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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200059

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200059

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantELMACIN CYNTHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 janvier 2022 et le 6 mars 2023, Mme G E, représentée par Me Elmacin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté RF/n°2106 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe :

- à titre principal, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- à titre subsidiaire, dans le délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation, en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

- à titre encore plus subsidiaire, de lui délivrer, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'incompétence dès lors que son auteur ne justifie pas d'une délégation de signature l'habilitant à le signer ;

- il est entaché d'un vice de forme, en méconnaissance des dispositions de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000, dès lors que son auteur n'est pas précisément identifiable ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation en fait dans la mesure où il renvoie, quant à sa situation personnelle, à des formules stéréotypées sans tenir compte de sa situation particulière ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle atteste de sa nécessaire prise en charge médicale et de l'impossibilité d'une prise en charge médicale appropriée dont elle pourrait effectivement bénéficier dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est mère d'un enfant français né le 23 octobre 2022 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est mère d'un enfant français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle encourt un risque de déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé en cas de renvoi dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juillet 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante haïtienne née le 1er août 1982, déclare être entrée sur le territoire français le 17 juin 2019, sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Le 8 août 2019, elle a présenté une demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée, qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 novembre 2019, confirmée le 10 févier 2020 par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile. Le 19 août 2020, Mme E a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué, qui lui a été notifié le 16 octobre 2021, le préfet de la Guadeloupe a refusé de délivrer à Mme E le titre demandé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays d'origine ou tout pays pour lequel elle établit être légalement admissible comme pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, il est constant que l'arrêté attaqué ne fait pas mention de la date à laquelle il a été adopté. Toutefois, cette omission n'est pas, à elle seule, de nature à affecter la légalité de l'acte attaqué dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté par la requérante, qu'elle a eu notification de cet arrêté le 16 octobre 2021. En outre, si le préfet indique en défense que l'arrêté litigieux a été adopté le 12 octobre 2021, et produit une décision rectificatrice ajoutant la mention de cette date, aucune cause d'irrecevabilité de sa requête pour tardiveté ne peut être opposée à la requérante dans la présente instance. Toutefois, dans les circonstances particulières de l'espèce, l'absence de mention de la date à laquelle l'arrêté litigieux a été adopté est sans incidence sur sa légalité.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet et par délégation, par M. Emmanuel Sadoux, secrétaire général de la préfecture de la Guadeloupe. Par un arrêté du 2 septembre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 971-2020-195 le 4 septembre 2020, le préfet de la Guadeloupe a donné délégation à M. B A, sous-préfet de l'arrondissement de Pointe-à-Pitre, pour signer notamment les arrêtés et décisions concernant l'entrée et le séjour des étrangers. L'article 4 de cet arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. B A, la délégation qui lui est accordée est donnée à M. Emmanuel Sadoux, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer. Ainsi, à la date de la décision attaquée le M. F était compétent à l'effet de signer les décisions relatives à l'entrée et au séjour des étrangers. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, en se prévalant des dispositions de l'article 4 de la loi du 12 avril 2000, abrogées depuis le 1er janvier 2016 et remplacées en substance par les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, la requérante doit être regardée comme invoquant le bénéfice de ces dispositions, aux termes desquelles : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

5. En l'espèce, s'il ressort de l'arrêté attaqué qu'il est successivement fait mention, au niveau de la signature de cet acte, du sous-préfet et du secrétaire général, M. Emmanuel Sadoux, il ressort clairement de ces mentions que la décision attaquée a été signée par M. F en tant que secrétaire général. Il est, en outre, également fait mention de ce que la décision a été adoptée " sur proposition de M. le secrétaire général de la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre ". Par conséquent, l'auteur de l'acte attaqué était suffisamment identifiable conformément aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, et le moyen tiré du vice de forme doit par suite être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

7. Mme E, qui invoque les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public abrogées et remplacées en substance, à compter du 1er janvier 2016, par les dispositions précitées de l'article L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, doit être regardée comme ayant en réalité entendu s'en prévaloir. En l'espèce, l'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 425-9, L. 611-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle la nationalité de Mme E, ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire, ses démarches administratives, ainsi que sa situation personnelle et familiale. Le refus de titre de séjour opposé à la requérante fait également mention des motifs précis pour lesquels sa demande ne peut être accueillie. Dès lors, cet arrêté est suffisamment motivé et cette motivation, qui n'est pas stéréotypée, démontre que le préfet de la Guadeloupe a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme E. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ".

9. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle.

10. En l'espèce, Mme E, qui invoque les dispositions du 11° l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ont été abrogées et remplacées en substance, à compter du 1er mai 2021, par les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être regardée comme ayant en réalité entendu s'en prévaloir. En l'espèce, pour refuser de délivrer à la requérante un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, le préfet a estimé que, si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut serait susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cette décision, l'intéressée, qui a levé le secret médical, fait valoir que lui a été découvert un fibrome intracavitaire au mois de juillet 2020, qui nécessiterait un suivi médical approfondi et des traitements médicaux réguliers, dont elle ne pourrait pas effectivement bénéficier en Haïti, son pays d'origine. S'il ressort des documents médicaux produits par la requérante qu'elle a subi une hystéroscopie opératoire au mois de juillet 2020, ayant conduit à la résection partielle du fibrome diagnostiqué, et qu'elle a bénéficié depuis lors de prescriptions médicamenteuses et d'un bilan de stérilité, elle ne produit toutefois aucun document permettant d'établir qu'elle ne pourrait pas bénéficier de ce suivi médical dans son pays d'origine. En outre, dans son dernier mémoire, la requérante se prévaut de la naissance d'un enfant au mois d'octobre 2022. La seule mention de propos du Docteur D C, par ailleurs non référencés ni circonstanciés, ne saurait suffire à attester de l'impossibilité d'une prise en charge appropriée de la pathologie de la requérante dans son pays d'origine. En tout état de cause, si elle se prévaut de l'insuffisance de ses moyens financiers pour pouvoir effectivement bénéficier de soins dans son pays d'origine, il ressort de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, que le défaut de prise en charge médicale de la requérante ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

12. La requérante, qui invoque les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ont été abrogées et remplacées le 1er mai 2021, doit être regardée comme se prévalant des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Guadeloupe a également examiné la situation de la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, il est constant que la requérante est entrée sur le territoire français le 17 juin 2019, soit depuis moins de deux ans et demi à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, la requérante soutient qu'elle est insérée au sein de la société française, dès lors qu'elle possède un logement stable depuis le mois de décembre 2021, qu'elle déclare ses revenus à l'administration fiscale et qu'elle exerce une activité professionnelle salariée depuis le mois de janvier 2021, en vertu d'un contrat à durée indéterminée, en attestent son contrat de travail et ses bulletins de paye. Toutefois, alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme E avait déclaré être célibataire et sans enfant à la date de la décision attaquée, ces seules circonstances ne sont pas de nature à établir qu'elle possède des liens personnels et familiaux tels que la décision par laquelle le préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour serait de nature à porter atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Enfin, si dans son dernier mémoire la requérante se prévaut de la circonstance qu'elle ait donné naissance le 23 octobre 2022 à un enfant ayant un père de nationalité française, cette circonstance, qui est postérieure à l'adoption de la décision attaquée, est sans influence en l'espèce sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En troisième et dernier lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressée peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, si Mme E se prévaut de la naissance de sa fille de nationalité française le 23 octobre 2022, elle n'établit pas avoir demandé un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que le moyen tiré de ce que le préfet a méconnu ces dispositions ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée: " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ". Aux termes de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date du litige : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : () 5° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1° à 5° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion s'il vit en France en état de polygamie. () ".

15. Si la requérante soutient qu'elle ne pourrait pas accéder aux soins médicaux qui lui sont indispensables si elle devait quitter le territoire français, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, et tel que cela a été exposé au point 10, qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; (). ".

17. En l'espèce, la requérante fait valoir qu'elle est mère d'un enfant français mineur résidant en France, dont elle contribue à l'entretien et à l'éducation depuis sa naissance. S'il ressort des pièces du dossier que la fille de Mme E est née sur le territoire français le 23 octobre 2022, la requérante n'atteste cependant aucunement contribuer effectivement à son entretien ni à l'éducation dans les conditions prévues les dispositions précitées par la seule production de l'acte de naissance de son enfant. Dès lors, Mme E ne peut pas utilement soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Aux termes de l'article 9 de la même convention : " 1. Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. () ".

19. En l'espèce, il résulte de ce qui a été exposé au point 12 que l'enfant de la requérante n'était pas né à la date de la décision attaquée. En tout état de cause, la requérante ne produit aucun document permettant d'attester que le père de son enfant participe effectivement à son entretien et à son éducation, ce qui ne permet dès lors pas de considérer que son enfant a vocation à rester sur le territoire français. Ainsi, la décision en cause n'a ni pour objet ni pour effet de séparer cet enfant de sa mère. Par suite, c'est sans méconnaître l'intérêt supérieur de l'enfant de Mme E que le préfet de la Guadeloupe a obligé la requérante à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit ainsi être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

20. Aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

21. En l'espèce, Mme E invoque des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de renvoi dans son pays d'origine dès lors qu'il n'existerait pas de traitements adéquats à son état de santé. Elle n'établit cependant pas qu'elle encourrait un risque de déclin grave, rapide et irréversible de son état de santé en cas de renvoi en Haïti. En outre, elle ne produit aucun élément de nature à établir qu'elle serait effectivement et personnellement exposée à des peines ou traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Il ressort de plus des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 novembre 2019, et par la Cour nationale du droit d'asile le 10 février 2020. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées aux titres de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Goudenèche, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

J. LE ROUX

Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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