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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200267

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200267

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDJIMI VÉRITÉ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 février 2022, 10 mars 2022, 10 octobre 2022, 18 octobre 2022, 30 janvier 2023 et 14 février 2023, Mme B A, représentée par Me Vérité Djimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe de lui délivrer une carte de séjour l'autorisant à travailler, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et subsidiairement, sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a produit, à la demande du tribunal, l'entier dossier médical de Mme A, enregistré le 9 mai 2023, qui a été communiqué en application des dispositions de l'article L. 613-1-1 du code de justice administrative.

L'OFII a produit un mémoire en observation le 8 juin 2023, qui a été communiqué.

Par une ordonnance du 27 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 28 juillet 2023.

Mme A a produit des pièces complémentaires les 13 juillet et 6 octobre 2023, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,

- les observations de Me Djimi, représentant Mme A,

- le préfet de la Guadeloupe n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante haïtienne née le 8 mai 1975 à Croix-des-Bouquets (Haïti), est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 22 décembre 2018, selon ses déclarations. Le 7 juillet 2020, elle a formé une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Par un avis du 14 décembre 2020, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a considéré que l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins en Haïti, elle ne pouvait y bénéficier d'un traitement approprié et que les soins nécessités par son état de santé devaient être poursuivis pour une durée de 6 mois. Mme A s'est alors vue remettre une autorisation provisoire de séjour valable du 14 décembre 2020 au 13 juin 2021. Le 13 juillet 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en raison de son état de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 décembre 2021, le préfet de la Guadeloupe a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressée, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme A, le préfet de la Guadeloupe s'est notamment fondé sur un avis émis le 12 octobre 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) selon lequel l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'à la date de cet avis, son état pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui a levé le secret médical, a fait l'objet d'une ablation du rein gauche et fait tous les 6 mois l'objet d'un suivi néphrologique. Toutefois, les différentes pièces médicales et les certificats de deux praticiens hospitaliers du service de néphrologie du centre hospitalier universitaire de Pointe-à-Pitre établis les 8 mars et 5 octobre 2022 ainsi que d'un chirurgien exerçant à la clinique de la Santé à Port-au-Prince ne sont pas de nature à remettre sérieusement en cause l'appréciation du préfet de la Guadeloupe quant à l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité que devrait entraîner le défaut de prise en charge médicale sur l'état de santé de l'intéressée. De plus, si la requérante soutient que son état s'est dégradé depuis l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII et indique à ce titre avoir été hospitalisée en urgence le 15 janvier 2022 pour des douleurs abdominales, il ressort des pièces du dossier que les examens réalisés pendant cette hospitalisation n'ont révélé ni insuffisance ni calcul rénal. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Il est constant que Mme A est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 22 décembre 2018, de sorte que son séjour présentait un caractère récent au jour de l'arrêté attaqué. De plus, si elle se prévaut de la présence sur le territoire national de son père et de son frère, qui sont titulaires d'une carte de résident, elle n'établit ni même n'allègue qu'ils entretiendraient des liens d'une particulière intensité avec elle. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de sa situation professionnelle, les pièces qu'elle produit pour la période antérieure à l'arrêté attaqué ne font état que d'une activité dans le secteur de l'hôtellerie de juillet à décembre 2021 et ne permettent pas de considérer qu'elle justifie d'une intégration professionnelle particulière en France. De plus, la légalité de l'arrêté litigieux s'appréciant à la date de son édiction, les différents contrats de travail et fiches de paie se rapportant à la période postérieure à l'arrêté attaqué ne sauraient être pris en compte. Enfin, Mme A n'est pas dépourvue d'attaches personnelles en Haïti où réside sa mère. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels la mesure a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 31 décembre 2021 par lequel le préfet de la Guadeloupe a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Nadège Mahé, présidente,

- Mme Hélène Bentolila, conseillère,

- Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

H. BENTOLILALa présidente,

Signé

N. MAHE

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Signé

M-L. Corneille

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