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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201084

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201084

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201084
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBERTRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 octobre 2022 et 30 novembre 2023, Mme B A, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions révélées par ses bulletins de salaire des mois d'août et septembre 2022 par lesquelles le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe a procédé à une retenue de 138,94 euros, correspondant à deux jours d'absence ;

2°) d'enjoindre la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe de lui restituer la somme de 138,94 euros.

Elle soutient que :

- la note de service en date du 12 juillet 2022 ne prévoyait pas qu'à défaut de compensation par jour de congé, une retenue sur salaire serait effectuée ;

- la note de service ne pouvait lui être appliquée, dès lors qu'elle a été diffusée trois jours ouvrés avant son entrée en vigueur ;

- son absence a été contrainte par son employeur puisqu'elle a respecté les horaires d'été alors qu'elle n'était pas opposée à réaliser ses 35 heures ;

- la retenue sur salaire constitue une sanction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2023, la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet au fond et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la requête est irrecevable, en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, en l'absence de décision contestée clairement indentifiable, et dès lors qu'elle est dirigée contre une décision ne faisant pas grief.

- à titre subsidiaire, qu'aucun moyen soulevé par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 ;

- la loi n°61-825 du 29 juillet 1961 ;

- le statut du personnel des chambres de métiers et de l'artisanat ;

- l'arrêté du 27 septembre 2017 portant nomination à la commission paritaire du personnel administratif des chambres de métiers et de l'artisanat créée en application de la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 relative à l'établissement obligatoire d'un statut du personnel administratif des chambres d'agriculture, des chambres de commerce et des chambres de métiers ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bakhta, conseillère,

- les conclusions de M. Lubrani, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a travaillé au sein de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe du 20 septembre 2021 au 19 septembre 2022. Avant l'échéance de son contrat, elle a soldé ses congés, les prenant du 16 août au 19 septembre 2022. Le 12 juillet 2022, une note de service relative aux horaires de travail d'été, applicable du 18 juillet au 12 août 2022, a été diffusée et a fixé le nombre d'heures hebdomadaires à trente heures au lieu des trente-cinq heures usuelles. Pour cette période, la note indiquait que les agents présents feraient " l'objet d'une compensation proportionnelle du nombre d'heures non effectué (30h au lieu de 35h), sur les droits à congés payés, dans la limite de 2 jours ". Mme A ayant déjà épuisé ses droits à congé, la chambre des métiers et de l'artisanat a retenu deux jours de salaire sur ses salaires d'août et septembre 2022 pour absence de service fait. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler ces décisions et d'enjoindre à la restitution des sommes retenue.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge () ".

3. Selon les termes de sa requête introductive d'instance, Mme A, non représentée, entend obtenir le remboursement de 138,94 euros correspondant aux retenues prélevées sur ses salaires d'août et septembre 2022, pour absence de service fait. Elle indique contester ces décisions de retenues sur salaire notamment au motif qu'elles constitueraient une sanction, qu'elle n'était pas opposée à réaliser 35 heures de travail hebdomadaire, et qu'elle n'a pas été absente dès lors qu'elle a respecté les horaires de travail d'été fixés par la note de service en date du 12 juillet 2022. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de ce que la requête déposée par Mme A ne répondrait pas aux exigences des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative, ne peut être accueillie.

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

5. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler deux décisions révélées par les bulletins de paye des mois d'août et septembre 2022 aux termes desquelles son employeur a effectué des retenues pour absence de service fait et d'enjoindre à la restitution des sommes indûment prélevées. Ces conclusions, alors même que les décisions attaquées présentent un caractère pécuniaire, ne tendent pas au paiement d'une somme d'argent relevant du contentieux indemnitaire. Il en résulte que les fins de non-recevoir soulevées en défense, tirées de ce que les bulletins de paye n'auraient pas un caractère décisoire et que la décision attaquée n'est pas clairement identifiable, ne peuvent qu'être écartées.

Sur les conclusions d'annulation :

6. Aux termes de l'article 1 de la loi du 10 décembre 1952 susvisée : " La situation du personnel administratif des chambres d'agriculture, des chambres de commerce et des chambres de métiers de France est déterminée par un statut établi par des commissions paritaires nommées, pour chacune de ces institutions, par le ministre de tutelle. ". Aux termes de l'article 1 du statut du personnel administratif des chambres de métiers, approuvé par l'arrêté du 19 juillet 1971 susvisé : " Le présent statut s'applique au personnel à temps complet ou à temps partiel (titulaires, stagiaires, contractuels de droit public) des chambres de métiers et de l'artisanat (). / Les dispositions des règlements intérieurs des établissements visés à l'alinéa précédent, relatives à la gestion du personnel, doivent se conformer en tous points aux dispositions du présent statut () ". Il résulte des dispositions précitées de l'article 1er de la loi du 10 décembre 1952 que les personnels administratifs recrutés par les chambres de métiers et de l'artisanat afin de participer à l'exécution du service public administratif ne sont pas soumis aux lois du 13 juillet 1983 et du 11 janvier 1984, aujourd'hui codifiées par le code général de la fonction publique ni, davantage, au décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature. Il appartient ainsi à la commission paritaire prévue par la loi du 10 décembre 1952 d'édicter les règles de nature statutaires applicables à tous les personnels des chambres de métiers et, notamment, celles relatives au temps de travail du personnel administratif des chambres de métiers. A cet effet, cette commission paritaire nationale a, par une décision du 3 juillet 2001, ajouté au statut une annexe X intégrant le protocole d'accord sur l'aménagement et la réduction du temps de travail applicable à compter du 1er septembre 2001 " à défaut d'accord local " et qui prévoit que la durée hebdomadaire de travail est fixée à 35 heures.

7. Aux termes de l'article 4 de la loi de finances rectificative du 29 juillet 1961 : " Le traitement exigible après service fait () est liquidé selon les modalités édictées par la réglementation sur la comptabilité publique. / L'absence de service fait, pendant une fraction quelconque de la journée, donne lieu à une retenue dont le montant est égal à la fraction du traitement frappée d'indivisibilité en vertu de la réglementation prévue à l'alinéa précédent. / II n'y a pas service fait : 1° Lorsque l'agent s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de service ; () " ; "

8. Il résulte du principe général, posé notamment à l'article 4 de la loi du 29 juillet 1961 précité que l'absence de service fait, pendant une fraction quelconque de la journée, donne lieu à une retenue dont le montant est égal à la fraction du traitement frappée d'indivisibilité et qu'il n'y a pas service fait, soit lorsque l'agent s'abstient d'effectuer tout ou partie de ses heures de services, soit lorsque l'agent, bien qu'effectuant ses heures de service, n'exécute pas tout ou partie des obligations de service qui s'attachent à sa fonction, telles qu'elles sont définies dans leur nature et leurs modalités par l'autorité compétente dans le cadre des lois et règlements. Sauf disposition contraire expresse, toute absence de service fait donne lieu à une retenue sur traitement, et ce quel qu'en soit le motif.

9. Si l'absence de service fait s'oppose au versement de son traitement à un agent public, l'administration ne peut légalement opposer l'absence de service fait à cet agent lorsque cette circonstance ne lui est pas imputable et résulte au contraire d'une faute de l'administration, que ce soit par méconnaissance de son obligation de placer les agents en situation régulière ou en raison d'obstacles matériels mis au bon accomplissement de leurs fonctions.

10. Il résulte de l'instruction que deux jours d'absence non rémunérés portant sur les mois de juillet et août 2022 ont été récupérés sur les salaires d'août et septembre 2022 de Mme A. La chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe fait valoir qu'elle était en situation de compétence liée dès lors que Mme A n'a pas effectué ses heures de service. Cependant, par sa note de service du 12 juillet 2022, l'administration a contraint Mme A aux horaires d'été alors que le seul mécanisme de compensation qui était prévu s'opérait par une réduction des droits à congés payés dans la limite de deux jours. Or, Mme A avait épuisé ses droits à congés payés avant la communication de la note de service et ne pouvait dès lors pas bénéficier de ce mécanisme de compensation. En outre, elle ne s'est pas opposée à réaliser les 35 heures hebdomadaires prévues à l'annexe X du statut. En conséquence, l'absence de service fait n'est pas imputable à la requérante mais à l'administration qui n'avait prévu aucune autre modalité de compensation des horaires d'été notamment pour les agents ayant épuisé leurs droits à congés avant l'édiction de cette note. Par suite, elle ne pouvait légalement procéder à des retenues sur les salaires de Mme A en lui opposant l'absence de service fait.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions révélées par ses bulletins de salaire portant retenues de deux jours de salaire pour absence de service fait.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique le versement à Mme A de la somme de 138,94 euros correspondant aux retenues opérées au titre de deux jours d'absence. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe de verser ladite somme à l'intéressée dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le président de la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe a procédé à une retenue globale de 138,94 euros sur les salaires des mois d'août et septembre 2022 de Mme A sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe de verser à Mme A la somme de 138,94 euros dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions de chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la chambre des métiers et de l'artisanat de la région Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Nadège Mahé, présidente,

Mme Hélène Bentolila, conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

Signé

K. BAKHTALa présidente,

Signé

N. MAHELa greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. CETOL

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