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AccueilJurisprudence administrativeN° TA06-2306141

Tribunal Administratif de Nice — Décision N° TA06-2306141

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nice
SectionTribunal Administratif de Nice
N° DossierTA06-2306141
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL CAPPONI-LANFRANCHI & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement n° 1904726 du 14 février 2023, le tribunal administratif a enjoint à la métropole Nice Côte d'Azur de procéder à la suppression des canalisations d'évacuation des eaux pluviales implantées irrégulièrement sur le terrain de M. A dans un délai de six mois à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 décembre 2023 et 3 avril 2024, M. B A, représenté par Mes Bellanger et de Bailliencourt, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la métropole de Nice de lui verser la somme de 15 773, 02 euros, sauf à parfaire pour intégrer les intérêts de retard, dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de liquider l'astreinte provisoire prononcée par le jugement du 14 février 2023, pour la période du 15 août 2023 jusqu'à l'exécution de ce jugement ;

3°) de fixer l'astreinte définitive à un montant de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la métropole de Nice la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement du 14 février 2023 n'a été que partiellement exécuté, la métropole doit encore, en application de l'article 1er du jugement, lui verser la somme de 3 414, 48 euros : le jugement a condamné la métropole Nice Côte d'Azur à lui payer la somme totale de 48 828, 62 euros et la métropole ne lui avait versé qu'une somme de 37 943, 77 euros ; le retard dans le délai d'exécution est entièrement imputable à la métropole ; les intérêts capitalisés sur la somme de 20 781, 26 euros s'élèvent à la somme de 2 654, 91 euros ;

- l'injonction de l'article 2 du jugement du 14 février 2024 n'a pas reçu exécution ; le calendrier des travaux évoqués par la métropole n'est pas versé aux débats ; la preuve de la budgétisation des sommes nécessaires aux travaux n'est pas rapportée ; le retard est imputable exclusivement à la métropole.

Par un mémoire et des pièces, enregistrés au greffe les 30 mars 2024 et 2 et 3 avril 2024, la métropole de Nice Côte d'Azur, représentée par Me Lanfranchi, conclut au rejet des demandes du requérant.

Elle soutient que :

- s'agissant de la condamnation pécuniaire, elle a demandé, le 25 octobre 2023, au requérant de justifier de son domicile ainsi qu'une copie de sa carte d'identité, ce qu'il n'a pas fait ; sur les intérêts de retard sur la somme déjà réglée de 20 781, 26 euros, la métropole doit encore régler au requérant la somme de 1 775, 18 euros, ce qui est en cours de procédure ; sur le solde, elle a versé, le 19 février 2024, la somme de 12 358, 52 euros ;

- s'agissant de la liquidation de l'astreinte sollicitée, elle a toujours justifié de sa volonté d'exécuter le travaux, ce qui sera fait courant 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 avril 2024 :

- le rapport de M. Pascal, président-rapporteur ;

- les conclusions de Mme Moutry, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bellanger pour M. A.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'exécution de l'article 1er du jugement du 14 février 2023 :

1. Aux termes de l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision passée en force de chose jugée a prononcé la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent dont elle a fixé le montant, les dispositions de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, ci-après reproduites, sont applicables () ".

2. Par un jugement n° 1904726 du 14 février 2023, le tribunal a condamné la métropole Nice Côte d'Azur à payer à M. A la somme de 30 781, 26 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 28 mai 2019 et de leur capitalisation à compter du 28 mai 2020 et à chaque échéance ultérieure. Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 7 647, 36 euros ont été mis à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur et une somme de 10 000 euros à été mise à la charge de la métropole au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

3. M. A demande au tribunal d'enjoindre à la métropole Nice Côte d'Azur de lui payer la somme totale, intérêts compris, à laquelle elle a été condamnée par le jugement du 14 février 2023. Selon les dispositions de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980, lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné une collectivité locale ou un établissement public au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être mandatée ou ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. A défaut de mandatement ou d'ordonnancement dans ce délai, le représentant de l'Etat dans le département procède au mandatement d'office.

4. Dès lors que M. A peut obtenir le mandatement d'office de la somme due et qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'il ait saisi le représentant de l'Etat dans le département aux fins d'obtenir ce mandement d'office, alors que le jugement du 14 février 2023 fixe précisément, ainsi qu'il a été dit au point 1, le montant de la somme due à M. A et que le calcul de celle-ci ne soulève aucune difficulté sérieuse, la demande d'exécution de ce jugement présentée par M. A est irrecevable et ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 911-7 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 911-6 du code de justice administrative : " L'astreinte est provisoire ou définitive. Elle doit être considérée comme provisoire à moins que la juridiction n'ait précisé son caractère définitif. Elle est indépendante des dommages et intérêts ". Aux termes de l'article L. 911-7 de ce code : " En cas d'inexécution totale ou partielle ou d'exécution tardive, la juridiction procède à la liquidation de l'astreinte qu'elle avait prononcée. / Sauf s'il est établi que l'inexécution de la décision provient d'un cas fortuit ou de force majeure, la juridiction ne peut modifier le taux de l'astreinte définitive lors de sa liquidation. / Elle peut modérer ou supprimer l'astreinte provisoire, même en cas d'inexécution constatée ", et, aux termes de son article L. 911-8 : " La juridiction peut décider qu'une part de l'astreinte ne sera pas versée au requérant. / Cette part est affectée au budget de l'État ".

6. Lorsqu'il constate que la décision n'a pas été exécutée, le juge prononce une liquidation provisoire de l'astreinte calculée à compter de la date de notification de la décision d'astreinte et jusqu'à la date d'audience publique. Le juge de l'astreinte n'est jamais tenu de liquider l'astreinte prononcée, dès lors qu'il ne lui a pas expressément conféré un caractère définitif, comme en l'espèce, mais peut la supprimer ou la moduler. Il lui appartient alors d'énoncer les motifs qui le conduisent, soit à ne pas faire droit aux moyens dont il est saisi en vue d'une modulation de l'astreinte, soit à procéder d'office à une telle modulation.

7. Par le jugement n°1904726 du 14 février 2023 précité, le tribunal administratif de Nice a enjoint à la métropole Nice Côte d'Azur de procéder à la suppression des canalisations d'évacuation des eaux pluviales implantées irrégulièrement sur le terrain de M. A dans un délai de six mois à compter du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard passé ce délai. M. A demande au tribunal de condamner la métropole de Nice Côte d'Azur à liquider provisoirement l'astreinte pour la période allant du 15 août 2023 au 30 avril 2024 et de fixer l'astreinte définitive à un montant de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir.

8. La métropole Nice Côte d'Azur fait valoir qu'un calendrier des travaux a été établi en juin 2023 en vue de déposer les canalisations et que, pour des raisons budgétaires, ils n'ont pas encore pu être réalisés, leur réalisation devant intervenir courant 2024. Au regard du dépassement du délai pour exécuter le jugement du 14 février 2023 précité mais également de l'importance des travaux à exécuter et de l'engagement de la métropole Nice Côte d'Azur à les réaliser courant 2024, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L.911-7 précité du code de justice administrative, de modérer l'astreinte et de la liquider provisoirement à la somme de 5 000 euros, pour la période sollicitée du 15 août 2023 au 30 avril 2023. Il n'y a pas lieu, par ailleurs, de modifier le taux de l'astreinte.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la métropole Nice Côte d'Azur est condamnée à payer à M. A la somme de 5 000 euros au titre de la liquidation provisoire de l'astreinte prononcée par le jugement n°1904726 du 14 février 2023.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la métropole Nice Côte d'Azur la somme que demande M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La métropole Nice Côte d'Azur est condamnée à verser à la M. A la somme de 5 000 (cinq mille) euros au titre de la liquidation provisoire de l'astreinte prononcée par le jugement n°1904726 du 14 février 2023.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la métropole Nice Côte d'Azur.

Copie en sera adressée au parquet général près la Cour des Comptes

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pascal, président,

Mme Chaumont, première conseillère,

M. Duroux, première conseillère,

assistés de Mme Bianchi, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

F. Pascal

L'assesseure la plus ancienne,

signé

A.-C. Chaumont La greffière,

signé

L. Bianchi

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

ou par délégation le greffier

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