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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA78-22VE00623

Cour administrative d'appel de Versailles — Décision N° CAA78-22VE00623

mardi 4 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Versailles
SectionCour administrative d'appel de Versailles
N° DossierCAA78-22VE00623
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantWAK-HANNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Versailles d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2021 par lequel le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2109010 du 17 février 2022, le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2022, M. B, représenté par Me Wak-Hanna, avocate, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

- il omet de répondre au moyen tiré de ce que l'arrêté, qui mentionne le nom d'un autre étranger, révèle un défaut d'examen sérieux de sa demande ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché de contradiction interne ;

- les premiers juges ont commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la gravité des conséquences de l'arrêté contesté sur sa situation personnelle ;

Sur le bien-fondé du jugement :

- l'arrêté, qui mentionne le nom d'un autre étranger, révèle un défaut d'examen sérieux de sa demande ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est dépourvu de base légale ;

- il méconnaît les stipulations des article 3 et 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1967 ;

- il méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en s'abstenant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle est dépourvue de fondement légal et injustifiée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du royaume du Maroc du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, ressortissant marocain né le 15 décembre 1977 à Agadir, qui a déclaré être entré en France le 5 juillet 2015, a sollicité le 18 mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour au titre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 octobre 2021, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination. M. B relève appel du jugement du 17 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Versailles a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la régularité du jugement :

3. Le tribunal, qui n'était que tenu de répondre aux moyens, et non aux simples arguments du demandeur au nombre desquels celui tiré de ce que l'arrêté mentionne le nom d'un autre étranger, a pris en considération l'ensemble des éléments soumis à son appréciation et a répondu par un jugement qui est suffisamment motivé à l'ensemble des moyens opérants soulevés dans la demande. Par suite, les moyens tirés de ce que le jugement serait insuffisamment motivé et aurait omis de répondre à l'un des moyens soulevés doivent être écartés.

4. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Pour contester la régularité du jugement attaqué, M. B ne peut donc utilement se prévaloir de ce que les premiers juges n'auraient pas sérieusement examiné sa situation personnelle, auraient entaché leur raisonnement et donc leurs motifs de contradiction interne ou auraient commis une erreur d'appréciation.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

5. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté contesté qu'avant de le prendre, le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la demande de l'intéressé. L'erreur de plume commise par le préfet au onzième considérant de l'arrêté, où apparaît le nom d'un certain Ahmed Saad, au lieu de celui du requérant mentionné partout ailleurs dans les motifs de ce même arrêté, est insusceptible d'avoir exercé une quelconque incidence sur le sens des décisions contestées et donc, d'en affecter leur légalité.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. Le requérant, de nationalité marocaine, a sollicité son admission exceptionnelle en tant que salarié. Pour rejeter sa demande, il ressort des termes de la décision litigieuse que le préfet, après avoir exposé à bon droit l'inapplicabilité du volet " salarié " de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est pertinemment fondé sur les stipulations combinées des articles 3 et 9 de l'accord franco-marocain susvisé, et a examiné, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, la possibilité de régulariser à titre exceptionnel la situation de M. B.

7. Le préfet a pu, sans commettre d'erreur de droit, refuser de délivrer un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord susvisé au seul motif, non contesté par le requérant, de l'absence de contrat de travail visé par les autorités compétentes.

8. Contrairement à ce que soutient M. B mais comme l'ont à bon droit estimé les premiers juges, il ne ressort pas des pièces du dossier, en dépit des nouveaux éléments produits en appel et notamment de l'attestation d'emploi datée du 14 mars 2022, que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'admettre exceptionnellement au séjour M. B. Pour ces motifs et pour les mêmes que ceux exposés aux points 2 à 5 du jugement attaqué, le moyen tiré de cette erreur manifeste et, en tout état de cause, de la méconnaissance de la circulaire susvisée, doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. La décision contestée comporte les éléments de droit et de fait qui la fondent. Elle est suffisamment motivée.

10. La décision d'éloignement contestée, prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour, est fondée à bon droit sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le préfet l'a expressément indiqué.

11. A l'occasion du dépôt de sa demande de titre de séjour, le requérant a été conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demandait que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. En l'espèce, il n'est pas sérieusement allégué que M. B aurait sollicité en vain, au cours de l'instruction de sa demande, un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que soit prise la décision litigieuse afin de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Son droit à être entendu est ainsi réputé avoir été satisfait avant que ne soit intervenue le refus de titre de séjour. Il n'imposait pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que son droit à être entendu garanti par le droit européen a été méconnu, doit être écarté.

12. M. B reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'attestation d'emploi déjà mentionnée et les attestations de proches produites pour la première fois en appel ne suffisent pas à remettre en cause les motifs retenus à bon droit par les premiers juges. Il y a donc lieu d'écarter ce moyen par ces motifs et par adoption de ceux exposés par le tribunal aux points 5 et 7 du jugement attaqué.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12 de la présente ordonnance, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet quant aux conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions présentées à fin d'annulation doivent être rejetées, en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, précité. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'ensemble de ses conclusions présentées à titre accessoire, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 4 juillet 2023.

Le Conseiller d'État,

Président de la cour administrative d'appel de Versailles

T. OLSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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