se doivent mutuellement respect, aide et assistance dans l'exercice de leurs missions. ».

Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

En l’espèce, les faits reprochés à M. A..., rappelés au point 2, d’une particulière gravité, révèlent un manquement aux obligations professionnelles et au devoir de probité et d’exemplarité tels qu’ils résultent notamment des dispositions du code pénitentiaire. De plus, il ressort des pièces du dossier et, en particulier, de l’arrêté en litige et du courrier adressé par le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon au garde des sceaux, ministre de la justice du 1er mars 2023, qu’en réponse à une demande d’explication adressée par l’administration, M. A... a indiqué qu’il n’avait rien de plus à ajouter « compte-tenu que le sujet n’a pas de rapport avec l’administration pénitentiaire et qu’il a rendu compte auprès des autorités judiciaires », niant « avoir commis l’ensemble des faits ayant fait l’objet de sa condamnation (…) » et expliquant « être victime de dénonciations calomnieuses de la part de l’ensemble des plaignantes ». Quels que soient par ailleurs les états de service de M. A..., et quand bien même la durée de l’interdiction d’exercer prononcée par le tribunal judiciaire n’était que de deux mois, la condamnation n’a pas été inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, et aucune publicité n’a été donnée à cette affaire, cette dernière entache nécessairement l’image de l’administration pénitentiaire, eu égard à la nature des faits, à leur évidente gravité et aux périodes étendues sur lesquelles ils se sont écoulés, et au regard des fonctions exercées par M. A... en qualité de surveillant pénitentiaire, en dernier lieu intégré à l’équipe locale de sécurité pénitentiaire. Dans ces circonstances, le garde des sceaux, ministre de la justice n’a pas pris une sanction disproportionnée en décidant de prononcer sa révocation.

Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal a rejeté sa demande. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.


DÉCIDE :


Article 1er :
La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 :
Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et au garde des sceaux, ministre de la justice.


Délibéré après l’audience du 4 décembre 2025 à laquelle siégeaient :
M. Picard, président de chambre ;
Mme Duguit-Larcher, présidente assesseure ;
Mme Boffy, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.


La rapporteure,





I. BoffyLe président,





V-M. Picard
La greffière,





A. Le Colleter

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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