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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205176

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205176

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205176
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat Mme Chevalier
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2022, M. D A B, retenu au centre de rétention administrative de Nice, représenté par Me Graziani, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner au préfet des Alpes-Maritimes la communication de son entier dossier ;

3°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de le maintenir en rétention ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer l'attestation de séjour au titre de l'asile à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande d'asile n'est pas dilatoire ;

- il a été privé de son droit à un recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa demande d'asile aurait été examinée en procédure normale s'il n'avait pas été en rétention ; il a ainsi été privé d'un recours suspensif ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux garanties de représentation ;

- la décision est entachée d'un défaut de nécessité, en méconnaissance de l'article L 741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive du 16 décembre 2008.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la selarl Serfaty, Venutti, Camacho, Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Chevalier, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 novembre 2022 :

- le rapport de Mme Chevalier, magistrate désignée,

- les observations de Me Graziani, représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. A B assisté de Mme C, interprète en langue arabe.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 22 décembre 1981, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé son maintien en rétention administrative.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la communication par le préfet des Alpes-Maritimes de l'entier dossier de M. A B:

4. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

5. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner, avant de statuer sur la requête, la communication par l'administration des pièces demandées par l'intéressé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L.754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ./ Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. ". Aux termes de l'article L.754-4 du même code : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. ". Le seul fait qu'un demandeur d'asile, au moment de l'introduction de sa demande, fasse l'objet d'une décision de retour et qu'il soit placé en rétention, ne permet pas de présumer, sans une appréciation au cas par cas de l'ensemble des circonstances pertinentes, que celui-ci a introduit cette demande dans le seul but de retarder ou de compromettre l'exécution de la décision de retour et qu'il est objectivement nécessaire et proportionné de maintenir la mesure de rétention.

7. En premier lieu, pour prononcer le maintien en rétention de M. A B, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le motif que l'intéressé n'a jamais formé de demande d'asile avant son placement en rétention en vue de son éloignement et qu'il n'a jamais fait part de craintes quant à son retour dans son pays d'origine. Si M. A B soutient qu'il a déposé une demande d'asile antérieurement à son placement en rétention, il n'en justifie pas. Les pièces du dossier révèlent par ailleurs qu'il réside irrégulièrement sur le territoire depuis plusieurs années et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 17 décembre 2020 à laquelle il s'est soustrait. Par suite, le préfet qui a procédé à l'examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce, a pu considérer sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, que la demande d'asile avait pour seul but de faire échec à la décision d'éloignement.

8. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 754-3 précédemment citées ne méconnaissent pas les articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, pas plus, d'ailleurs, que le caractère non suspensif des recours dirigés contre les décisions de rejet prononcées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée dès lors qu'un tel recours suspensif est ouvert contre la mesure d'éloignement.

9. En troisième et dernier lieu, il n'appartient pas au juge administratif, saisi des motifs retenus par le préfet pour estimer que la demande d'asile d'un étranger a été introduite dans le seul but de faire échec à l'exécution d'une décision d'éloignement, d'apprécier au regard d'autres motifs le bien-fondé de la mesure ou de se prononcer sur sa nécessité. Les moyens tirés de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des garanties de représentation du requérant et de la nécessité de son maintien en rétention, inopérants, doivent dès lors être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de le maintenir en rétention.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nice.

Lu en audience publique le 10 novembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

C. CHEVALIERLe greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier

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