mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2101350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DJIMI VÉRITÉ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 novembre 2021, M. C D, représenté par Me Djimi, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté 2021/151 du 13 août 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer une carte de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L.423-23 (anciennement 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile) et que le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2021, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable pour être tardive et à titre subsidiaire que les moyens ne sont pas fondés.
Les pièces produites par M. D le 29 novembre 2021 et 6 décembre 2021 ont été communiquées. Celles produites le 10 juin 2022 n'ont pas été communiquées.
Par une ordonnance du 25 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 portant partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 portant partie réglementaire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Djimi, pour M. D, le préfet de la Guadeloupe n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D ressortissant haïtien né le 4 juin 1979, est entré clandestinement en Guadeloupe le 9 juin 2009 et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour par arrêté préfectoral en date du 26 juin 2018. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et a demandé un titre de séjour le 24 septembre 2018 " vie privée et familiale ". Par un arrêté 2021/151 du 13 août 2021, dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Guadeloupe a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans.
Sur la recevabilité de la requête :
2. L'administration n'est tenue de faire figurer dans la notification de ses décisions que les délais et voies de recours contentieux ainsi que les délais de recours administratifs préalables obligatoires. Il lui est loisible d'y ajouter la mention des recours gracieux et hiérarchiques facultatifs, à la condition toutefois qu'il n'en résulte pas des ambiguïtés de nature à induire en erreur les intéressés dans des conditions telles qu'ils pourraient se trouver privés du droit à un recours contentieux effectif.
3. Sauf le cas où des dispositions législatives ou réglementaires ont organisé des procédures particulières, toute décision peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours dudit délai. Aux termes de l'article R.776-5 du code de justice administrative : " I. Le délai de recours contentieux de trente jours mentionné à l'article R. 776-2 n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif () ". Aux termes de l'article R. 776-9-1 du même code : " Les dispositions du présent chapitre ne sont pas applicables en Guadeloupe () ". Il résulte de ces dispositions qu'en Guadeloupe, conformément au droit commun, " toute décision administrative peut faire l'objet dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours dudit délai. ".
4. Le préfet de la Guadeloupe soutient que la présente requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, pour avoir été formée le 18 novembre 2021, soit postérieurement au délai de recours de deux mois prévu à l'article R.421-1 du code de justice administrative. Il ressort effectivement des pièces du dossier que le pli recommandé contenant l'arrêté attaqué a été présenté par les services postaux le 18 août 2021 à l'adresse indiquée par M. D, qu'une signature y a été portée, et la notification de cet arrêté doit dès lors être réputée intervenue le 18 août 2018. Toutefois, en faisant une distinction, sans que la loi la prévoit dans ce cadre, entre les différentes décisions portées par l'arrêté litigieux, et en présentant d'une part, le recours administratif comme l'unique possibilité de recours pour la décision portant refus de titre et obligation de quitter le territoire et, d'autre part, le recours contentieux comme l'unique possibilité de recours pour les autres décisions, et enfin, en ajoutant de façon erronée qu'un recours administratif ne proroge pas le délai de recours contentieux, la lettre de notification de l'arrêté litigieux comporte une ambiguïté et des mentions erronées ne permettant pas de connaître avec exactitude la portée de l'exercice de chaque type de voie de recours pour l'ensemble des décisions portées par l'arrêté, ce qui fait obstacle à ce que le délai de recours de deux mois applicable en Guadeloupe ait commencé à courir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet ne doit pas être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. L'arrêté attaqué mentionne que M. D a été condamné en 2013 et 2018 à des peines d'emprisonnement avec sursis et amendes, qu'il ne justifie d'aucune ressource sauf celles provenant de " jobs " et qu'il n'a pas fait de demande de régularisation avant 2018. M. D fait quant à lui valoir être arrivé en Guadeloupe à l'âge de 30 ans soit depuis près de 12 ans, et vivre avec Mme B, ressortissante haïtienne titulaire d'une carte de résident, qu'il a épousée le 7 août 2021 et avec leurs quatre enfants nés sur le sol français en 2012, 2015, 2018 et 2020, les trois premiers étant scolarisés. Il ajoute avoir toujours eu à cœur de s'intégrer et ne pas représenter une menace à l'ordre public, au sens du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Guadeloupe ne conteste pas la communauté de vie, et les infractions routières commises les 19 juillet 2013 et 26 juin 2018 ne sauraient, compte tenu de leur nature et de leur ancienneté à la date de la décision attaquée, constituer une menace à l'ordre publique faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces circonstances, le préfet, qui a statué en août 2021 sur une demande datant du 24 septembre 2018 à une époque où M. D n'avait que deux enfants et venait de commettre ses dernières infractions pénales, a, par l'arrêté attaqué, porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations et dispositions précitées, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 précité, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, l'arrêté du 13 août 2021 doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, la délivrance à M. D d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 2021/151 du 13 aout 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guadeloupe de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Guiserix, président,
Mme Brigitte Pater, première conseillère,
M. Antoine Lubrani, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
B. A
Le président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Signé
M-L. Corneille
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026