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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2300552

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2300552

vendredi 3 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2300552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistart Mme Duroux
Avocat requérantSERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 2 février 2023 et le 3 février 2023, M. E D, représenté par Me Lestrade, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que la délégation de signature n'est pas justifiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors qu'il peut demander la réouverture de son dossier auprès de l'OFPRA ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que la délégation de signature n'est pas justifiée ;

- elle est insuffisamment motivée au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence dès lors que la délégation de signature n'est pas justifiée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Nice a désigné Mme Duroux, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Duroux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Lestrade, représentant M. D, assisté de Mme C, interprète en langue géorgienne, qui soutient également que le droit d'être entendu de M. D a été méconnu.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 31 janvier 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a obligé M. D, ressortissant géorgien né le 21 juin 1998, à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler l'ensemble de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. D'une part, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet des Alpes-Maritimes par Mme A B, cheffe du pôle éloignement du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour. Par un arrêté n° 2022-1023 du 14 décembre 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 290-2022 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme B a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet des Alpes-Maritimes les mesures d'éloignement, les interdictions de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. D'autre part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci vise les textes dont il est fait application, en particulier ceux du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, l'arrêté du 31 janvier 2023 expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour prendre les décisions attaquées. En particulier, l'arrêté mentionne que le requérant déclare être entré irrégulièrement en France, qu'il a présenté une demande d'asile auprès de l'OFPRA enregistrée le 27 janvier 2023 qui a été clôturée à la même date, qu'il est célibataire et sans charge de famille, qu'il constitue une menace pour l'ordre public au motif qu'il a été condamné le 29 septembre 2022 par le tribunal correctionnel de Grasse à une peine d'emprisonnement d'une durée de 6 mois pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade, dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, aggravé par une autre circonstance. Dès lors, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L.542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès lors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / e) une décision de clôture prise en application des articles L.531-37 ou L.531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L.531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français () / ". Aux termes de l'article L. 531-40 du même code : " Si, dans un délai inférieur à neuf mois à compter de la décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38, le demandeur d'asile sollicite la réouverture de son dossier ou présente une nouvelle demande, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rouvre le dossier et reprend l'examen de la demande au stade auquel il avait été interrompu. Le dépôt par le demandeur d'une demande de réouverture de son dossier est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours devant les juridictions administratives de droit commun, à peine d'irrecevabilité de ce recours. / Le dossier d'un demandeur ne peut être rouvert qu'une seule fois en application du premier alinéa. / Passé le délai de neuf mois, la décision de clôture est définitive et la nouvelle demande est considérée comme une demande de réexamen. ".

5. Il est constant que par une décision du 27 janvier 2023, l'OFPRA a pris une décision de clôture de l'examen de la demande d'asile de M. D. L'adoption de cette décision de clôture a mis immédiatement fin au droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'établit pas avoir obtenu, ni même sollicité, la réouverture de son dossier auprès de l'OFPRA. Il s'ensuit que le préfet des Alpes-Maritimes a pu légalement estimer, à la date de l'arrêté attaqué, que l'intéressé ne bénéficiait plus d'aucun droit au maintien sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait doivent être écartés.

6. En second lieu, si M. D soutient au cours de l'audience publique, par l'intermédiaire de son avocat, que son droit d'être entendu a été méconnu, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. D se borne à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sans apporter de précision quant aux risques qu'il estime encourir dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen sera écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. En application des dispositions précitées, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il doit assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs à la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement, et la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. D fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. Par ailleurs, en relevant que le requérant est entré sur le territoire français le 10 septembre 2022, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public au motif qu'il a été condamné le 29 septembre 2022 par le tribunal correctionnel de Grasse à une peine d'emprisonnement d'une durée de 6 mois pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade, dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, aggravé par une autre circonstance, le préfet des Alpes-Maritimes a examiné l'ensemble des critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre d'une durée de trois ans présenterait un caractère disproportionné. Le moyen doit donc être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Lu en audience publique le 3 février 2023

La magistrate désignée,

Signé

G. DUROUX Le greffier,

Signé

A. STASSI

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef

Ou par délégation, le greffier

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