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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2003209

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2003209

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2003209
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBROGINI & GRECH AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 août 2020 et le 17 octobre 2023, la société Les Voiliers, représentée par la SELARL Neveu A et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) par un jugement avant dire droit, d'enjoindre à la métropole Nice Côte d'Azur et à la société Maka de communiquer l'ensemble des pièces de son dossier de candidature et notamment les comptes prévisionnels ;

2°) d'annuler le contrat de sous-concession d'exploitation du lot de la plage n° 5 conclu le 10 juin 2020 entre la métropole Nice Côte d'Azur et la société Maka ;

3°) de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à lui verser la somme totale de 2 797 885 euros en réparation de ses préjudices ;

4°) de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur la somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le critère financier est irrégulier au motif que les sous-critères ne permettent pas de sélectionner la meilleure offre au regard de l'avantage économique global pour l'autorité concédante ;

- l'appréciation du sous-critère redevance est erronée au motif qu'elle a proposé une meilleure offre du nombre de matelas ;

- l'appréciation des sous-critères du critère 1 qualité du projet de l'exploitationest erronée au motif que la métropole n'a pas pris en compte le nombre correct de matelas, qu'elle s'est limitée à tenir compte du ratio maximal d'utilisation et que l'écart d'appréciation de la démarche de labellisation n'est pas justifié ;

- l'appréciation du sous-critère programme d'investissement de premier établissement du critère 2 technique est erronée au motif qu'elle avait fourni un planning de travaux ;

- la société attributaire de la concession du lot litigieux a communiqué à la métropole des renseignements financiers erronés en raison du caractère défectueux du cadre de réponse fourni par la métropole, qu'elle n'aurait pas produit la garantie bancaire et qu'elle n'a pas repris le personnel de la précédente sous-concession.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2020 et le 7 novembre 2023 la métropole Nice Côte d'Azur, représentée par Me Letellier, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Les Voiliers la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Les Voiliers ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 19 février 2021, la société Maka, représenté par Me Willm, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société Les Voiliers la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Les Voiliers ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 9 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 2016-86 du 1er février 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, conseillère,

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique,

- et les observations de Me Miguel, substituant la SELARL Neveu A et associés représentant la SARL Les Voiliers, et de Me Letellier, représentant la métropole Nice Côte d'Azur.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis de concession publié le 26 octobre 2018, la métropole Nice Côte d'Azur a engagé une procédure de délégation de service public balnéaire, portant sur quatorze lots d'établissements de plage situés sur le domaine public maritime et le domaine public métropolitain. La SARL Les Voiliers, délégataire sortant pour le lot n° 5, a déposé une offre. Par une délibération du 25 octobre 2019, le conseil métropolitain a choisi la SAS Maka comme nouveau sous-concessionnaire pour exploiter ce lot. La SARL Les Voiliers a été rendue destinataire d'une lettre du 30 octobre 2019, reçue le 5 novembre 2019, par laquelle la métropole l'a informée que son offre n'avait pas été retenue. Saisi par la SARL Les Voiliers, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a annulé, par ordonnance du 5 décembre 2019 la procédure de passation de la délégation de service public pour le lot n° 10. Par ordonnance du 9 juin 2020, le Conseil d'Etat a annulé l'ordonnance du 5 décembre 2019 du juge des référés du tribunal administratif de Nice. Le 10 juin 2020, le contrat de sous-concession pour le lot n° 5 a été conclu entre la métropole Nice Côte d'Azur et la SAS Maka. Parallèlement, par courrier du 13 octobre 2023, la SARL Les Voiliers a formulé une demande préalable indemnitaire auprès de la métropole. Par la présente requête, la SARL Les Voiliers demande au tribunal d'annuler ce contrat de sous-concession et de condamner la métropole Nice Côte d'Azur à lui verser la somme totale de 2 797 885 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions relatives à la validité du contrat de sous-concession :

En ce qui concerne les critères d'attribution :

2. Il résulte de l'instruction que pour l'appréciation des offres, le règlement de consultation a fixé trois critères : qualité du projet de l'exploitation, critère technique et critère financier.

3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la société Les Voiliers, les deux sous-critères d'appréciation du critère 3 financier, à savoir montant des redevances versées à la métropole et crédibilité de l'offre financière (cohérence du plan de financement, robustesse des comptes prévisionnels, investissement initiaux, garanties financières apportées et conditions tarifaires), ne donnent pas lieu à une évaluation sur la base des seules déclarations des soumissionnaires, mais à une appréciation sur la base des engagements pris en matière de redevances, d'investissements ou de conditions tarifaires et sur la base des garanties financières fournies par les candidats, dont la métropole peut contrôler l'exactitude. Par suite, la société Les Voiliers n'est pas fondée à soutenir que ces sous-critères seraient entachés d'irrégularité, faute de permettre de sélectionner la meilleure offre au regard de l'avantage économique global pour l'autorité concédante. Le moyen tiré de ce que le critère financier est irrégulier sera donc écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, ainsi que le fait valoir la métropole, que la société Maka a proposé une meilleure redevance que la société Les Voiliers, soit 19 500 euros pour le domaine public maritime et 42 500 euros pour le domaine public métropolitain, contre respectivement 18 000 euros et 30 000 euros proposés par la société requérante. La société Les Voiliers ne peut donc utilement se prévaloir de sa proposition de 194 matelas contre 156 pour la société Maka pour contester l'appréciation portée sur le sous-critère de la redevance. Au surplus, le nombre de matelas étant un sous-critère d'appréciation du critère 1 qualité du projet de l'exploitation. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, que la société Maka aurait en réalité mis en place 200 matelas, est sans incidence dès lors qu'elle concerne l'exécution de la convention de délégation de service public. Le moyen tiré de ce que l'appréciation du sous-critère redevance serait erronée sera donc écarté.

5. En troisième lieu, parmi les sous-critères d'appréciation du critère 1 qualité du projet de l'exploitation, figure le sous-critère 2 plage (nombre de matelas au mètre carré, qualité et esthétique des installations et des équipements de plage) et le sous-critère 3 accueil du public et satisfaction des clients (démarche de labellisation, projet d'accueil du public, mesure d'évaluation de la satisfaction client).

6. D'une part, s'agissant du sous-critère 2 plage, contrairement à ce que soutient la société Les Voiliers, il résulte du rapport d'analyse des offres que la métropole a bien pris en compte sa proposition 204 transats maximum, et que les candidats étaient informés, ainsi qu'il en résulte du courrier du 27 mai 2019 invitant les candidats à adresser leur offre finale, que le ratio maximal d'utilisation (surface utilisée/nombre de transats) serait celui pris en considération.

7. D'autre part, s'agissant du sous-critère 3 accueil du public et satisfaction des clients, il résulte de l'instruction qu'en se bornant à soutenir que l'écart d'appréciation, entre l'offre de la société Maka jugée " excellente " et celle de la société Les Voiliers jugée " satisfaisante ", serait totalement incompréhensible, la société requérante n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation. Par ailleurs, contrairement à ce que la société Les Voiliers soutient, si la métropole a constaté que la société Maka bénéficiait déjà de la labellisation " Gault et Millau " pour ses établissements, il ne résulte pas de l'instruction que cette circonstance ait été prise en compte dans l'appréciation du sous-critère 3 accueil du public et satisfaction des clients.

8. Par suite, le moyen tiré de ce que l'appréciation du critère 1 qualité du projet de l'exploitation serait erronée sera écarté en toutes branches.

9. En quatrième lieu, parmi les sous-critères d'appréciation du critère 2 technique, figure le sous-critère programme d'investissement de premier établissement. Il résulte de l'instruction que, contrairement à ce qu'elle soutient, la société Les Voiliers n'a pas fourni de planning des travaux mais a seulement indiqué que lesdits travaux seront réalisés de janvier à mars 2020. Par ailleurs, les informations contenues dans le document intitulé " investissement et renouvellement " dont se prévaut la société Les Voiliers, ne font que confirmer cette plage de travaux sans apporter davantage de précision quant à un planning de réalisation des travaux. En outre, il résulte du rapport d'analyse des offres que la société Maka n'avait pas non plus proposé de planning relatif aux travaux. Dans ces conditions, la société Les Voiliers n'est pas fondée à soutenir que l'appréciation de ce sous-critère est erronée.

En ce qui concerne l'offre retenue :

10. La société Les Voiliers soutient que la société Maka, attributaire de la concession du lot litigieux, aurait communiqué à la métropole des renseignements financiers erronés en raison du caractère défectueux du cadre de réponse fourni par la métropole, qu'elle n'aurait pas produit la garantie bancaire et qu'elle n'a pas repris le personnel de la précédente sous-concession.

11. En premier lieu, pour soutenir que la société Maka aurait communiqué à la métropole des renseignements financiers erronés, la société Les Voiliers se prévaut du caractère défectueux du cadre de réponse fourni par la métropole et l'absence de justification de la part de la métropole quant à l'envoi à la société Maka du cadre de réponse simplifié correct. Toutefois, la société Les Voiliers n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité de ses allégations concernant le caractère erroné du cadre de réponse envoyé par la métropole. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la métropole a adressé à la société Maka le cadre de réponse simplifié par mail du 20 juin 2019, lequel n'était pas à remplir si le précédent, qui avait été communiqué par mail du 28 mai 2019, avait déjà été transmis à la métropole dans le cadre de l'offre finale. En outre, s'il ressort du rapport d'analyse des offres qu'" une discordance a été relevée entre les montants de redevance fixe et variable figurant dans le cadre de réponse (), ceux mentionnées dans le projet de contrat et ceux mentionnées en pièce 12 ", le rapport indique également que la société Maka a précisé, après avoir été interrogée par la métropole, que la pièce à prendre en compte pour les propositions de redevance était le cadre de réponse. Si le rapport d'analyse des offres n'indique pas sous quelle modalité la société Maka a apporté cette précision, cette circonstance ne permet pas d'établir, contrairement à ce que soutient la société Les Voiliers, le caractère erroné des données du cadre de réponse.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6.2 du règlement de la consultation relatif aux pièces à fournir au titre de l'offre : " () Pièce n° 15 : Garantie bancaire : / Le candidat devra fournir une attestation d'un organisme bancaire agrée par la Banque de France indiquant que ce dernier fournira, lors de la notification du contrat, la garantie bancaire à première demande d'un montant de [montant propre à chaque lot de plage figurant dans le DDCQQS afférant] euros ainsi que leur durée de validité. ".

13. Il résulte de l'instruction que la société Maka a fourni une attestation bancaire " pour la mise en place d'une garantie à première demande, afin de couvrir le paiement des redevances ". Si ce document ne précise par le montant propre au lot de la plage, il permet d'attester la crédibilité bancaire du candidat.

14. En troisième lieu, si la société Les Voiliers soutient qu'en ne respectant pas l'obligation de reprise du personnel, les documents comptables de la société Maka étaient erronés dès lors que son offre n'intégrait pas ce coût, elle n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations. Au surplus, elle n'établit pas que cette obligation de reprise du personnel s'imposait, alors même qu'elle reconnaît que cette obligation ne figure pas dans le règlement de consultation.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer par un jugement avant dire droit, que la société Les Voiliers n'est pas fondée à demander l'annulation du contrat de sous-concession du lot n° 5 conclu le 10 juin 2020 entre la métropole Nice Côte d'Azur et la société Maka.

Sur les conclusions indemnitaires :

16. Il résulte de ce qui précède que la procédure d'attribution du contrat de sous-concession en litige n'étant entachée d'aucune irrégularité, la métropole Nice Côte d'Azur n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

18. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Les Voiliers une somme de 1 500 euros à verser à la métropole Nice Côte d'Azur et à la société Maka au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Les Voiliers est rejetée.

Article 2 : La société Les Voiliers versera à la métropole Nice Côte d'Azur une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La société Les Voiliers versera à la société Maka une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Les Voiliers, à la métropole Nice Côte d'Azur et à la société Maka.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Duroux, conseillère,

Mme Chaumont, conseillère,

assistés de Mme Génovèse, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

La rapporteure,

signé

G. DUROUX

Le président,

signé

F.PASCALLa greffière,

signé

S. GENOVESE

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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