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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2002333

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2002333

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2002333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantEUVRARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 18 juin 2020, le 9 février 2022 et le 14 juin 2022, la société Eldorado, représentée par Me Hoenig, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de Saint-Paul de Vence du 4 juin 2020 règlementant le stationnement rue de la Prison et rue Bastion Saint Remy en tant qu'il réserve huit places de stationnement aux commerces " Chez Andreas ", " Le Malabar ", " Un Cœur en Provence " et " Obatik " du 5 juin au 31 décembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Paul de Vence la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 2213-6 du code général des collectivités territoriales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 113-2 du code de la voirie routière;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques ;

- il porte atteinte aux principes d'égalité, d'impartialité, de non-gratuité de l'occupation privative du domaine public, de liberté du commerce et d'industrie et de libre concurrence.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 mars 2021 et le 7 avril 2022, la commune de Saint-Paul de Vence, prise en la personne de son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Euvrard, représentant la commune de Saint-Paul de Vence.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Eldorado exploite un restaurant sous l'enseigne " La Sierra " situé route de Vence - Les Remparts Ouest à Saint-Paul de Vence. Par un arrêté du 4 juin 2020 règlementant le stationnement rue de la prison et rue Bastion Saint Remy, le maire de la commune a réservé des places de stationnement au profit de certains commerçants. Par la présente requête, la SARL Eldorado demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 juin 2020 en tant qu'il réserve huit places de stationnement aux commerces " Chez Andreas ", " Le Malabar ", " Un Cœur en Provence " et " Obatik ", pour la période du 5 juin au 31 décembre 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2213-6 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, moyennant le paiement de droits fixés par un tarif dûment établi, donner des permis de stationnement ou de dépôt temporaire sur la voie publique et autres lieux publics, sous réserve que cette autorisation n'entraîne aucune gêne pour la circulation et la liberté du commerce. Les modalités de la tarification et la gestion matérielle du stationnement des véhicules sur la voie publique sont régies par l'article L. 2333-87. "

3. Aux termes de l'article L. 113-2 du code de la voirie routière : " En dehors des cas prévus aux articles L. 113-3 à L. 113-7 et de l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière, l'occupation du domaine public routier n'est autorisée que si elle a fait l'objet, soit d'une permission de voirie dans le cas où elle donne lieu à emprise, soit d'un permis de stationnement dans les autres cas. Ces autorisations sont délivrées à titre précaire et révocable. ".

4. Aux termes de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques, dans sa version applicable au présent litige : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance sauf lorsque l'occupation ou l'utilisation concerne l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière ou nécessaires à la liquidation et au constat des irrégularités de paiement de toute taxe perçue au titre de l'usage du domaine public routier. / Par dérogation aux dispositions de l'alinéa précédent, l'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être délivrée gratuitement : / 1° Soit lorsque l'occupation ou l'utilisation est la condition naturelle et forcée de l'exécution de travaux ou de la présence d'un ouvrage, intéressant un service public qui bénéficie gratuitement à tous ; / 2° Soit lorsque l'occupation ou l'utilisation contribue directement à assurer la conservation du domaine public lui-même ; / 3° Soit lorsque l'occupation ou l'utilisation contribue directement à assurer l'exercice des missions des services de l'Etat chargés de la paix, de la sécurité et de l'ordre publics ou du contrôle aux frontières dans les aéroports, les ports et les gares ; / 4° Soit lorsque l'occupation ou l'utilisation permet l'exécution de travaux relatifs à une infrastructure de transport public ferroviaire ou guidé. / En outre, l'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être délivrée gratuitement aux associations à but non lucratif qui concourent à la satisfaction d'un intérêt général. / Lorsque l'occupation du domaine public est autorisée par un contrat de la commande publique ou qu'un titre d'occupation est nécessaire à l'exécution d'un tel contrat, les modalités de détermination du montant de la redevance mentionnée au premier alinéa sont fonction de l'économie générale du contrat. Lorsque ce contrat s'exécute au seul profit de la personne publique, l'autorisation peut être délivrée gratuitement. ". Il résulte de ces dispositions que le maire peut légalement soumettre au paiement de redevances le stationnement de véhicules le long des voies publiques lorsque ce stationnement excède l'usage normal de ces voies et en raison notamment des exigences de la circulation. Il résulte de ces mêmes dispositions que le maire est également compétent pour exonérer, le cas échéant, des catégories d'usagers du paiement de droits de stationnement.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué se borne à réserver des places de stationnement aux abords de certains commerces. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de délivrer un permis de stationnement à titre gratuit ni une autorisation d'occupation du domaine public à titre gratuit. Dès lors, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué serait contraire aux dispositions de l'article L. 2213-6 du code général des collectivités territoriales, de l'article L. 113-2 du code de la voirie routière et de l'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques ni au principe de non-gratuité de l'occupation privative du domaine public.

6. En deuxième lieu, d'une part, la société requérante soutient qu'aucune différence de situation objective ne justifie " le droit d'occuper de manière privative le domaine public " aux quatre restaurants concernés, l'établissement qu'elle exploite se situant à distance équivalente que les enseignes " Obatik " et " Un Cœur en Provence " par rapport aux places de stationnement litigieuses. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet d'autoriser les restaurants concernés à occuper le domaine public. Par suite, le moyen tiré de l'atteinte au principe d'égalité et d'impartialité sera écarté.

7. D'autre part, dès lors que l'arrêté n'a pas pour objet d'autoriser les restaurants concernés à installer leurs terrasses sur le domaine public, ainsi que le soutient à tort la SARL Eldorado, ni pour effet de l'empêcher d'exercer son activité, ni même de la restreindre directement ou indirectement, le moyen tiré de l'atteinte à la liberté du commerce et d'industrie et de libre concurrence sera écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulations de la SARL Eldorado doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Saint-Paul de Vence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Eldorado est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Eldorado et la commune de Saint-Paul de Vence.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

M. Holzer, conseiller,

assistés de Mme Génovèse, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F.PASCALLa greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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