jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2101026 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | MARCIGUEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2021, M. B A C, représenté par Me Marciguey, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2020 par lequel le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Guyane de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de faire procéder à la suppression de son signalement du système d'information Schengen, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté litigieux ne justifie pas de sa compétence ;
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'erreur de fait dès lors que le préfet a retenu à tort que ses trois enfants résidaient en Haïti alors que seuls l'aîné et le cadet, majeurs, demeuraient en Haïti, le benjamin résidant en France depuis sa naissance ;
- elle est entachée d'erreurs de droit dès lors que, d'une part, le préfet a vérifié si son employeur avait sollicité une autorisation de travail alors qu'une telle autorisation n'est pas exigée dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour et, d'autre part, il a vérifié s'il justifiait d'un niveau de revenus suffisant alors qu'une telle condition ne subordonne pas la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de base légale et d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de base légale et d'une insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'alinéa 3 de l'article L. 511-1, II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'alinéa 8 de l'article L. 511-1, III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 17 avril et 11 mai 2023, le préfet de la Guyane, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 22 avril 2021, M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bernabeu ;
- M. A C et le préfet de la Guyane n'étant ni présents, ni représentés.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant haïtien né en 1976, est, selon ses déclarations, entré en France en 2016. Il a sollicité le 29 mars 2019 le bénéfice d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 juin 2020, le préfet de la Guyane lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. A C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. D'une part, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, par un arrêté n° R03-2020-02-27-003 du 27 février 2020, le préfet de la Guyane a donné délégation à M. E, directeur général de la sécurité, de la réglementation et des contrôles, à l'effet de signer les décisions prévues sous la rubrique intitulée " en matière d'éloignement et de contentieux ", et notamment les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français avec et sans délai, les refus de séjour et les interdictions de retour sur le territoire français. Par un arrêté n° R03-2020-03-18-002 du 18 mars 2020, publié le 19 mars suivant au recueil des actes administratifs de l'Etat n° R03-2020-056, M. F, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu une subdélégation de signature de la part de M. E pour l'ensemble des décisions relevant de la rubrique précitée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : /1° Si l'étranger ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; [] 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; [] La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée ".
4. Il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que celui-ci vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que les dispositions des articles L. 313-10, L. 313-14 et L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Le préfet indique ensuite que M. A C déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 4 février 2016, de sorte qu'il ne peut bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-10 du code précité. Il relève qu'il ne présente qu'une promesse d'embauche du 31 décembre 2018 sans produire aucune fiche de paie et qu'aucune des pièces versées au dossier ne permet de démontrer l'existence d'une activité professionnelle stable et ancienne en France. Il ajoute qu'il ne présente aucun avis d'imposition, de sorte qu'il ne prouve pas disposer de ressources susceptibles de couvrir ses besoins. Enfin, le préfet fait état de ce que la possession par l'intéressé d'un certificat de qualification professionnelle n'est pas, à elle seule, de nature à lui conférer un droit au séjour. Si le requérant soutient que le préfet ne vise pas précisément les dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant de fonder une obligation de quitter le territoire français, l'ensemble des mentions précitées sont néanmoins suffisantes pour permettre au requérant de connaître le fondement juridique et les éléments de fait à l'origine de la mesure d'éloignement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " II. - L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. [] Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : [] 3° S'il existe un risque que l'étranger se soustraie à cette obligation. Ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : [] d) Si l'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".
6. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que celui-ci vise l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de ce que M. A C s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, mentionnée comme étant celle du 27 février 2018. Par suite, la décision portant refus de délai de départ volontaire comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement.
7. En outre, il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté litigieux que tant la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui doit être regardée comme étant fondée sur les dispositions du 3° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que celle portant refus de délai de départ volontaire, qui elle doit être regardée comme étant fondée sur les dispositions du d) du 3° de l'article L. 511-1, II du code précité, seraient entachées d'un défaut de base légale.
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " III. - L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. /Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour [] La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
9. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux, qui vise les textes applicables, que celui-ci indique que M. A C est entré irrégulièrement sur le territoire français le 4 février 2016, qu'il s'est maintenu illégalement sur le territoire français malgré un lien ténu avec celui-ci et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 27 février 2018. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux fait état d'un examen d'ensemble de la situation de l'intéressé, de sorte qu'il doit être regardé comme étant suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, en tant qu'il concerne l'interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
10. Aux termes de l'article L. 313-14 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 ". L'article L. 5221-5 du code du travail dispose qu'" un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnées au 2° de l'article L. 5221-2 ", c'est-à-dire " un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". L'article L. 5221-6 du même code précise que la délivrance d'un titre de séjour ouvre droit, dans les conditions fixées aux chapitres III à VI du titre Ier du livre III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à l'exercice d'une activité professionnelle salariée.
11. Dans l'hypothèse où le préfet examine d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il lui appartient de vérifier s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une telle carte de séjour temporaire. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté ou les conditions de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
12. Si le dispositif de régularisation institué à l'article L. 313-14 ne dispense pas l'étranger d'obtenir l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 du code du travail avant que soit exercée l'activité professionnelle considérée, toutefois, l'examen de sa situation sur ce fondement n'a pas à être instruite selon les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail mentionnée à son article L. 5221-2.
13. Par suite, c'est à tort que le préfet de la Guyane, examinant d'office si M. A C, qui se prévalait d'une promesse d'embauche du 31 décembre 2018, pouvait prétendre au bénéfice d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, a rejeté cette possibilité au motif que l'intéressé ne produisait pas le formulaire dûment renseigné par son employeur sollicitant l'autorisation de travail, prévue à l'article L. 5221-2 du code du travail.
14. Toutefois, l'arrêté litigieux est également fondé sur le fait que M. A C, qui ne produit aucune fiche de paie ni aucun avis d'imposition faisant état d'un quelconque revenu, ne démontre pas exercer une activité professionnelle stable et ancienne sur le territoire français et ne prouve pas disposer de ressources susceptibles de couvrir ses besoins. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ces motifs, qui ne sont pas entachés d'erreur de droit, dès lors qu'ils relèvent de la situation personnelle de l'intéressé dont le préfet a à connaître pour rechercher l'existence de motifs exceptionnels permettant son admission au séjour. Par suite, il y a lieu d'écarter les moyens d'erreur de droit relatifs à l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. Si M. A C soutient que la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2016, à l'âge de 40 ans, et qu'il est célibataire et sans emploi. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
16. La circonstance que sa fille benjamine résiderait en France, alors qu'elle n'était pas née à la date de la décision litigieuse, n'est pas de nature à modifier l'appréciation que le préfet de la Guyane aurait porté sur sa situation personnelle, au regard de ce qui a été dit au point précédent.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
17. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
18. M. A C soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors que, présent sur le territoire français depuis 2016, il y vit avec sa fille née en France. Si M. A C doit être regardé comme justifiant de sa présence sur le territoire français depuis 2016, par la production de documents administratifs, il est toutefois constant qu'arrivé sur le sol français à l'âge de 40 ans, il est célibataire et sans emploi. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Elle n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
20. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
21. La décision portant obligation de quitter le territoire français ne saurait avoir eu ni pour objet, ni pour effet de séparer M. A C de sa fille, G D, née le 12 juillet 2020, postérieurement à l'arrêté litigieux. Dans ces conditions, le préfet de la Guyane n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
22. Il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté litigieux que le préfet, après avoir constaté que M. A C s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement en date du 27 février 2018, se serait cru en situation de compétence liée en refusant le délai de départ volontaire à l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3ème alinéa de l'article L. 511-1, II su code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
23. Eu égard à ce qui a été retenu aux points précédents, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant refus de délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
24. Il ne résulte pas de ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire seraient entachées d'illégalité. Par suite, M. A C ne saurait utilement soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français serait illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de ces décisions.
25. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard à la situation du requérant sur le territoire français, que le préfet de la Guyane aurait méconnu les dispositions de l'alinéa 8 de l'article L. 511-1, III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
26. Il résulte de tout ce qui précède que M. A C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
27. Les dispositions de l'article de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Bernabeu, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
S. BERNABEU
Le président,
Signé
L. MARTIN Le greffier,
Signé
S. MERCIER
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026