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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300001

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300001

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat M.HOLZER
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er janvier 2023, M. B de Jesus C, représenté par Me Hajer Hmad, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant le réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté préfectoral pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- il ne présente pas un risque de soustraction à son éloignement ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- des circonstances humanitaires justifient qu'il ne soit pas pris à son égard d'interdiction de retour sur le territoire français laquelle est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty - Venutti - Camacho - Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Holzer, conseiller, en application des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur les litiges visés auxdits articles.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 janvier 2023 à 15 heures 30 :

- le rapport de M. Holzer, magistrat désigné,

- les observations de Me Hajer Hmad, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- et les réponses de M. C, présent à l'audience, aux questions du magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant capverdien né en 1996, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu protéger de l'éloignement les étrangers qui sont en France depuis l'enfance, à raison de leur âge d'entrée et d'établissement sur le territoire. Dans ce cadre, les éventuelles périodes d'incarcération en France, si elles ne peuvent être prises en compte dans le calcul d'une durée de résidence, ne sont pas de nature à remettre en cause la continuité de la résidence habituelle en France depuis, au plus, l'âge de treize ans, alors même qu'elles emportent, pour une partie de la période de présence sur le territoire, une obligation de résidence, pour l'intéressé, ne résultant pas d'un choix délibéré de sa part.

4. En l'espèce, M. C soutient, d'une part, sans être contesté, être entré en France avec sa sœur et son frère, le 11 août 2008, pour y rejoindre leur mère alors qu'il était âgé de douze ans et, d'autre part, qu'il y a vécu de manière habituelle depuis cette date. Pour établir sa présence en France durant cette période, le requérant produit des certificats de scolarité pour les années scolaires 2008-2009 et 2012-2013, une fiche de liaison attestant de sa scolarisation au sein d'établissements situés à Cannes pour les années 2009 à 2013, un contrat de formation signé en décembre 2015 en vue de la préparation aux épreuves théoriques et pratiques du permis de conduire qu'il a obtenu en mars 2016, une attestation de suivi de rendez-vous datée de juillet 2015 établie par une conseillère de la mission locale Antipolis située à Valbonne. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant a alterné des périodes d'emploi et de chômage durant la période de juillet 2016 à octobre 2017. En outre, M. C produit un certificat médical daté du 2 novembre 2016 qui atteste du fait qu'il s'est rendu à six reprises au centre hospitalier d'Antibes-Juan-les-Pins entre le 17 février 2016 et le 2 novembre 2016 dans le cadre d'une obligation de soin dont l'origine ne ressort toutefois pas des pièces du dossier. Dans ce cadre, il s'est d'ailleurs soumis à plusieurs examens toxicologiques au cours de cette même période. Il ressort également des pièces du dossier que M. C a indiqué dans le formulaire qu'il a rempli le 17 novembre 2022 à la maison d'arrêt de Grasse, durant son incarcération, avoir formé auprès de la préfecture des Alpes-Maritimes une première demande de titre de séjour en 2014, ce qui n'est pas contesté en défense par le préfet, et qu'il a formulé une demande de rendez-vous pour une nouvelle demande de titre de séjour en avril 2021. Enfin, si le requérant a déclaré au cours de l'audience publique avoir été incarcéré durant l'année 2014 sans que cette circonstance ne ressorte toutefois des pièces du dossier, il n'en demeure pas moins défavorablement connu de la justice pour des faits de vol aggravé par trois circonstances en état de récidive, de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement, de transport non autorisé de stupéfiants en état de récidive et d'acquisition non autorisée de stupéfiants en état de récidive pour lesquels il a été condamné par le tribunal correctionnel de Grasse et incarcéré à trois reprises entre le 5 septembre 2018 et le 30 décembre 2022.

5. Dans ces conditions, M. C justifie être arrivé en France à l'âge de 12 ans et, par un faisceau d'indices suffisants, qu'il y réside habituellement depuis, ce que ne conteste pas utilement le préfet et n'est contredit par aucune pièce du dossier. Par suite, et alors que les incarcérations du requérant ne remettent pas en cause le caractère habituel de sa résidence en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, ce moyen dont le bien-fondé n'est, en tout état de cause, pas discuté par le préfet des Alpes-Maritimes en défense doit être accueilli.

6. Il résulte ainsi de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français du 30 décembre 2022 et par voie de conséquence, des décisions contenues dans le même arrêté par lesquelles le préfet a fixé le pays de destination, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas () ".

8. Le présent jugement implique nécessairement que M. C soit muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur sa situation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, compétent à raison du lieu de résidence du requérant, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois suivant la notification de ce jugement, après lui avoir délivré, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans cette instance, la somme de 1 000 euros à verser à M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B de Jesus C et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République du tribunal judiciaire de Grasse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

M. A

Le greffier

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier,

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