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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2202096

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2202096

lundi 9 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2202096
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat M. FAY
Avocat requérantD'AGOSTINO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 8 avril 2022, M. C B, représenté par Me Virginie D'Agostino, avocate au Barreau de Nice, demande au tribunal :

* de condamner l'État à lui verser une somme de 1 000 euros par mois de retard à compter du 15 juin 2021, date à laquelle un logement aurait dû lui être attribué, soit une somme de 9 000 euros à la date de l'introduction de la présente requête, en réparation des préjudices subis par le requérant et sa famille nés de l'absence de relogement en méconnaissance de la décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes en date du 15 décembre 2020 l'ayant reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement de type T4 ;

* de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

* condamner l'État aux entiers dépens.

M. B soutient que :

* il a été reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence dans un logement de type T4 par décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes en date du 15 décembre 2020 ;

* n'ayant reçu aucune proposition de logement adapté à ses besoins et capacités, la responsabilité de l'État est engagée.

Par mémoire, enregistrée le 6 décembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

* le 23 mai 2022 un logement situé 33 chemin Saint Roman a Beausoleil a été refusé par le requérant qui, par suite, a perdu le bénéfice de son droit au logement ;

* à supposer qu'une faute de l'État puisse être établie, le préjudice allégué n'est pas démontré.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de la sécurité sociale ;

* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

* la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et la loi n° 2009-323 du 25 mars 2009 de mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion ;

* le code de justice administrative.

Vu la décision de la présidente de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par décision du 7 octobre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

* le rapport de M. Faÿ, magistrat désigné ;

* les observations de Me Virginie D'Agostino, pour M. B, et de Mme A, pour le préfet des Alpes-Maritimes. Le requérant fait valoir à la barre qu'il a été contraint de refuser le logement proposé à Beausoleil en raison de l'éloignement des transports pour rejoindre son lieu de travail.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a saisi la commission de médiation des Alpes-Maritimes le 25 août 2020. Sur le fondement du droit au logement opposable, la commission de médiation, au regard de la composition de sa famille, a reconnu M. B prioritaire et devant être logé d'urgence au titre du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, dans un logement répondant à se besoins et à ses capacités de type T4 par décision en date du 15 décembre 2020. En l'absence de proposition de logement, par courrier en date du 15 décembre 2021, reçu le 17 décembre 2021, le requérant a saisi le préfet des Alpes-Maritimes en vue d'être indemnisé du préjudice subi du fait de l'absence de proposition de logement. Une décision implicite de rejet est née le 18 février 2022 du silence gardé par le préfet sur cette demande préalable d'indemnisation. M. B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 9 000 euros en réparation des préjudices subis par sa famille et lui-même résultant de la faute commise en l'absence de solution d'hébergement.

Sur la responsabilité de l'État

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'État à toute personne qui [] n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 de ce code : " () Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement () / La commission de médiation transmet au représentant de l'État dans le département la liste des demandeurs auxquels doit être attribué en urgence un logement / (). Le représentant de l'État dans le département désigne chaque demandeur à un organisme bailleur disposant de logements correspondant à la demande (). / En cas de refus de l'organisme de loger le demandeur, le représentant de l'État dans le département qui l'a désigné procède à l'attribution d'un logement correspondant aux besoins et aux capacités du demandeur sur ses droits de réservation. () "

3. Les dispositions précitées, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent, pour l'État, une obligation de résultat, dont peuvent se prévaloir les demandeurs ayant exercé les recours amiable ou contentieux prévus à l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Pour rendre effectif le droit à un logement décent et indépendant, dont l'État est le garant, le législateur a, d'une part, prescrit que le représentant de l'État dans le département du demandeur saisisse les bailleurs sociaux en vue du relogement de ce dernier dans un délai de six mois à compter de la notification de la décision de la commission de médiation et, en cas de refus de ces organismes, procède à l'attribution d'un logement sur ses droits de réservation et, d'autre part, institué un recours spécifique en faveur des demandeurs prioritaires n'ayant pas reçu d'offre, devant un juge doté d'un pouvoir d'injonction et d'astreinte pour que leur relogement soit assuré. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, et que le juge administratif a ordonné son logement ou son relogement par l'État, en application de l'article L. 441-2-3-1 de ce code, la carence fautive de l'État à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État.

4. Si le préfet des Alpes-Maritimes a effectué les différentes démarches prévues par la loi pour rendre effectif le droit au logement du requérant, nonobstant la circonstance qu'en défense, le préfet des Alpes-Maritimes fasse valoir que M. B a refusé un logement situé 33 chemin Saint Roman a Beausoleil qui lui a été proposé le 23 mai 2022 et que, par suite, il a perdu le bénéfice de son droit au logement, il est constant qu'à la date de sa demande préalable d'indemnisation, ce dernier n'avait pas fait l'objet d'une offre de relogement dans le délai de six mois suivant la décision de la commission de médiation en date du 15 décembre 2020. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État.

Sur les préjudices du requérant

5. Il résulte de l'instruction que M. B a été déclaré prioritaire par décision en date du 15 décembre 2020 de la commission de médiation des Alpes-Maritimes et qu'à la date du 15 décembre 2021 de sa demande préalable d'indemnisation, l'intéressé n'avait pas fait l'objet d'une proposition de relogement. Par suite, M. B est fondé à demander l'indemnisation des préjudices subis par sa famille et par lui-même ayant résulté de son maintien dans ces conditions du fait de la carence fautive de l'administration.

6. Il est constant qu'aucune proposition de relogement n'a été faite au requérant avant le 15 décembre 2021. La commission de médiation ayant motivé sa décision en date du 15 décembre 2020 en considérant que M. B occupait un logement sur-occupé en étant en situation de handicap ou avec une personne handicapée ou avec un enfant mineur à charge, eu égard à la prolongation de la situation du requérant durant sept mois entre le 15 mai 2021 date d'expiration du délai de six mois au-delà de la décision de la commission de médiation des Alpes-Maritimes, et le 15 décembre de sa demande indemnitaire préalable, il sera fait une juste appréciation de la réparation des troubles dans les conditions d'existence subis par la famille de la requérante en lui allouant une somme de 2 800 euros.

Sur l'application de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. " et aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. "

8. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Virginie D'Agostino, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me D'Agostino de la somme de 1 000 euros.

Sur les conclusions tendant à ce que l'État soit condamné aux dépens

9. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'État peut être condamné aux dépens ".

10. Aucune des mesures d'instruction visées par ces dispositions n'ayant été décidée, les conclusions tendant à ce que l'État soit condamné aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. B une somme de 2 800 (deux mil huit cents) euros.

Article 2 : L'État versera à Me Virginie D'Agostino la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me D'Agostino renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Virginie D'Agostino et au ministre de transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

signé

D. FAŸLa greffière,

signé

P. GODEAULa République mande et ordonne au ministre de transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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