jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2102178 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP TERTIAN - BAGNOLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 avril et 21 octobre 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Pimco, représentée par son gérant, par Me Martinez, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2018 et 2019, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 et du rappel de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période allant du 24 mars 2015 au 31 mars 2017 ;
2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement prévu à l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ; au demeurant, la mention des voies et délais de recours contenue dans la décision contestée est erronée ;
- elle est fondée à demander le remboursement des sommes de 1 132 euros, 1 120 et 1 110 euros qu'elle a versées par chèque le 20 octobre 2020 afin de s'acquitter des cotisations foncières des entreprises mises à sa charge au titre des années 2017, 2018 et 2019 ;
- l'administration fiscale n'a pas démontré que M. A avait la qualité de tiers interposé au sens de la jurisprudence administrative entre la société distributrice de revenus et le bénéficiaire réel de ces revenus ;
- la majoration appliquée au rappel de taxe sur la valeur ajoutée pour dépôt tardif de la déclaration CA3 doit être déchargée dès lors qu'elle a déposé la déclaration dans le délai imparti par la mise en demeure ;
- les charges engagées dans le cadre de son activité de porteuse d'affaires auprès des sociétés AVS, HCS et CHEAH pour la présentation de clients sont déductibles ;
- les frais dont la déductibilité a été rejetée se rattachent bien à son activité ;
- elle justifie de l'annulation de produits et est fondée à obtenir, à ce titre, une décharge de cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à hauteur de 43 442 euros ;
- les majorations et intérêts de retard devront être déchargés par voie de conséquence ;
- la majoration appliquée aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés pour dépôt tardif des déclarations de revenus doit être déchargée dès lors qu'elle a déposé la déclaration dans le délai imparti par la mise en demeure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2021, le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin de décharge des cotisations foncières des entreprises sont irrecevables ;
- la société requérante n'est pas recevable à contester les impositions mises à la charge de M. A au titre des revenus distribués, dont elle n'est pas redevable ;
- aucun des autres moyens soulevés au soutien de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le livre des procédures fiscales et le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kolf, rapporteure,
- les conclusions de Mme Perez, rapporteure publique,
- et les observations de Me Martinez, représentant la SAS PIMCO.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Pimco, qui exerce une activité d'intermédiaire de commerce, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration fiscale a mis à sa charge, dans le cadre de la procédure de taxation d'office, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2015 et 2016 et un rappel de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période allant du 24 mars 2015 au 31 mars 2017. La société a par ailleurs été assujettie à la cotisation foncière des entreprises au titre des années 2017, 2018 et 2019. Elle demande au tribunal la décharge de l'ensemble de ces impositions, en droits et pénalités.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne les cotisations foncières des entreprises :
2. La société Pimco ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'elle aurait réglé par chèque les créances correspondant aux cotisations foncières des entreprises mises à sa charge au titre des années 2017 à 2019, un tel moyen de recouvrement étant inopérant dans le contentieux d'assiette soumis au tribunal dans le cadre de la présente instance. Le moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne les revenus distribués :
3. La société requérante ne saurait utilement contester, au soutien de ses conclusions dirigées contre le rappel de taxe sur la valeur ajoutée et les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés mis à sa charge, la qualification de revenus distribués au bénéfice de son associé et gérant en vertu des dispositions du a de l'article 111 du code général des impôts, revenus qui ont été imposés entre les mains de ce dernier à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Le moyen doit donc être écarté comme étant inopérant.
En ce qui concerne le rappel de taxe sur la valeur ajoutée :
4. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable () ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II au code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". Aux termes de l'article 206 de l'annexe au code : " I. - Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission. () IV. - 1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants :/ 1° Lorsque le bien ou le service est utilisé par l'assujetti à plus de 90 % à des fins étrangères à son entreprise ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 177 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible dans les conditions fixées par l'article 271 du code général des impôts, les redevables doivent justifier du montant de la taxe déductible et du crédit de taxe dont ils demandent à bénéficier, par la présentation de documents même établis antérieurement à l'ouverture de la période soumise au droit de reprise de l'administration ".
5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la société requérante supporte la charge de la preuve du bien-fondé du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle demande le remboursement.
6. Il résulte de l'instruction que pour remettre en cause la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à certaines dépenses, essentiellement constituées par des dépenses de restauration et de voyage, au titre de la période allant du 1er janvier au 31 décembre 2016, le service vérificateur a constaté que ces dépenses ne se rattachaient pas à l'activité de la société requérante, ayant relevé qu'elles avaient été engagées par M. A, associé et gérant de la société requérante mais également associé de la société ACS, dans le cadre des relations de cette dernière avec ses fournisseurs. La société SAS Pimco, en se bornant à faire valoir que ces dépenses ont été engagées dans le cadre de la présentation de clients à ses cocontractantes, dont la société ACS, sans apporter le moindre justificatif au soutien de ses allégations, n'apporte aucun élément de nature à établir que les dépenses en cause sont en lien avec l'exercice de son activité. En conséquence, c'est à bon droit que l'administration a affecté d'un coefficient d'admission nul la taxe sur la valeur ajoutée grevant ces factures sur le fondement des dispositions précitées de l'article 206 de l'annexe II du code général des impôts et rappelé la taxe sur la valeur ajoutée correspondante.
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
7. Il résulte de l'article 39 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 de ce code, que le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 de ce code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
8. En premier lieu, ainsi qu'il a déjà été dit au point 6 du présent jugement, la société requérante n'établit pas, ainsi qu'il lui incombe, en se bornant à des affirmations non assorties d'aucun justificatif, que les dépenses d'hôtel et de restauration dont la déductibilité a été remise en cause par le service vérificateur se rattachaient effectivement à son activité de porteuse d'affaires. Il s'ensuit que c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause ces dépenses, s'élevant à un montant restant en litige de 8 863 euros.
9. En second lieu, il est constant que la société Pimco a comptabilisé, le 31 octobre 2015, trois annulations de produits correspondant à des avoirs pour un montant total de 52 435,99 euros. En se bornant à soutenir que l'un de ses avoirs, d'un montant hors taxes de 44 145,03 euros, est justifié par la volonté de préserver la qualité des relations commerciales avec la société ACS et à indiquer que l'ensemble des factures justifiant ces avoirs a été produit, la société requérante, qui ne produit pas lesdites factures dans la présente instance ni aucun autre élément de preuve, ne justifie pas de l'annulation des produits en litige. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale, qui n'a pas entendu se placer sur le terrain de l'acte anormal de gestion et n'avait donc pas à en apporter la preuve contrairement à ce que soutient la requérante dans son mémoire en réplique, a remis en cause cette annulation de produits et réintégré les sommes correspondantes dans le résultat de la société requérante.
En ce qui concerne les majorations :
10. En premier lieu, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".
11. Il est constant que la société Pimco a déposé tardivement les déclarations de taxe sur la valeur ajoutée et les déclarations de résultats. Par suite, l'administration était fondée à appliquer au rappel de taxe sur la valeur ajoutée et aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés la majoration de 10 % prévue par les dispositions précitées du a de l'article 1728 du code général des impôts en cas de déclaration tardive. La société requérante ne saurait à cet égard utilement se prévaloir de ce qu'elle aurait régularisé sa situation en déposant les déclarations litigieuses dans le délai imparti par les mises en demeure qui lui ont été adressées, cette hypothèse étant précisément visée par les dispositions du a de l'article 1728 du code général des impôts parmi les cas de figure dans lesquels la majoration de 10 % peut être appliquée.
12. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les redressements litigieux sont fondés en droit. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des majorations par voie de conséquence de la décharge des suppléments d'imposition auxquels elle a été assujettie.
En ce qui concerne les intérêts de retard :
13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les redressements litigieux sont fondés en droit. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des intérêts de retard par voie de conséquence de la décharge des suppléments d'imposition auxquels elle a été assujettie.
14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin de décharge présentées par la société requérante doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en tout état de cause, celles tendant à ce que le sursis de paiement lui soit accordé.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Pimco est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Pimco et au directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chevalier-Aubert présidente,
Mme Chevalier, première conseillère,
Mme Kolf, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
signé
S. Kolf
La présidente,
signé
V. Chevalier-AubertLa greffière,
signé
V. Suner
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
ou par délégation la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026