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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2100999

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2100999

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2100999
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERSAY ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 février 2021 et 5 janvier 2023, la société civile immobilière (SCI) Le Cagnard, représentée par Me Bitton, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 août 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

La société soutient que :

- l'opération de cession du bien situé 84, avenue de Grasse à Cagnes-sur-Mer ne pouvait pas être assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée, cet immeuble ne pouvant être regardé comme un terrain à bâtir au sens du 1° du 2 du I de l'article 257 du code général des impôts ;

- l'administration fiscale a méconnu les paragraphes nos 110 et 120 de l'instruction administrative référencée BOI-TVA-IMM-10-10-10-20, en application desquels le bien cédé ne pouvait aucunement être assimilé à un terrain à bâtir dès lors qu'il comportait un bâti en état d'être utilisé en tant que tel pour un usage quelconque ;

- l'administration fiscale a également méconnu la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, qui limite la définition du terrain à bâtir au cas où l'opération de démolition du bâti constitue une opération unique avec celle de livraison du bien, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2007 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 novembre 2023 :

- le rapport de Mme Bergantz, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Bitton, représentant la SCI Le Cagnard.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) Le Cagnard a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2013 au 31 août 2016 à l'issue de laquelle l'administration fiscale lui a notifiée, par une proposition de rectification du 9 décembre 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée résultant notamment de la taxation de la marge réalisée lors de la cession d'un bien immobilier situé 84, avenue de Grasse à Cagnes-sur-Mer intervenue le 9 juillet 2013. La SCI Le Cagnard demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont ainsi été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2016.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. D'une part, aux termes de l'article 12 de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 : " 1. Les Etats membres peuvent considérer comme assujetti quiconque effectue, à titre occasionnel, une opération relevant des activités visées à l'article 9, paragraphe 1, deuxième alinéa, et notamment une seule des opérations suivantes : () / b) la livraison d'un terrain à bâtir (). Aux fins du paragraphe 1. point b), sont considérés comme " terrains à bâtir " les terrains nus ou aménagés, définis comme tels par les Etats membres ". Aux termes de l'article 135 de cette directive : " 1. Les États membres exonèrent les opérations suivantes : () k) les livraisons de biens immeubles non bâtis autres que celles des terrains à bâtir visés à l'article 12, paragraphe 1, point b) () ".

3. En premier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la définition de la notion de " terrain à bâtir " est limitée par la portée de la notion de " bâtiment ", définie de manière très large par le législateur de l'Union à l'article 12, paragraphe 2, premier alinéa, de la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 comme incluant " toute construction incorporée au sol ". En deuxième lieu, eu égard au fait que la notion de " terrain à bâtir " englobe les terrains tant nus qu'aménagés, le critère déterminant aux fins de la distinction entre un terrain à bâtir et un terrain non bâti est celui de savoir si, au moment de la transaction, le terrain en cause est destiné à supporter un édifice. En troisième lieu, aux fins de garantir le respect du principe de neutralité fiscale, il est nécessaire que tous les terrains non bâtis destinés à supporter un édifice et, partant, destinés à être bâtis soient couverts par la définition nationale de la notion de " terrains à bâtir ".

4. En outre, une opération de livraison d'un terrain supportant, à la date de cette livraison, un bâtiment ne peut être qualifiée de livraison d'un " terrain à bâtir ", même si l'intention des parties était que le bâtiment soit totalement ou partiellement démoli, sauf à ce que l'opération de démolition puisse être regardée comme formant avec l'opération de livraison du terrain une opération unique. Une telle opération a été reconnue dans le cas où le vendeur est chargé de la démolition du bâtiment existant et que celle-ci a déjà débuté à la date de livraison du bien.

5. Enfin, il incombe au juge de l'impôt de déterminer, en tenant compte des définitions législatives nationales et de toutes les circonstances dans lesquelles se sont déroulées les opérations en cause au principal, si un terrain relève de la notion de " terrain à bâtir ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 257 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée () 2. Sont considérés : 1° Comme terrains à bâtir, les terrains sur lesquels des constructions peuvent être autorisées en application d'un plan local d'urbanisme, d'un autre document d'urbanisme en tenant lieu, d'une carte communale ou de l'article L. 111-1-2 du code de l'urbanisme () ". Aux termes de l'article 261 du même code : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : () 5. (Opérations immobilières) : 1° Les livraisons de terrains qui ne sont pas des terrains à bâtir au sens du 1° du 2 du I de l'article 257 ; 2° Les livraisons d'immeubles achevés depuis plus de cinq ans ".

7. Il résulte de l'instruction que, le 9 juillet 2013, la SCI Le Cagnard a cédé à la société Ametis Provence Alpes Côte d'Azur (ci-après, Ametis PACA) le volume n° 2 de la parcelle cadastrée section BP n° 340 au prix de 3 549 254 euros. Il est constant que cette parcelle comprenait, à la date de la livraison, une construction à usage commercial de sorte qu'elle était ainsi constitutive d'un terrain bâti et non d'un terrain nu ou aménagé ainsi que l'exige le b) du 1. de l'article 12 de la directive 2006/112 du 28 novembre 2006. Les circonstances qu'un permis de construire a été délivré à la société Ametis PACA le 13 février 2014, soit préalablement à la cession en cause, et que les parties ont qualifié le bien de " terrain à bâtir " dans le contrat de promotion immobilière conclu le 4 juin 2013 ainsi que dans l'acte de vente du 9 juillet 2013 ne permettent pas de considérer que ce terrain, qui était bâti, constituait, à la date de la livraison un terrain destiné à supporter un édifice. De même, s'il résulte de l'instruction que la société Ametis PACA s'est engagée, en sus du paiement d'une somme de 1 906 649 euros à la SCI requérante, à livrer à cette dernière des locaux édifiés sur le volume n°1 de la parcelle cadastrée section BP n° 340, cette circonstance est sans incidence sur la nature du bien cédé. Ainsi, si la société Ametis PACA a fait l'acquisition de ce bien dans l'intention de réaliser la construction d'un programme immobilier, la livraison de cette parcelle est économiquement indépendante de la prestation de démolition et ne forme pas, avec celle-ci, une opération unique. Par suite, la SCI Le Cagnard est fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a qualifié l'opération de livraison d'un " terrain à bâtir " et l'a en conséquence assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée en application des dispositions précitées du I de l'article 257 du code général des impôts.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que la SCI Le Cagnard est fondée à obtenir la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée mis à sa charge au titre de la cession d'un bien immobilier le 9 juillet 2013.

Sur les frais liés au litige :

9. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens.

10. D'autre part, la présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions de la société requérante présentée à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La SCI Le Cagnard est déchargée, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la cession d'un bien immobilier le 9 juillet 2013.

Article 2 : L'Etat versera à la SCI Le Cagnard la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Le Cagnard et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Chevalier-Aubert, présidente,

M. Soli, premier conseiller,

Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

A. Bergantz

La présidente,

signé

V. Chevalier-AubertLa greffière,

signé

V. Suner

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

ou par délégation la greffière,

No 2100999

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