mercredi 6 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2100529 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | MATHURIN KANCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, deux mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 31 mai 2021, 1er et 24 juin 2021, 8 et 13 février 2022 et 21 avril 2022, l'Association des résidents du lotissement de Beaujean, représentée par Me Mathurin-Kancel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de Baie-Mahault a délivré un permis de construire à la SAS Rainans Investissement ;
2°) d'annuler la décision tacite née le 13 janvier 2022 par laquelle la commune de Baie-Mahault a délivré un permis de construire modificatif à la SAS Rainans Investissement ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Baie-Mahault la somme de 3 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir de par son statut et de sa qualité de voisin immédiat du projet litigieux ;
S'agissant du permis de démolir :
- la demande de permis ne comporte aucune mention expresse relative aux démolitions envisagées, de sorte que, en mentionnant que le permis de construire valait permis de démolir, la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles L. 451-1 et R. 431-21 du code de l'urbanisme ;
- le dossier composant la demande de permis de démolir est entaché d'irrégularité, dès lors qu'il ne comporte pas les informations relatives à la " date de démolition des trois maisons " et de plan de masse relatif aux constructions à démolir ;
- la décision attaquée est illégale, dès lors qu'aucun diagnostic amiante avant démolition n'a été réalisé ou envisagé ;
S'agissant du permis de construire initial :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente faute de disposer d'une délégation de signature régulière du maire ;
- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le maire s'est prononcé en l'absence de toute information relative au raccordement du projet au réseau d'eau potable ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault, dès lors que l'aspect extérieur des constructions projetées s'insère difficilement dans les lieux avoisinants ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 10.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault, dès lors que le bâtiment C possède une varangue d'une hauteur de 9,09 mètres carrés au lieu des 8 mètres ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir, dès lors que la propriétaire de la parcelle est conseillère municipale, entachant la décision de détournement de pouvoir ;
S'agissant du permis de construire modificatif :
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ne tient pas compte des risques d'inondation de la voie ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault, dès lors que les voies d'accès, compte tenu de l'augmentation prévisible du trafic, sont insuffisantes ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 4.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault, dès lors que le mauvais écoulement des eaux n'est pas pris en compte alors que 65 logements supplémentaires, répartis en trois bâtiments vont être réalisés ;
- il méconnaît les dispositions de l'article UD 10.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault, dès lors que l'ensemble des bâtiments A, B, C constitue en réalité des R+2 et non un R+1+C ;
Par trois mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 3, 8 et 11 février 2022 et 7 mars 2022, la SAS Rainans Investissement, représentée par la SELAS Léga-cité, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Association des résidents du lotissement de Beaujean, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir contre le permis contesté ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2022, la commune de Baie-Mahault, représentée par Me Morton, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de l'Association des résidents du lotissement de Beaujean, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que l'association requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir contre le permis contesté ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme Mahé, rapporteur public,
- les observations orales de Mathurin-Kancel, pour l'Association des résidents du lotissement de Beaujean,
- les observations orales de Me Mourey, en visio-conférence, pour la SAS Rainans Investissement.
La commune de Baie-Mahault n'étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Rainans Investissement, propriétaire des parcelles cadastrées AR n° 25, 159 et 164, d'une superficie totale de 7 175 mètres carrés, sur le territoire de la commune de Baie-Mahault, a déposé, le 30 juillet 2020, une demande de permis de construire, valant permis de démolir, afin de réaliser un programme immobilier de 65 logements répartis dans trois bâtiments collectifs (A, B, et C) en R+1+combles, d'une surface de plancher totale de 4 147 mètres carrés. Par arrêté du 17 décembre 2020, le maire de la commune de Baie-Mahault a accordé à la SAS Rainans Investissement, le permis de construire sollicité. Par un courrier du 9 février 2021, notifié le 11 février suivant, l'Association des résidents du lotissement de Beaujean a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Le silence gardé par la commune pendant un délai de deux mois a fait naître, le 11 avril 2021, une décision implicite de rejet. La SAS Rainans Investissement a sollicité, le 12 octobre 2021, un permis de construire modificatif. Le silence gardé par la commune de Baie-Mahault sur cette demande a fait naître, le 13 janvier 2022, une décision tacite valant permis de construire modificatif portant réduction du nombre de logements, diminution de la surface plancher global à 3 440 mètres carrés, modification du niveau des combles et du système de gestion des eaux pluviales. Par la présente requête, l'Association des résidents du lotissement Beaujean, demande au tribunal, d'annuler l'arrêté du maire de la commune de Baie-Mahault du 17 décembre 2020 accordant un permis de construire et la décision tacite née le 13 janvier 2022 valant permis de construire modificatif.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les dispositions du permis de construire initial non modifiées par le permis de construire modificatif :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B A, troisième adjoint au maire de la commune de Baie-Mahault. Si l'association requérante soutient que le signataire de cet arrêté ne justifie pas d'une délégation de signature régulière du maire, il ressort des pièces versées au dossier que, par arrêté du 3 septembre 2020, transmis au contrôle de légalité le même jour, le maire de la commune de Baie-Mahault a délégué sa compétence à M. B A, aux fins de signer tous les actes et arrêtés de permis de construire et démolir. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué, signé par le troisième adjoint au maire, émanait d'une autorité incompétente. Par suite, ce moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition ". Aux termes de l'article R. 431-21 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement ".
4. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que lorsqu'un permis de construire autorise un projet qui implique la démolition totale ou partielle d'un bâtiment soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire doit, soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir, soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction. D'autre part, si le permis de construire et le permis de démolir peuvent être accordés par une même décision, au terme d'une instruction commune, ils constituent des actes distincts ayant des effets propres. Eu égard à l'objet et à la portée du permis de démolir, la décision statuant sur la demande de permis de construire ne peut valoir autorisation de démolir que si le dossier de demande mentionne explicitement que le pétitionnaire entend solliciter cette autorisation. Est par elle-même sans incidence, la circonstance que les plans joints à la demande de permis de construire montrent que la réalisation de la construction implique la démolition de bâtiments existants.
5. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du formulaire CERFA, cartouche 5.1, que la demande de permis mentionne que " le projet consiste en la démolition de trois villas et en la construction de 65 logements () ". La cartouche 5.5 du même formulaire CERFA, indique que la surface supprimée est de 418 mètres carrés. Par ailleurs, la cartouche 6 intitulé " à remplir lorsque le projet nécessite de démolitions " mentionne que la demande porte sur la démolition totale de trois logements construits dans les années 1980. Enfin, contrairement à ce que soutient l'association requérante, les plans versés au dossiers font état des travaux de démolition. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que la demande de permis de construire ne mentionnait pas explicitement que le pétitionnaire entendait solliciter une autorisation de démolir. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de démolir précise : () c) La date approximative à laquelle le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée ont été construits ; () ". Aux termes de l'article R. 451-2 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande comprend : () b) Un plan de masse des constructions à démolir ou, s'il y a lieu, à conserver ; () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient l'association requérante, un plan de masse relatif aux constructions à démolir figure bien au dossier de demande de permis accompagné des photographies représentant les habitations à démolir et leurs dépendances. Par ailleurs, les dispositions précitées de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme n'exigent pas d'information relative à la date de démolition des bâtiments, mais la date de construction des bâtiments pour lesquels une démolition est demandée. Or, il ressort des mentions figurant dans la cartouche 6 du formulaire CERFA intitulé " à remplir lorsque le projet nécessite de démolitions " que la demande précise que le projet emporte la démolition totale de trois logements construits dans les années 1980. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que la demande de permis de démolir serait incomplète. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique () ". Aux termes de l'article R. 423-50 du même code : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ".
9. L'association requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il mentionne que " Le demandeur devra prendre l'attache d'Eau d'Excellence qui n'a pas rendu d'avis pour prendre connaissance de ses éventuelles recommandations " et qu'il apparait ainsi que le maire de la commune s'est prononcé en l'absence de toute information sur le raccordement du projet au réseau d'eau potable. Toutefois, l'association requérante n'invoque aucune disposition législative ou réglementaire qui aurait été méconnue et qui aurait imposé à la commune de Baie-Mahault, dans le cadre de l'instruction de la demande de permis de construire, de recueillir, en application des dispositions de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme, un avis sur ce point. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, qu'un avis a bien été sollicité dans le cadre de l'instruction de la demande de permis de construire et que faute de réponse, il est réputé favorable.
10. En cinquième lieu, l'association requérante ne saurait utilement soutenir que l'arrêté attaqué est illégal au motif qu'aucun diagnostic amiante avant démolition n'a été réalisé ou envisagé alors qu'elle ne précise pas au titre de quelle législation un tel diagnostic aurait dû être réalisé.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article UD 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault : " La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ; - Les constructions doivent présenter une simplicité de volume, une unité d'aspect et de matériaux ; - Les constructions à rez-de-chaussée transparent, dites constructions sur pilotis sont interdites ; - Les constructions, ouvrages et installations à caractère technique doivent faire l'objet d'une intégration soignée dans le site ".
12. Il résulte de ces dispositions que si la construction projetée porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente doit refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus d'une autorisation d'urbanisme ou les prescriptions spéciales accompagnant sa délivrance, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
13. Il ressort des pièces du dossier que le projet est implanté au cœur d'un quartier résidentiel de la commune de Baie-Mahaut. Si l'architecture de toutes les habitations du quartier est traditionnelle, dite de style " créole ", elle ne présente toutefois pas d'unité ni d'harmonie particulière. Le projet porte sur un bâtiment dont les façades côté rue et jardin sont en béton de tons neutres (beige et marron), et dont le toit est blanc. Si la composition de la construction projetée est d'un aspect plus contemporain que les constructions alentours, son dessin comme les matériaux qui la composent, notamment la présence de varangues, lui garantissent une meilleure insertion dans le paysage urbain. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article de l'article UD 11.1 du règlement du plan local d'urbanisme que le maire de Baie-Mahault a estimé que le projet était adapté à la qualité du contexte bâti et ne lui porterait pas d'atteinte.
14. En septième lieu, aux termes de l'article UD 10.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault : " Dans la zone UD, à l'exclusion du secteur Uda ; La hauteur des constructions ne doit pas excéder : - 1 niveau sur rez-de-chaussée plus un comble aménageable (R+1+C) ; - et 10 mètres au faîtage et 8 mètres à l'acrotère ".
15. L'association requérante soutient, que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UD 10.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault, dès lors que le bâtiment C possède une varangue d'une hauteur de 9,09 mètres alors que la limite autorisée est de 8 mètres. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les toits des bâtiments litigieux sont en pentes, de sorte que la construction en litige est soumise à la limite de 10 mètres au faitage. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet litigieux méconnaîtrait les dispositions de l'article UD 10.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault.
16. En huitième lieu, l'association requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché de détournement de pouvoir dès lors qu'une conseillère municipale de la commune de Baie-Mahault était propriétaire d'une des parcelles d'assiette du projet, et qu'il semblerait, qu'elle ait vendu ce terrain à la société pétitionnaire car elle ne trouvait pas d'acquéreur potentiel. Toutefois, l'allégation de l'association requérante repose sur une supposition de sorte que le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les dispositions du permis initial qui ont été modifiées par le permis de construire modificatif :
17. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif, dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
18. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
19. Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent. Par ailleurs, en vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modification substantielle nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
20. L'association requérante soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors que la rue Patrick Saint-Eloi serait soumise à un risque important d'inondations de nature à porter atteinte à la sécurité et la salubrité publique. Toutefois, à l'appui de son argumentation, l'association requérante se borne à produire des photographies de la rue inondée, sans fournir aucune indication ni précision quant à la fréquence de tels évènements ou leurs conséquences. Or, il ressort des pièces du dossier que les terrains d'assiette du projet sont situés en zone blanche du plan de prévention des risques naturels de la commune de Baie-Mahault, zone constructible qui ne fait pas l'objet de prescription particulière. Par ailleurs, le permis de construire litigieux prévoit la réalisation de deux bassins de rétention d'eau de pluie afin de prévenir la survenance de tout risque d'inondation. En outre, dans le cadre de la demande de permis de construire modificatif, une note de calcul de gestion des eaux pluviales a été réalisée en août 2021 et a mis en exergue que les parcelles d'assiette du projet présentent un niveau de perméabilité compatible avec les dispositions du schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux. Ainsi, eu égard aux dispositions prises par le pétitionnaire pour prévenir la réalisation du risque d'inondation et l'absence d'élément fournis par l'association requérante quant aux probabilités concrètes de réalisation d'un tel risque, le maire de la commune de Baie-Mahault n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en autorisant la réalisation du projet litigieux.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article UD 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux " conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et d'accès aux voies ouvertes au public ": " - Pour être constructible, tout terrain doit avoir un accès automobile à une voie publique ou privée, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur un fond voisin ; - Les accès doivent être adaptés à l'opération. Ils doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie, de la protection civile et de la collecte des déchets. ; () ".
22. Si l'association requérante soutient que la réalisation du projet en litige engendre un risque pour la sécurité compte tenu de l'étroitesse de la rue Patrick Saint-Eloi au regard du nombre de logements créé, elle ne précise ni la consistance de ce risque ni la probabilité de sa survenance, de sorte qu'elle ne met pas en mesure le tribunal d'exercer un contrôle. A cet égard, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les caractéristiques de cet voie accès ne permettraient pas de satisfaire aux exigences de sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile alors qu'elle est à sens unique et qu'elle possède une largeur de près de 3,35 mètres. Par ailleurs, le service départemental d'incendie et de secours de la Guadeloupe a émis le 28 octobre 2020 un avis favorable au projet. Enfin, l'association requérante ne saurait utilement se prévaloir de la seule circonstance que la réalisation du projet aurait pour conséquence d'augmenter fortement le trafic sur la voie en question. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet litigieux méconnaîtrait les dispositions de l'article UD 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault.
23. En troisième lieu, aux termes de l'article UD 4.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux " eaux pluviales " : " - Toute construction ou installation destinées à l'habitation ou aux activités doit être raccordée au réseau public d'eaux pluviales s'il existe ; -Les eaux pluviales en provenance des parcelles privatives doivent être prises en charge prioritairement sur le terrain. Tout rejet vers le réseau collecteur doit se faire à débit limité ou différé et doit être compatible avec les objectifs de qualité du milieu récepteur ; () ".
24. Si l'association requérante soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UD 4.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault, dès lors que la réalisation du projet litigieux aurait pour effet de favoriser l'écoulement des eaux pluviales au sein du lotissement, il ressort des énonciations figurant au point 20 du présent jugement que le permis de construire litigieux prévoit la réalisation de deux bassins de rétention d'eau de pluie de sorte que le projet litigieux doit être regardé comme assurant une prise en charge prioritaire sur son terrain, conformément aux dispositions de l'article UD 4.2.2. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault, doit être écarté.
25. En dernier lieu, aux termes de l'article UD 10.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault : " Dans la zone UD, à l'exclusion du secteur Uda ; La hauteur des constructions ne doit pas excéder : - 1 niveau sur rez-de-chaussée plus un comble aménageable (R+1+C) ; - et 10 mètres au faîtage et 8 mètres à l'acrotère ".
26. L'association requérante soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article UD 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Baie-Mahault, dès lors que l'ensemble des bâtiments A, B, C constitue, en réalité, des R+2 et non un R+1+C. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'ensemble des bâtiments A, B, C ont fait l'objet de modification, dans le cadre de la demande de permis de construire modificatif tendant notamment à revoir la configuration et la hauteur des combles. Ainsi, ce moyen dirigés contre le permis de construire initial et non repris à l'encontre du permis de construire modificatif est inopérant et doit, par suite, être écarté.
27. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que l'Association des résidents du lotissement de Beaujean n'est pas fondée à demander l'annulation du permis de construire du 17 décembre 2020 ainsi que du permis de construire modificatif du 13 janvier 2022, délivrés par le maire de la commune de Baie-Mahault à la SAS Rainans Investissement.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Baie-Mahault, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que l'Association des résidents du lotissement de Beaujean demande, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions, de mettre à la charge de cette dernière les sommes demandées par la SAS Rainans Investissement et par la commune de Baie-Mahault, au titre des frais non compris dans les dépens que ces dernières ont exposés.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par l'Association des résidents du lotissement de Beaujean est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par la commune de Baie-Mahault et la SAS Rainans Investissement, sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'Association des résidents du lotissement de Beaujean, à la SAS Rainans Investissement et à la commune de Baie-Mahault.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Therby-Vale, conseillère,
M. Maljevic, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé :
S. CLe président,
Signé :
O. GUISERIXLa greffière,
Signé :
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme
La greffière en Chef,
Signé : M-L CORNEILLE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026