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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA01143

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA01143

jeudi 2 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA01143
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantNEVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au Tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans et l'a informé de ce qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour.

Par un jugement n° 2014621 du 21 février 2022, le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2022, M. B, représenté par Me Neven, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2014621 du 21 février 2022 du Tribunal administratif de Montreuil ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous une astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans les quinze jours suivant la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d'une décision juridictionnelle frappée d'appel, les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé dans l'arrêté à l'origine du litige que M. B avait fait l'objet, le 12 janvier 2017, d'un arrêté de refus de séjour au titre de l'asile pris par le préfet de police, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, notifié le 1er février 2017 et confirmé le 13 septembre 2017 par le Tribunal administratif de Paris. Dans le premier mémoire produit en première instance, M. B a contesté l'existence et la notification de cette mesure d'éloignement. Les premiers juges ont recherché eux-mêmes le jugement n° 1707948/1-1 du 13 septembre 2017 rejetant la demande de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2017 du préfet de police rejetant sa demande de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français et l'ont communiqué aux parties le 18 janvier 2022. Le requérant avait produit en première instance, pour démontrer qu'il résidait habituellement en France au cours de l'année 2017, la lettre datée du 12 octobre 2017 par laquelle l'avocat qui l'avait représenté devant le Tribunal administratif lui avait transmis le jugement de cette juridiction. Au vu de cette pièce qui corroborait les mentions figurant dans l'arrêté du préfet, les premiers juges ont pu, sans commettre d'irrégularité, rechercher ce jugement, rendu sur une demande que M. B avait présentée en bénéficiant de l'aide juridictionnelle, qu'ils ont utilisé en respectant le principe du caractère contradictoire de la procédure contentieuse.

3. Les premiers juges ont suffisamment motivé leur réponse au moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant le rejet de la demande de titre de séjour.

4. La circonstance que le jugement ne vise pas de manière spécifique le jugement du 13 septembre 2017 mentionné au point 2, qui fait partie des " autres pièces du dossier ", est sans incidence sur sa régularité

Sur la légalité de l'arrêté à l'origine du litige :

En ce qui concerne le rejet de la demande de titre de séjour :

5. Compte tenu de l'ensemble des considérations de fait et de droit qu'il a énoncées dans son arrêté, dont le lecture doit se faire de manière globale, le préfet a suffisamment motivé sa décision de rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement des dispositions alors applicables de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Le défaut d'examen particulier de la situation d'un administré ne constitue un cas autonome d'ouverture du recours pour excès de pouvoir que lorsque l'administration se croit à tort en situation de compétence liée pour rejeter sa demande. La motivation de l'arrêté attaqué révèle que tel n'est pas le cas en l'espèce, s'agissant de la décision de rejet de la demande de titre de séjour, le préfet ne s'étant pas estimé tenu de rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour en raison de l'usurpation d'identité dont cet étranger s'est rendu coupable pour se faire embaucher.

7. Le préfet, dans son appréciation d'ensemble de la situation de M. B, pouvait légalement tenir compte de l'usurpation d'identité dont cet étranger s'est rendu coupable pour se faire embaucher.

8. M. B, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1984, est entré en France dans le courant de l'année 2015, dans des conditions qu'il ne précise pas, et y a vainement présenté une demande d'asile qui a été rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 octobre 2016. A la suite de cette décision, le préfet de police, ainsi qu'il a été dit au point 2, a pris à son encontre une première mesure d'éloignement. M. B n'y a pas donné suite et s'est fait irrégulièrement embaucher comme agent de service en faisant usage d'un titre de séjour au nom d'un ressortissant malien, comme le montre le contrat de travail conclu le 22 février 2018 qu'il a produit. Il a continué à travailler pour le même employeur jusqu'à la date de l'arrêté à l'origine du litige et ce dernier, une fois informé de cette usurpation d'identité, n'a pas mis fin à la relation de travail mais a souhaité au contraire le voir régularisé par la délivrance d'un titre de séjour. Il est célibataire, sans enfant et, selon les mentions non contestées de l'arrêté à l'origine du litige, ses parents, ses deux sœurs et son frère résident dans son pays d'origine, qu'il a quitté à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, compte tenu en particulier de la durée et des conditions du séjour en France de M. B, le rejet de sa demande de titre de séjour ne méconnaît ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Il suit de ce qui a été dit aux points 5 à 8 que le moyen tiré de l'illégalité du rejet de la demande de titre de séjour, invoquée par voie d'exception, doit être écarté.

10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales peut-être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

11. M. B, qui a contesté l'obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet de police dans les conditions rappelées au point 2, manifestant ainsi sa connaissance acquise de cet acte, ne peut soutenir que le préfet n'apporte pas la preuve de sa notification.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

12. Le droit d'être entendu, garanti par le droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant interdiction de retour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, lorsque l'autorité administrative assortit une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce, d'une interdiction de retour, cette mesure, comme obligation de quitter le territoire français, découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision portant interdiction de retour, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

13. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'interdiction de retour assortissant l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

14. M. B a pu, au cours de l'instruction de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, faire connaître au préfet les circonstances exceptionnelles ou les motifs humanitaires de nature à justifier la régularisation de sa situation et, dès lors, à convaincre cette autorité de s'abstenir de prononcer une interdiction de retour. Il ne peut par suite reprocher au préfet de ne pas l'avoir informé de ce qu'il avait l'intention de prendre cette mesure et de ne pas l'avoir invité à présenter ses observations. Le moyen tiré de ce qu'il a été privé du droit d'être entendu doit dès lors être écarté.

15. Le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour est insuffisamment motivée peut être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

16. Le moyen tiré de ce que le préfet n'apporte pas la preuve de sa notification de la première mesure d'éloignement peut être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11.

17. Compte tenu des éléments de la situation personnelle de M. B analysés au point 8, en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour d'une durée de deux ans, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour :

18. Il suit de ce qui a été dit aux points 12 à 17 que le moyen tiré de ce que cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'interdiction de retour doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement attaqué et de l'arrêté à l'origine du litige, est manifestement dépourvue de fondement. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 2 juin 2022.

Le président,

Claude JARDIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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