mercredi 22 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nice |
| Section | Tribunal Administratif de Nice |
| N° Dossier | TA06-2301334 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat Mme GAZEAU |
| Avocat requérant | SERFATY VENUTTI CAMACHO & CORDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mars 2023, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de mettre à jour le fichier SIS ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle porte une atteinte grave et manifestement excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- un renvoi vers la Tunisie priverait ses filles de leur père.
S'agissant de la décision l'interdisant de retour :
- elle est manifestement disproportionnée au regard de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023 à 13h19, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gazeau, première conseillère.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mars 2023 à 14h30 :
- le rapport de Mme Gazeau, magistrate désignée,
- et les observations de Me Jebali, avocate commise d'office, représentant M. A, assisté de Mme E, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour. Par un arrêté n° 2023-101 du 7 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 32-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, Mme D a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les décisions fixant le pays de renvoi ainsi que les interdictions de retour sur le territoire français. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, il ressort de la lecture même de la décision attaquée, d'une part, qu'elle vise les textes utiles sur lesquels elle se fonde, notamment les articles L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision comporte des motifs de fait non stéréotypés, incluant notamment l'entrée irrégulière en France de l'intéressé et son maintien irrégulier. Cette décision précise en outre que l'intéressé présente un comportement qui constitue un risque pour l'ordre public en ce qu'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine d'emprisonnement de 12 mois prononcée pour des faits de violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en récidive et en ce qu'il est inscrit au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour des faits de violence aggravée par trois circonstances avec incapacité totale de travail n'excédant pas 8 jours. Cette décision indique également que le requérant est pacsé et père de deux enfants pour lesquels il ne démontre pas la réalité des liens ni n'établit contribuer effectivement à leur entretien et leur éducation. Par ailleurs, la motivation de la décision en litige fait apparaitre que l'autorité préfectorale s'est livrée à un examen particulier de la situation du requérant au regard des éléments communiqués par celui-ci. Au regard de ces éléments, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé manquent en fait et doivent donc être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
5. D'une part, M. A fait valoir qu'il a conclu un pacte civil de solidarité avec une ressortissante polonaise, dont il serait depuis séparé, et avec laquelle il a eu deux filles nées en 2018 et 2021. Il soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aura pour conséquence de le séparer définitivement de ses filles, lesquelles sont de nationalité polonaise comme leur mère, méconnaissant ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Toutefois, la circonstance que deux étrangers sont de deux nationalités distinctes est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, seule la décision fixant le pays de destination peut être contestée au motif qu'il existerait, du fait de la différence de nationalité, un risque de séparation du couple dans deux pays distincts.
6. D'autre part, le requérant verse aux débats un grand nombre de factures relatives à des achats de produits pour enfant, entre 2018 et février 2022, les pièces d'identité de son épouse et de leurs filles, un refus opposé par le préfet des Alpes-Maritimes à une demande de titre de séjour daté du 29 avril 2021, une promesse d'embauche du 23 février 2022 et des avis d'imposition établis à son seul nom au titre des années 2018, 2019, 2021 et 2022. Pour autant, ces pièces ne permettent pas de documenter de façon suffisamment probante une communauté de vie ancienne, stable et intense, ni les liens entretenus avec ses enfants ainsi qu'une contribution effective aux besoins et à l'éducation de ceux-ci. En outre, le requérant ne justifie pas de ressources ni de quelconques liens sociaux ou professionnels qu'il aurait noués en France et il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Le requérant n'établit pas non plus que sa partenaire et leurs enfants auraient vocation à rester en France. Si le requérant fait valoir que la mesure d'éloignement obligerait ses enfants à être séparés de leur mère ou de lui et conduirait ainsi à rompre le lien entre les enfants et celui-ci, d'une part, et ainsi qu'il a été dit, les éléments versés aux débats sont insuffisamment probants pour déterminer ses liens avec ses enfants, d'autre part, il n'est pas établi que la vie familiale ne puisse être reconstituée dans un autre pays. Dans les circonstances de l'espèce, au vu des pièces du dossier et eu égard aux conditions et à la durée du séjour en France du requérant, le préfet des Alpes-Maritimes, en prononçant son éloignement, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, ni méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants, en violation respectivement des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes raisons, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la légalité de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
8. En application des dispositions précitées, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il doit assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs à la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement, et à la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A est père de deux filles de nationalité polonaise qui vivent avec leur mère. Dans les circonstances très particulières de l'espèce, eu égard à la durée de l'interdiction de retour et à ses effets, le requérant est fondé à soutenir que l'interdiction de retour d'une durée de trois ans dont il fait l'objet est disproportionnée par rapport à sa situation personnelle et familiale. Par suite, la décision attaquée doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen soulevé à son encontre.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 13 mars 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé une interdiction de retour d'une durée de trois ans sur le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'exécution du présent jugement, lequel se borne à prononcer l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, implique seulement qu'il soit enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de procéder à l'effacement du signalement de M. A au fichier d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes d'y procéder dans un délai d'un mois.
Sur les frais de l'instance :
12. M. A, qui a été assisté par un avocat commis d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion de l'instance. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 13 mars 2023 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a prononcé à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Alpes-Maritimes de faire procéder à l'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'informations Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Alpes-Maritimes.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République de Grasse.
Lu en audience publique le 22 mars 2023.
La magistrate désignée,
signé
D. GazeauLa greffière,
signé
V. Labeau
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Ou par délégation la greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026