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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2205523

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2205523

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2205523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistart Mme Duroux
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 novembre 2022 et le 23 novembre 2022, M. E B, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2022 du préfet des Alpes-Maritimes portant mise à exécution d'une interdiction judiciaire du territoire et assignation à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- les conditions de notification de l'arrêté sont irrégulières ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il ne réside plus à l'adresse à laquelle il est assigné à résidence ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés le 24 novembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné Mme C, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Cohen, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du tribunal correctionnel de Nice du 8 décembre 2021, M. B a été condamné à une peine de 15 mois d'emprisonnement et une interdiction judiciaire du territoire national pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 16 novembre 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a fixé le pays à destination duquel M. B doit être reconduit. Puis par un arrêté du 19 novembre 2019, le préfet des Alpes-Maritimes a assigné à résidence M. B pour une durée de 45 jours. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; /() ". Aux termes de l'article R. 732-1 du même code : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence en application de l'article L. 731-1 est le préfet de département où se situe le lieu d'assignation à résidence et, à Paris, le préfet de police. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / () / 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; (/ ". Enfin, aux termes de l'article R*732-4 du même code : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence, en application des 7o ou 8o de l'article L. 731-3 ou de l'article L. 731-5 est le ministre de l'intérieur. ".

3. D'une part, M. B se prévaut des dispositions de l'article R*. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et soutient que le préfet était incompétent pour prononcer l'assignation à résidence attaquée, cette compétence revenant au ministre de l'intérieur. Toutefois, contrairement à ce qu'il affirme, la décision attaquée a été prise en application des dispositions précitées du 7° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non du 7° de l'article L. 731-3 du même code. Dès lors, en application de l'article R. 732-1, le préfet des Alpes-Maritimes était compétent pour assigner à résidence M. B. D'autre part, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme D A, cheffe du bureau de la sécurité et de l'ordre public. Par arrêté n° 2022-864 du 17 octobre 2022, publié le 18 octobre 2022 au recueil des actes administratifs spécial n° 240-2022 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme A a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes notamment les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté en toutes ses branches.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, il mentionne la peine complémentaire d'interdiction du territoire français de trois ans à laquelle M. B a été condamné le 8 décembre 2021 par le tribunal correctionnel de Nice. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la notification de l'arrêté litigieux s'est effectuée avec le concours d'un interprète par téléphone, comme le permet les dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Par ailleurs, il n'est pas établi que le requérant n'aurait pas été en capacité de comprendre les informations qui lui ont été délivrées par cet interprète et de faire valoir toutes observations utiles dès lors qu'il a signé, sans aucune réserve ni observation, avoir eu connaissance de la décision prise à son encontre et des voies et délais de recours à l'encontre de celle-ci. Par ailleurs, la circonstance que la notification de l'arrêté litigieux ait été effectuée à 20h30 alors que l'ordonnance du juge des libertés et de la détention du 19 novembre 2022 est intervenue à 13h44 est sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont irrégulières.

7. En quatrième lieu, le requérant soutient que le préfet a entaché l'arrêté attaqué d'une erreur de fait dès lors qu'il ne réside plus à l'adresse à laquelle il est assigné à résidence. Toutefois, M. B n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation. Le moyen sera donc écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 131-30 du code pénal : " Lorsqu'elle est prévue par la loi, la peine d'interdiction du territoire français peut être prononcée, à titre définitif ou pour une durée de dix ans au plus, à l'encontre de tout étranger coupable d'un crime ou d'un délit. / L'interdiction du territoire entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou de réclusion. () ". Selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de la peine d'interdiction du territoire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution, sous réserve que la décision fixant le pays de renvoi n'expose pas l'intéressé à être éloigné à destination d'un pays dans lequel sa vie ou sa liberté seraient menacées, ou il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En l'espèce, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté serait entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au motif qu'il ne mentionne pas la procédure de relèvement qu'il a engagée à l'encontre de cette peine complémentaire et qui ne fait pas obstacle au caractère exécutoire de l'interdiction de territoire. Les moyens tirés d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

11. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné par le tribunal correctionnel de Nice le 8 décembre 2021 à une peine de 15 mois d'emprisonnement et une interdiction du territoire national pour une durée de trois ans. Dès lors, le préfet, qui s'est borné à fixer le pays de destination de la mesure judiciaire, sans porter atteinte à la situation de l'intéressé, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En sixième et dernier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 19 novembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais de procédure :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser au requérant la somme qu'il demande.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 24 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

G. C

La greffière,

signé

V. LABEAU

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, la greffière

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