jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2101360 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BERTRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 19 novembre 2021 et 28 janvier 2022, M. B A, représenté par la SCP Ezelin-Dione, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 22 septembre 2021 par laquelle le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe l'a licencié pour abandon de poste ;
2°) de condamner la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe à lui verser la somme de 125 315 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
3°) de mettre à la charge de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, dès lors, d'une part, qu'il n'était pas en situation d'abandon de poste comme cela ressort notamment de sa fiche de paie du mois de septembre 2022 et, d'autre part, qu'il a fourni un certificat médical justifiant de son impossibilité à reprendre le travail pour la période concernée ;
- la décision par laquelle il lui a été refusé le bénéfice d'un congé maladie est entachée d'irrégularités ;
- la décision de licenciement s'inscrit dans le cadre d'un processus de harcèlement moral qu'il subit de la part de la chambre de métiers et de l'artisanat.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2022, la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe, représentée par Me Bertrand, conclut au rejet de la requête et à ce que M. A lui verse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions aux fins d'indemnisation sont irrecevables, en l'absence de décision prise sur réclamation préalable susceptible de lier le contentieux ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat adopté le 13 novembre 2008 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lubrani, conseiller ;
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public ;
- les observations de Me Ezelin, représentant M. A, et celles de Me Bertrand, représentant la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui exerçait alors les fonctions de chargé de mission qualité et développement de l'offre des services de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe, a fait l'objet le 16 juillet 2019 d'un licenciement pour abandon de poste par une décision du président de cet établissement. Par un jugement n° 1901142 du 11 mai 2021, le tribunal de céans a annulé cette décision au motif que la mesure de licenciement n'avait pas été précédée d'une mise en demeure prévoyant un délai suffisant, a enjoint au président de la chambre des métiers et de l'artisanat de la Guadeloupe de procéder à la réintégration de M. A dans un délai de deux mois et a condamné cet établissement à verser au requérant une indemnité de 17 840,38 euros. En exécution de ce jugement, le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe a réintégré M. A dans son emploi de chargé de mission au sein de cet établissement à compter du 5 juillet 2021. Par une décision du 22 septembre 2021, le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe a de nouveau licencié M. A pour abandon de poste. Le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision, et de condamner la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe à lui verser la somme de 125 315 euros en réparation du préjudice subi.
Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. [] ".
3. La chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe oppose une fin de non-recevoir tirée de l'absence de liaison du contentieux. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait formé une réclamation préalable tendant à l'indemnisation des préjudices dont il sollicite réparation dans la présente instance. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir tirée de l'absence de liaison du contentieux. Les conclusions à fin d'indemnisation de M. A doivent, par conséquent, être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 42 du statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat, adopté par la commission paritaire nationale 52 réunie le 13 novembre 2008, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " III - En cas d'abandon de poste, constaté par le supérieur hiérarchique de l'agent et signalé au secrétaire général, ou au directeur général en ce qui concerne l'assemblée permanente des chambres de métiers et de l'artisanat, l'établissement envoie, par lettre recommandée avec avis de réception, une mise en demeure dans laquelle l'agent est invité à fournir ses explications et informé des mesures auxquelles il s'expose en ne déférant pas à l'ordre de reprendre son service ou de rejoindre le poste qui lui avait été assigné. A défaut de reprise de son service ou justification fournie dans le délai d'un mois, par la procédure de l'article 6, et sauf cas de force majeure, l'agent est licencié par décision du président sur avis du secrétaire général ou du directeur général en ce qui concerne l'assemblée permanente des chambres de métiers et de l'artisanat, avec information du bureau. / Lorsqu'une telle procédure vise un secrétaire général ou le directeur général en ce qui concerne l'assemblée permanente des chambres de métiers et de l'artisanat, la décision de licenciement est prise par le président après accord du bureau ".
5. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Cette mise en demeure doit ainsi comporter l'information selon laquelle la radiation peut être mise en œuvre sans les garanties de la procédure disciplinaire. En outre, lorsque l'agent ne s'est pas présenté et n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.
6. Il ressort des pièces du dossier, et il est d'ailleurs constant, que M. A, réintégré à son poste à compter du 5 juillet 2021 à la suite du jugement n° 1901142 du 11 mai 2021 du tribunal annulant la décision du 16 juillet 2019 le licenciant pour abandon de poste, a transmis le 8 juillet 2021 à son employeur un avis d'arrêt de travail jusqu'au 23 juillet 2021, prolongé jusqu'au 13 août 2021 par un deuxième avis du 9 juillet 2021. La chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe a alors fait procéder à une contre-visite par un médecin agréé, lequel a conclu le 2 août 2021 que " l'arrêt de travail n'[était] pas justifié. Pas de traitement, ni de soins particuliers en cours. Cet arrêt de travail est une réponse à un conflit avec sa hiérarchie " et que M. A était apte à reprendre ses fonctions dès le lendemain. Tirant les conclusions de ce constat médical, son employeur, par une lettre réceptionnée par l'intéressé le 11 août 2021, l'a mis en demeure de reprendre son service dans le délai de quarante-huit heures à compter de la réception de ce courrier.
7. Si M. A se prévaut de ce qu'il aurait été rémunéré à plein traitement au mois de septembre 2021, ainsi que le fait apparaître son bulletin de paie, cette seule circonstance, qui résulte selon la défense d'une erreur de saisine, ne permet pas de remettre en cause le constat, qui n'est pas sérieusement contesté, de ce que l'intéressé n'a pas obtempéré à la mise en demeure lui imposant de rejoindre son poste.
8. Par ailleurs, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision portant licenciement pour abandon de poste de l'irrégularité de la décision par laquelle l'administration, à la suite du rapport de contre-visite médicale, a remis en cause le bien-fondé de son arrêt de travail en lui refusant le bénéfice d'un congé maladie.
9. Enfin, si M. A soutient avoir adressé à son employeur un certificat médical daté du 3 septembre 2021 établissant son impossibilité à reprendre le travail à compter du 16 août 2021 en raison de son infection au covid-19, il est constant que ce document a été établi postérieurement à l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et l'intéressé ne justifie en tout état de cause pas avoir effectivement transmis à son employeur ce document préalablement à la décision de licenciement.
10. Par suite, le moyen tiré de ce que le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe aurait commis une erreur de fait ou d'appréciation en mettant en demeure M. A de rejoindre son poste, puis en procédant à son licenciement pour abandon de poste le 22 septembre 2021 doit être écarté.
11. En second lieu, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui, le préjudice résultant de ces agissements devant alors être intégralement réparé.
12. M. A, qui se borne à soutenir que la décision par laquelle le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe a refusé de lui accorder le bénéfice de congé maladie est entachée d'irrégularités et évoque des légers dysfonctionnements matériels lors de son entrée en poste, n'apporte dans la présente instance aucun élément de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son encontre. Le moyen tiré de l'existence d'un harcèlement moral doit être écarté.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A une somme de 1 000 euros à verser à la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Partie perdante dans l'instance M. A ne peut qu'être débouté de ses conclusions présentées sur le même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe une somme de 1 000 (mille cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe.
Délibéré après l'audience publique du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Guiserix, président,
M. Antoine Lubrani, conseiller,
Mme Hélène Bentolila, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
A. LUBRANI
Le président,
Signé
O. GUISERIX
La greffière,
Signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Signé
M-L. Corneille
4
N° 1901371
6
N° ***
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026