Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 septembre 2023, la société par actions simplifiée Société des mines de Saint-Elie, représentée par Me Laffitte, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 21 mars 2023 par lequel les ministres de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et de la transition énergétique ont refusé de faire droit à sa demande de prolongation de concession de mines d’or dite « concession de Saint-Elie » sur le territoire des communes de Mana et de Saint-Elie, ensemble, la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé contre cet arrêté ;
2°) d’enjoindre à l’Etat de prolonger la concession de mines d’or « concession de Saint-Elie » conformément à la demande qu’elle a formulée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’arrêté en litige a été pris sur le fondement d’un rapport de la direction générale des territoires et de la mer de Guyane entaché de partialité et révélant une situation de conflit d’intérêts ;
- l’obligation de motivation en fait de l’arrêté a été méconnue au regard du retard pris pour statuer sur sa demande de prolongation, sur des éléments non actualisés ;
- le principe du contradictoire a été méconnu au regard des articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration et L. 114-3 du code minier et en l’absence de mise à jour de son dossier de demande de prolongation postérieurement au jugement rendu par le tribunal administratif de la Guyane le 2 juillet 2020 et à l’avis du conseil général de l’économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies du 16 janvier 2023 ;
- l’avis du conseil général de l’économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies du 16 janvier 2023 est fondé sur des informations erronées et non actualisées ;
- sa demande de prolongation a été, à tort, examinée sur le fondement de l’article L. 132-1 du code minier qui concerne la procédure initiale d’octroi de concession de mine ;
- l’autorité administrative était en situation de compétence liée pour prolonger la concession en litige au regard des dispositions de l’article L. 144-4 du code minier interprétées au regard de la décision n° 2021-971 QPC du 18 février 2022 rendue par le Conseil constitutionnel, dès lors qu’elle exploitait effectivement la concession minière de Saint-Elie au 31 décembre 2018 ;
- l’arrêté est entaché d’erreurs manifestes d’appréciation et d’inexactitudes matérielles.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2024, le ministre de l’économie, des finances et de l’industrie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche qui n’a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 10 décembre 2024, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 janvier 2025.
Les parties ont été invitées, en application de l’article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l’instruction.
La société des mines de Saint-Elie a produit, en réponse, des pièces enregistrées les 19 et 28 mai 2025 qui ont été communiquées.
Le ministre de l’économie, des finances et de l’industrie a produit des pièces enregistrées les 19 et 23 mai 2025 qui ont été communiquées.
Vu :
- le jugement n° 1801282 du 2 juillet 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’environnement ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code minier (nouveau) ;
- la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 ;
- l’ordonnance n° 2011-91 du 20 janvier 2011 ;
- l’ordonnance n° 2022-536 du 13 avril 2022 ;
- le décret n° 2006-648 du 2 juin 2006 ;
- le décret n° 2025-851 du 27 août 2025 ;
- l’arrêté du 28 juillet 1995 fixant les modalités selon lesquelles sont établies les demandes portant sur les titres miniers et leurs annexes ;
- la décision n° 2021-971 QPC du 18 février 2022 du Conseil constitutionnel ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Lebel a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Par décret du 24 avril 1996 la concession de mines d’or dite « concession de Saint-Elie » a été cédée à la société des mines de Saint-Elie. Par un courrier du 25 mars 2016 enregistré le 13 avril 2016, la société des mines de Saint-Elie a sollicité la prolongation de la concession minière, dite « concession de Saint-Elie » située sur le territoire des communes de Mana et de Saint-Elie sur une surface de 99 kilomètres carrés, pour une période de 25 ans. Une enquête publique s’est tenue du 1er septembre au 2 octobre 2017 et a donné lieu à un rapport de la commissaire enquêtrice du 30 novembre 2017. Eu égard au silence gardé par l’administration sur sa demande, la société requérante a sollicité, par courrier du 6 juin 2018, la communication des motifs du rejet implicite de cette demande de prolongation. Par un courrier du 6 août 2018, le ministre de l’économie et des finances l’a informée qu’il lui serait difficile de prendre une décision explicite dans le délai de deux mois et lui a précisé la possibilité pour elle d’introduire un recours contentieux dans ce même délai. Par un courrier du 2 janvier 2019, le préfet de la Guyane a demandé des pièces complémentaires à la société, reçues les 20 février et 3 juillet 2019. Par un jugement n° 1801282 du 2 juillet 2020, le tribunal administratif a annulé, pour défaut de motivation, la décision implicite de rejet de la demande de prolongation de concession de la société des mines de Saint-Elie, et a enjoint au ministre de l’économie et des finances de réexaminer la demande de la société dans un délai de six mois à compter de la notification de ce jugement. Par un arrêté du 21 mars 2023, notifié le 30 mars suivant, les ministres de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et de la transition énergétique ont refusé de faire droit à sa demande de prolongation de concession de mines d’or dite « concession de Saint-Elie ». Par un courrier du 25 mai 2023, notifié le lendemain, la société des mines de Saint-Elie a formé un recours gracieux contre cet arrêté et une décision implicite de rejet est née le 26 juillet 2023. Par sa requête, la société des mines de Saint Elie demande l’annulation de cet arrêté, ensemble, la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur le cadre juridique du litige :
D’une part, aux termes de l’ancien article L. 144-4 du code minier : « Les concessions de mines instituées pour une durée illimitée expirent le 31 décembre 2018. / La prolongation des concessions correspondant à des gisements exploités à cette date est accordée de droit dans les conditions prévues à la sous-section 2 de la section 1 du chapitre 2 du présent titre. ». Par sa décision n° 2021-971 QPC du 18 février 2022, le Conseil constitutionnel a déclaré contraires à la Constitution les dispositions de la seconde phrase de l’article L. 144-4 du code minier, dans leur rédaction issue de l’ordonnance du 20 janvier 2011 portant codification de la partie législative du code minier, relatives à la prolongation de plein droit des concessions en cause. Il a relevé, pour ce faire, en premier lieu, que celles-ci ne soumettaient la prolongation de la concession à aucune autre condition que celle de l’exploitation du gisement au 31 décembre 2018, en deuxième lieu, que la décision de prolongation d’une concession minière détermine notamment le cadre général et le périmètre des travaux miniers et, au regard de son objet et de ses effets, est ainsi susceptible de porter atteinte à l’environnement, en troisième lieu, qu’avant l’entrée en vigueur de la loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, ni ces dispositions ni aucune autre disposition législative ne prévoyaient que l’administration prenne en compte les conséquences environnementales de la prolongation d’une concession minière avant de se prononcer sur la demande qui lui était adressée, enfin, qu’est indifférente la circonstance que certaines de ces conséquences pouvaient être, le cas échéant, prises en considération ultérieurement à l’occasion des autorisations de recherches et de travaux devant se dérouler sur le périmètre de la concession. À la date de l’arrêté en litige, l’article L. 144-4 du code minier a été abrogé par l’article 17 de l’ordonnance du 13 avril 2022 modifiant le modèle minier et les régimes légaux relevant du code minier, et conformément au III de l’article 27 de cette ordonnance, « l'instruction des demandes de prolongation de concessions déposées en application de l'article L. 144-4 du code minier sur lesquelles il n'a pas encore été statué à la date d'abrogation de cet article se poursuit dans les conditions prévues à la sous-section 2 de la section 1 du chapitre II du titre IV du livre Ier du même code, dans sa rédaction en vigueur avant la publication de la présente ordonnance » », composée des articles L. 142-7 à L. 142-9 du code minier.
D’autre part, aux termes de l’article L. 114-3 du code minier, applicable, en vertu de l’article 67 de la loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, aux demandes en cours d’instruction à la date de promulgation de cette loi : « II.- La demande d’octroi, d’extension ou de prolongation (…) d’une concession est refusée si l’autorité compétente émet un doute sérieux sur la possibilité de procéder aux recherches ou à l’exploitation du type de gisement mentionné sans porter une atteinte grave aux intérêts mentionnés à l’article L. 161-1 (…) », au nombre desquels figurent « la préservation de la sécurité et de la salubrité publiques, (…) la conservation (…) de la mine et des autres mines, des caractéristiques essentielles du milieu environnant, terrestre ou maritime, et plus généralement la protection des espaces naturels et des paysages, de la faune et de la flore, des équilibres biologiques et des ressources naturelles (…), la conservation des intérêts de l'archéologie (…) ainsi que des intérêts agricoles des sites et des lieux affectés par les travaux et les installations afférents à l'exploitation » et, en outre, « la bonne utilisation du gisement et la conservation de la mine ». Aux termes de l’article L. 132-1 du code minier, dans sa version applicable au litige : « Nul ne peut obtenir une concession de mines s'il ne possède les capacités techniques et financières nécessaires pour mener à bien les travaux d'exploitation et assumer les obligations mentionnées dans des décrets pris pour préserver les intérêts mentionnés à l'article L. 161-1 et aux articles L. 161-1, L. 161-2 et L. 163-1 à L. 163-9. Un décret en Conseil d'Etat définit les critères d'appréciation de ces capacités, les conditions d'attribution des titres ainsi que la procédure d'instruction des demandes ». Aux termes de l’article L. 142-7 du même code, dans sa version applicable jusqu’au 1er juillet 2024 : « La durée d'une concession de mines peut faire l'objet de prolongations successives, chacune d'une durée inférieure ou égale à vingt-cinq ans ». Aux termes de l’article L. 142-8 du même code : « La prolongation d'une concession est accordée par décret en Conseil d'Etat ». Selon son article L. 142-9 : « Au cas où, à la date d'expiration de la période de validité en cours, il n'a pas été statué sur la demande de prolongation, le titulaire de la concession reste seul autorisé, jusqu'à l'intervention d'une décision de l'autorité administrative, à poursuivre ses travaux dans les limites du ou des périmètres sur lesquels porte la demande de prolongation ».
Il résulte de ces dispositions que la décision d’octroi, d’extension ou de prolongation d’une concession minière détermine le cadre général et le périmètre des travaux miniers qui seront ultérieurement réalisés. Si elle confère à son bénéficiaire un droit immobilier lui garantissant le droit de procéder à des travaux de recherches, d’exploration ou d’exploitation miniers, elle a également pour objet d’encadrer les conditions dans lesquelles de tels travaux pourront être réalisés et, dans ce cadre, de prendre en compte les conséquences sur l’environnement de la concession, nonobstant la circonstance que certaines d’entre elles pourront, le cas échéant, être prises en considération ultérieurement à l’occasion des autorisations ou déclarations de recherches et de travaux devant se dérouler sur le périmètre de la concession. En outre, lorsque le titulaire d’une concession souhaite prolonger sa validité, il lui appartient de saisir le ministre chargé des mines d’une demande de prolongation de la validité de ce titre. L’administration se fonde notamment sur les capacités techniques et financières du demandeur, au vu d’un dossier comportant un mémoire technique faisant état des travaux réalisés et des résultats enregistrés dans le cadre de la concession arrivée à expiration, du programme général des travaux projetés pendant la prolongation sollicitée, du potentiel du gisement et sa durée d’exploitation prévisible et des moyens garantissant la remise en état du site à l’issue de l’exploitation. Le refus de délivrance de l’autorisation de prolonger la concession sollicitée par le pétitionnaire est, par ailleurs, soumis à un contrôle normal du juge.
Enfin, en vertu de l’article L. 115-1 du code minier, les autorisations prises au titre de ce code sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge du plein contentieux des décisions rendues à ce titre d’apprécier le respect des règles relatives à la forme et à la procédure régissant la demande d’autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de délivrance de l’autorisation et celui des règles de fond régissant le projet en cause au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que, par un jugement n° 1801282 du 2 juillet 2020, le tribunal administratif a annulé la décision implicite de rejet de la demande de prolongation de concession de la société des mines de Saint-Elie, et a enjoint au ministre de l’économie et des finances de réexaminer la demande de la société dans un délai de six mois à compter de la notification de ce jugement. Il devait, ainsi, être procédé à cette injonction au vu des éléments de droit et de fait existant à la date de ce réexamen. À la date de l’arrêté en litige, l’administration était, ainsi tenue, d’examiner la demande de la société des mines de Saint-Elie au regard des dispositions des articles L. 114-3, L. 132-1, L. 142-7 à L. 142-9 et L. 161-1 du code minier, alors en vigueur.
Il résulte, par conséquent, de ce qui précède que les dispositions de l’article L. 144-4 du code minier, alors abrogées à la date d’instruction de la demande de la société des mines de Saint-Elie, n’étaient plus applicables. Dès lors, la société requérante n’est ni fondée à soutenir que sa demande de prolongation de concession de mine devait être appréciée au regard de l’article L. 144-4 du code minier, ni que l’autorité administrative était en situation de compétence liée pour lui accorder cette prolongation sur le fondement de ces dispositions abrogées. Il lui appartenait, au contraire, de statuer, notamment, au regard des dispositions de l’article L. 132-1 du code minier et de prendre en compte les conséquences environnementales de la prolongation de la concession minière concernée. Par suite, ces moyens ne peuvent qu’être écartés.
Sur la régularité de l’arrêté du 21 mars 2023 :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) / 7° Refusent une autorisation (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».
Il ressort des pièces du dossier que l’acte litigieux, qui refuse une autorisation, constitue une décision administrative individuelle défavorable et doit, dès lors, être motivé. Or, contrairement à ce que soutient la société requérante, l’arrêté en litige comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement et indique, à cet égard, que le refus de prolongation de la concession est fondé sur l’absence de définition avec précision par la société pétitionnaire, des ressources et réserves aurifères des gisements qui nécessitent encore d’importants travaux de prospection, sur une surface et une durée sollicitées qui ne sont pas en adéquation avec le programme de travaux proposé, sur l’insuffisance de ses moyens financiers et l’absence d’expérience en matière d’exploitation d’or primaire de la société. En outre, le moyen tiré du défaut de prise en compte des capacités financières postérieures à 2018 de la société relève du bien-fondé de l’arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en fait de l’arrêté du 21 mars 2023 doit être écarté.
En deuxième lieu, le retard allégué dans le traitement de sa demande par la société des mines de Saint-Elie n’a pas d’incidence sur la légalité de l’arrêté attaqué. Par conséquent, ce moyen doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code général de la fonction publique : « L'agent public exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité ». Selon son article L. 121-5 : « Au sens du présent code, constitue un conflit d'intérêts toute situation d'interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés qui est de nature à influencer ou paraître influencer l'exercice indépendant, impartial et objectif des fonctions de l'agent public. ». Ainsi, au nombre des principes généraux du droit qui s'imposent à toute autorité administrative figure le principe d'impartialité, qui implique l’absence de situation de conflit d’intérêts.
Il ressort des pièces du dossier que M. A..., chef de l’unité industries extractives de la direction générale des territoires et de la mer de Guyane et en charge du rapport du 21 février 2021 d’instruction de la demande de la société des mines de Saint-Elie, a été employé par cette même société à compter du 20 novembre 2012. Toutefois, cette seule circonstance ne saurait suffire à caractériser une situation de conflit d’intérêts dès lors, d’une part, que le rapporteur avait été licencié le 8 décembre 2012, par la société, plus de trois ans avant la saisine du préfet pour la rédaction du rapport, le 18 avril 2016. Il n’est pas établi qu’il aurait, postérieurement à son licenciement et au moment de l’instruction de la demande de la société, maintenu une relation avec des membres de cette société ou divulgué des informations confidentielles, la clause de confidentialité concernant, par ailleurs, les rapports directs entre le rapporteur et la société des mines de Saint-Elie, ne peut être utilement invoquée à l’appui du moyen tiré du défaut d’impartialité de ce rapport. D’autre part, il ne ressort pas des éléments produits au dossier que le chef de l’unité industries extractives de la direction générale des territoires et de la mer de Guyane aurait présenté le rapport devant la commission départementale des mines, qui s’est réunie le 19 mars 2021, de manière subjective, à charge contre la société pétitionnaire. Il en va de même des éléments contenus dans le rapport lui-même, qui, s’il a conduit à rendre un avis défavorable à la demande de la société requérante, prend en considération des éléments en faveur de la société, tels que ses investissements en matière minière et de réhabilitation, l’expérience de ses cadres dirigeants, une exploitation aurifère soutenue ou encore sa capacité à conclure des partenariats d’investissement. En outre, la société ne précise pas la nature des informations inexactes transmises à l’autorité administrative décisionnelle pour défendre l’avis défavorable pris par la direction générale des territoires et de la mer. Enfin, la circonstance que certaines autorités administratives aient rendu un avis favorable à la demande de la société n’est pas de nature à démontrer le manque d’impartialité lors de l’instruction de la demande de la société par M. A... alors, au demeurant, que certaines autres institutions ont également rendu un avis défavorable au projet ou émis des réserves. Par suite, il ne ressort d’aucune des constatations et conclusions opérées par le rapporteur de la direction générale des territoires et de la mer, dont l’appartenance à la société requérante n’a été que très ponctuelle et ancienne, qu’il aurait manifesté une animosité personnelle, une partialité subjective ou un parti pris sur la demande de prolongation de concession, alors que l’intéressé n’a pas directement participé à l’adoption de l’arrêté attaqué et que d’autres instances ont été consultées sur ce projet. Le moyen tiré du défaut d’impartialité et de l’existence d’une situation de conflit d’intérêt doit, dès lors, être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 114-3 du code minier : « (…) II.-La demande d'octroi, d'extension d'un permis exclusif de recherches ou la demande d'octroi, de prolongation ou d'extension d'une concession est refusée si l'autorité compétente émet un doute sérieux sur la possibilité de procéder aux recherches ou à l'exploitation du type de gisement mentionné sans porter une atteinte grave aux intérêts mentionnés à l'article L. 161-1. / En cas de doute sérieux, le demandeur est au préalable invité à présenter ses observations et, le cas échéant, à modifier la demande, par dérogation à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. (…) ». Selon l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ». Et son article L. 122-1 dispose que : « Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / (…) ».
D’une part, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration est inopérant à l’encontre de l’arrêté portant refus de prolonger une concession minière, qui constitue une demande sur laquelle il est statué. D’autre part, à les supposer invoquées, la société des mines de Saint-Elie n’est pas fondée à soutenir que l’arrêté méconnait les dispositions des articles L. 114-1 et L. 114-2 du code minier, qui n’entraient en vigueur qu’à compter du 1er juillet 2024 en vertu de l’article 27 de l’ordonnance du 13 avril 2022 modifiant le modèle minier et les régimes légaux relevant du code minier. Enfin, il ressort des termes mêmes de l’arrêté attaqué qu’il est fondé sur les dispositions de l’article L. 132-1 du code minier, eu égard à l’absence de capacités techniques et financières de la société requérante et non pas sur un doute sérieux de procéder aux recherches ou à l’exploitation du gisement sans porter atteinte aux intérêts environnementaux mentionnés à l’article L. 161-1 de ce code. Par suite, les dispositions du second alinéa du II de l’article L. 114-3 du code minier, applicables à la date de l’arrêté attaqué, sont inopérantes à l’encontre de ce dernier. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.
En cinquième lieu, dès lors que la demande de prolongation de concession de mines d’or de la société requérante a été présentée avant le 1er juillet 2024, il résulte des dispositions de l’article 86 du décret du 27 août 2025 relatif aux titres miniers et aux titres de stockage souterrain, que ses dispositions ne sont pas applicables au présent litige. Par conséquent, il y a lieu d’appliquer les dispositions du décret du 2 juin 2006 relatif aux titres miniers et aux titres de stockage souterrain.
Aux termes de l’article 3 du décret du 2 juin 2006 relatif aux titres miniers et aux titres de stockage souterrain : « Les projets de décisions relatifs aux titres miniers et de stockage souterrain sont soumis à l'avis du Conseil général de l'économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies. ».
Ainsi qu’il a été dit au point 12 du présent jugement, il ne résulte pas de l’instruction que le rapport rendu par la direction générale des territoires et de la mer, le 23 février 2021, aurait été entaché d’impartialité et aurait révélé une situation de conflit d’intérêts. En outre, s’il apparaît bien que le service instructeur a refusé de mettre à jour le dossier de demande de la société en 2021, notamment de prendre en compte de nouveaux éléments et de déplacer la date de réunion de la commission départementale des mines, il ne ressort d’aucune disposition législative ou réglementaire qu’il était tenu d’y procéder alors que sa demande a été enregistrée le 13 avril 2016 et que des compléments ont été reçus en janvier, mai 2017, février et juillet 2019. Par suite, la société des mines de Saint-Elie n’est pas fondée à soutenir que la procédure aurait été viciée dès lors que l’avis du conseil général de l'économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies serait fondé sur des informations erronées et non actualisées de la part de la direction générale des territoires et de la mer.
Sur le bien-fondé de l’arrêté du 21 mars 2023 :
Pour refuser de prolonger la concession de mines d’or « Concession de Saint-Elie », les ministres de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et de la transition énergétique ont retenu que les ressources et réserves aurifères de Devis, Michel et Pédral ne sont pas suffisamment définies, que la surface et la durée sollicitées ne sont pas en adéquation avec le programme de travaux, que le financement du projet d’exploitation d’or primaire nécessiterait un investissement de 16 millions d’euros, notamment par des autorisations d’exploitation dont la société ne dispose plus et l’absence d’expérience de la société en matière d’exploitation d’or primaire, pour conclure au défaut de capacités techniques et financières requises par l’article L. 132-1 du code minier.
En premier lieu, aux termes de l’article 5 du décret du 2 juin 2006 relatif aux titres miniers et aux titres de stockage souterrain : « Afin de justifier de ses capacités financières, le demandeur d'un titre fournit, à l'appui de sa demande et dans les mêmes conditions qu'à l'article précédent : / a) Les trois derniers bilans et comptes de l'entreprise ; b) Les engagements hors bilan de l'entreprise, les garanties et les cautions consenties par elle, une présentation des litiges en cours et des risques financiers pouvant en résulter pour l'entreprise ; / c) Les garanties et cautions dont bénéficie l'entreprise. / Si le demandeur n'est pas en mesure de fournir les documents visés au a ci-dessus, il peut être autorisé à prouver ses capacités financières par tout autre document approprié. (…) ». Lorsque le pétitionnaire se prévaut d’appuis extérieurs, il doit produire des documents contractuels établissant un engagement clair, précis et certain de participer, sous la réserve éventuelle de l’octroi effectif de l’autorisation, à la réalisation du programme envisagé et des mesures qui viendraient à être prescrites pour la remise en état des sites, afin de garantir le respect par le bénéficiaire de l’autorisation des intérêts environnementaux et des règles relatives à la responsabilité en matières de travaux miniers.
D’une part, il résulte de l’instruction et n’est pas contesté par la société que le projet d’exploitation d’or primaire présenté à l’appui de la demande de prolongation de concession de mines d’or en litige nécessite l’investissement d’environ 16 millions d’euros. La société établit, par le tableau de flux de trésorerie produit, pouvoir financer 1 million d’euros en capital initial. En revanche, elle n’allègue pas disposer elle-même des financements propres pour réaliser les deuxième et troisième phases de son programme mais simplement pouvoir le séquencer et compter, dès lors, sur des fonds externes dès la deuxième partie du projet ou sur la souscription de prêts bancaires. Cela ressort, notamment, du document administratif qu’elle a produit à l’appui de sa demande, le projet nécessitant des levées de fonds importantes et reposant sur une démarche de financements externes. Le rapport d’enquête publique du 30 novembre 2017 constate, à cet égard, l’absence de document confortant les annonces faites par la société. En outre, le rapport d’expertise de la société GoldMinds Geoservices de février 2019 conclut que le plan de développement proposé par la société est justifié au regard du potentiel de découverte de ressources supplémentaires. Toutefois, ses conclusions sont nuancées, évoquant dès les deux premières phases de réalisation du projet un coût d’investissement de 5 millions d’euros sur les quatre premières années et la nécessité d’un partenaire investisseur pour augmenter la capacité financière d’exploration de la société dont le chiffre d’affaires total des chantiers alluvionnaires et éluvionnaires destinés à financer une partie du projet pour la période 2019-2026 n’est estimée qu’à hauteur de 9 millions d’euros, tel que cela ressort de son programme d’exploitation 2018-2068. Cette étude constate également que les rendements attendus sont hypothétiques au regard du potentiel aurifère découvert à ce stade. Le rapport de la direction générale des territoires et de la mer, dont l’impartialité n’est pas sérieusement remise en cause, mentionne, pour sa part, un changement de modèle économique pour la société des mines de Saint-Elie et la société par actions simplifiée Compagnie minière Espérance, qui détient la société des mines de Saint-Elie à 100%, entraînant une détérioration de leur chiffre d’affaires et une hausse des charges liées aux dépenses d’exploration conduisant à des résultats déficitaires entre 2017 et 2019. La société des mines de Saint-Elie ne produit pas, à l’appui de ses allégations, les pièces comptables relatives aux exercices 2020 à 2023 susceptibles de démontrer ses capacités financières postérieurement à 2019. Par ailleurs, il ressort du « business plan » produit par la société requérante que les autorisations d’exploitation aurifère alluviale destinées à financer le projet de la concession de Saint-Elie arrivaient à échéance en 2023, et que seule une autorisation d’exploiter la crique Amadis 4 détenue par la Compagnie minière Espérance courait jusqu’en 2025, ce qui n’est donc pas de nature à établir les capacités de financement futur de son projet d’exploitation d’or primaire par ses exploitations d’or secondaire, pour lesquelles elle ne produit aucune pièce relative aux rendements estimés ou générés, à la date du présent jugement.
D’autre part, si la société fait valoir, à l’appui du dossier technique annexé à son recours gracieux du 25 mai 2023, sa capacité à rechercher des investisseurs et à signer des partenariats, à financer de nombreux projets depuis 1990 ou encore l’investissement de 50 millions d’euros dans l’exploration minière, elle se prévaut, seulement, d’investissements passés. Elle ne produit, pour l’avenir, aucun engagement ferme, d’une part, de la compagnie minière Espérance, de nature à démontrer qu’elle s’engage juridiquement à garantir financièrement le projet de la société des mines de Saint-Elie et alors qu’elle fait elle-même preuve de difficultés de financement, à la suite du projet de concession Espérance dont la demande de prolongation de concession est également en cours d’instruction. Elle ne produit pas, d’autre part, les éléments du projet minier développé par la Compagnie minière Espérance en partenariat avec la société Newton évoqué dans ses écritures. En outre, la notoriété et l’ancienneté de la société des mines de Saint-Elie ainsi que la circonstance qu’elle ait déjà réalisé des travaux d’exploitation d’or sur les secteurs Michel et Devis depuis 2006 sont sans influence sur la portée de son obligation de démontrer ses capacités financières pour le présent projet. Par ailleurs, si elle établit avoir reçu des courriers et prises de contact de la part d’investisseurs dans l’optique d’un partenariat « potentiel », notamment en décembre 2019 et en juin 2023, elle ne produit aucun engagement clair, précis et certains de leur part sur l’investissement en cause, même conditionné à l’octroi de la prolongation de concession. C’est également ce que constate la commissaire-enquêtrice dans ses conclusions du 30 novembre 2017 qui déplore l’absence de document attestant des contacts pris avec des investisseurs internationaux. Il en va de même s’agissant de sa volonté de faire appel au fonds européen de développement régional et à des emprunts bancaires, à hauteur de 10 millions d’euros, pour lesquels aucun engagement ferme de la part de ces institutions n’est produit.
Enfin, en l’espèce, la société des mines de Saint-Elie doit être regardée comme soutenant que ses capacités financières n’ont été examinées qu’au regard des exercices comptables de 2016 à 2018, l’arrêté datant du 21 mars 2023. Il résulte, ainsi, de l’instruction que la société requérante a apporté des compléments les 18 janvier, 10 mars 2017, 21 février et 4 juillet 2019 et que le rapport de la direction générale des territoires et de la mer du 23 février 2021 mentionnait qu’une analyse plus poussée des capacités financières de la pétitionnaire devait être réalisée sur la base d’éléments comptables des années 2019 et 2020. Or, si l'annulation d'une décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire droit à une demande oblige l'administration à statuer à nouveau sur la demande dont elle demeure saisie dans le respect de l'autorité de la chose jugée, l'étendue des obligations pesant sur elle est fonction de la nature du motif de l'annulation prononcée et dépend, en outre, lorsque sa décision n'est pas destinée à combler pour le passé un vide juridique, d'un éventuel changement dans les circonstances de droit et de fait qui serait survenu entre la date d'intervention de la décision initiale qui a été annulée et la date à laquelle l'administration est appelée à prendre une nouvelle décision. Ainsi, bien que l’article 5 du décret du 2 juin 2006 n’impose pas à l’administration de statuer sur la demande au regard des trois derniers bilans et comptes de la société à la date de son examen, eu égard aux effets de l’annulation prononcée par le tribunal administratif le 2 juillet 2020, il lui appartenait de prendre en compte tout changement dans les circonstances de fait, notamment, sur les capacités financières de la société, pour apprécier sa demande de prolongation de concession minière. Toutefois, en l’espèce, la société se borne à soutenir que ses bilans et comptes pour les années 2019 à 2022 n’ont pas été pris en compte sans les produire et sans établir le changement dans les circonstances de fait qui en résulterait. En outre, elle ne peut, ainsi qu’il a été énoncé au point précédent, se prévaloir de négociations avec un investisseur externe qui n’auraient pas donné lieu à un accord clair, précis et certain, sans incidence sur l’examen réalisé par l’administration. Par suite, la société des mines de Saint-Elie n’est pas fondée à soutenir que l’arrêté en litige serait entaché d’une erreur d’appréciation de ses capacités financières.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 4 du décret du 2 juin 2006 : « Afin de justifier de ses capacités techniques, le demandeur d'un titre fournit à l'appui de sa demande, outre les documents mentionnés, selon le cas, aux articles 17 ou 24 : / a) Les titres, diplômes et références professionnelles des cadres de l'entreprise chargés de la conduite et du suivi des travaux d'exploration ou d'exploitation de mines ou de la conduite des travaux de recherches, de création, d'essais, d'aménagement et d'exploitation de stockage souterrain ; / b) La liste des travaux d'exploration ou d'exploitation de mines ou des travaux de recherches, de création, d'essais, d'aménagement et d'exploitation de stockage souterrain auxquels l'entreprise a participé au cours des trois dernières années, accompagnée d'un descriptif sommaire des travaux les plus importants ; / c) Un descriptif des moyens humains et techniques envisagés pour l'exécution des travaux. / d) En Guyane, lorsque la demande porte sur un espace compris dans les zones 1 ou 2 du schéma départemental d'orientation minière, la justification de l'adhésion à une charte des bonnes pratiques approuvée par le représentant de l'Etat et du respect de celle-ci. / Le demandeur peut être invité à apporter des précisions complémentaires sur les éléments d'information et les pièces mentionnés au présent article ». Selon son article 24 : « La demande de concession est assortie d'un dossier comportant les pièces nécessaires à l'identification du demandeur, un mémoire technique, un descriptif des travaux d'exploitation, des documents cartographiques, une notice d'impact telle qu'elle est définie au premier alinéa de l'article 17, l'engagement, prévu à l'article 25 du code minier, de respecter les conditions générales de la concession et, en tant que de besoin, la convention établie avec le titulaire d'un titre minier ou d'un titre de stockage souterrain ou d'un titre de stockage géologique de dioxyde de carbone existant, réglant leurs droits et obligations réciproques. En outre, pour les stockages souterrains, la demande comporte le périmètre de stockage, le périmètre de protection, la nature et le volume maximal estimé du produit dont le stockage est envisagé. (…) ». Aux termes de l’article 10 de l’arrêté du 28 juillet 1995 fixant les modalités selon lesquelles sont établies les demandes portant sur les titres miniers et leurs annexes : « La demande par laquelle la prolongation d'un titre minier est sollicitée indique: / - les nom et domicile du ou des demandeurs; / - la durée de la prolongation; (…) ». Aux termes de l’article 11 du même arrêté : « A la demande sont jointes les pièces suivantes: / 1. Les renseignements et pièces nécessaires à l'identification du demandeur prévus par l'article 3 ci-dessus ; / 2. Un mémoire détaillé qui indique les travaux déjà exécutés, leurs résultats et, dans le cas d'un permis exclusif de recherches, les dépenses déjà faites en vertu des engagements antérieurement pris. Il précise dans quelle mesure les objectifs indiqués dans la demande initiale ont été atteints et indique les perspectives qui justifient le choix du ou des périmètres que le titulaire demande à conserver ; / 3. Lorsque la demande porte seulement sur une partie de la surface du titre, les documents cartographiques prescrits à l'article 6 ci-dessus en nombre identique et comportant les limites du ou des périmètres visés au 2 du présent article ; / La surface à prendre en considération pour la détermination de l'échelle des extraits de cartes à fournir est la surface du permis initialement institué; / 4. Un programme général des travaux que le demandeur projette d'exécuter pendant la prolongation sollicitée indiquant, s'il s'agit d'un permis exclusif de recherches, leur échelonnement et l'effort financier minimal qu'il s'engage à consacrer à leur exécution conformément aux dispositions de l'article 24 du décret no 95-427 du 19 avril 1995 ; / 5. Les documents de nature à justifier les capacités techniques et financières du demandeur pour poursuivre les travaux pendant la prolongation sollicitée énumérés aux articles 3 et 4 du décret no 95-427 du 19 avril 1995 ».
D’une part, pour refuser de prolonger la concession de Saint-Elie, l’administration a retenu que les ressources et réserves aurifères des gisements primaires de Devis, Michel et Pédral ne sont pas définies précisément et nécessitent encore d’important travaux de prospection, ainsi que l’absence de détail des réserves aurifères. C’est, également ce que relevait le rapport de la direction général des territoires et de la mer jugeant que le potentiel primaire des secteurs sud-ouest, nord-ouest, n’avait pas fait l’objet de prospection et que le secteur nord-est était encore mal connu, nécessitant, même sur les gisements primaires déjà exploités, d’importantes campagnes d’exploration par sondages et l’aménagement de nouvelles installations de traitement. La société des mines de Saint-Elie soutient, pour sa part, que le potentiel minier de Saint-Elie est évalué à 11 445 kilogrammes d’or pour un chiffre d’affaires de 617 millions d’euros, à la date de l’arrêté litigieux, et évoque une production cumulée de plus de 8 tonnes d’or pendant 30 ans. Elle a produit à cet égard un tableau « estimation des gisements » à l’appui du complément adressé à l’administration le 21 février 2019. Cependant, ce tableau fait état de plusieurs ressources hypothétiques, notamment pour le gisement Pédral dont les ressources ne sont pas certifiées en 2017, pour le gisement Michel qui comprend des données inférées et pour le gisement Devis, comprenant des ressources non certifiées datées de travaux d’exploration de 1998. Ce même tableau ne comprend, par ailleurs, que l’état des ressources aurifères et non celui des réserves aurifères, part de ces ressources considérées économiquement exploitables, disponibles à la date à laquelle l’administration a statué. En outre, les rapports GoldMinds Geoservices intitulés « Mineral resource estimation at the Saint-Elie concession » annexés à son complément du 21 février 2019, précisent bien que les ressources minérales ne sont pas des réserves, ce qui ne peut impliquer leur viabilité économique, et que les estimations de ce qui pourrait être extrait de manière économique l’ont ensuite été par simulation de fosse et optimisation. Il est, également, mentionné dans ces rapports que les travaux d’exploration réalisés par la société des mines de Saint-Elie ne sont pas complètement achevés. S’il est relevé que les résultats d'analyse sont suffisamment précis et exacts pour la publication des résultats de forage et la réalisation de cette première estimation des ressources minérales, jugeant que la récupération d’or de 40% prévue par la société était probablement du bon ordre de grandeur, il demeure que les réserves minérales ne sont pas définies, ce qui ne permet pas de déterminer avec précision la quantité d’or qui sera extraite et de justifier les importants investissements prévus par la société. En conclusion, ces rapports recommandent la réalisation d’importants travaux d’exploration, notamment dans les secteurs Devis et Pédral, et de modélisation afin de développer des ressources supplémentaires, tel que l’a retenu l’arrêté en litige sans que la société ne puisse soutenir qu’il s’agit de simples compléments d’informations pour l’amélioration du projet. Les avis du préfet du 22 avril 2021 et du conseil général de l’économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies du 16 janvier 2023 constatent également l’insuffisante définition des ressources et réserves aurifères des gisements projetés. Enfin, la société requérante reconnaît, elle-même, dans ses compléments de février et juillet 2019, qu’aucune campagne de sondage n’a été réalisée dans certains secteurs, comme celui de Saint-Auguste, et qu’elle envisage encore de nouvelles campagnes de sondages profonds ou carottés sur les secteurs Devis, Sable et Pédral ainsi que le développement des gisements découverts sur l’ensemble de la concession. Dès lors, s’il apparaît justifié au vu du projet en cause que la phase d’exploration et de travaux prospectifs se poursuive postérieurement à la prolongation de la concession, les éléments qui précèdent démontrent que les travaux effectués par la société ne permettent pas de déterminer avec certitude les ressources minérales disponibles sur une partie des secteurs d’exploitation envisagés, ainsi que les réserves économiquement viables disponibles sur l’ensemble de la concession, en particulier sur les secteurs Devis, Michel et Pédral.
D’autre part, la société des mines de Saint-Elie conteste le grief contenu dans l’arrêté attaqué tiré de ce qu’elle n’aurait pas d’expérience en matière d’exploitation d’or primaire, au regard de son expertise en matière d’exploration et d’exploitation d’or primaire et de l’ancienneté et de ses capacités passées. Toutefois, la circonstance que la société opère dans le secteur aurifère depuis de nombreuses années et fasse preuve d’une certaine notoriété publique est sans influence sur la portée de son obligation de démontrer ses capacités techniques pour le projet en cause. Ainsi, en l’espèce, l’expérience et les qualifications des cadres dirigeants et des équipes de géologues ne sont pas remises en cause par l’arrêté en litige, ni par le rapport de la direction générale des territoires et de la mer qui reconnaît des moyens humains dotés d’une solide expérience dans l’exploration et l’exploitation aurifère de type alluvionnaire et éluvionnaire. En revanche, concernant les moyens matériels de la société requérante, s’il est mentionné dans ce rapport que la société dispose du matériel nécessaire à la mise en œuvre des travaux d’exploitation d’or secondaire, il apparaît que les installations de traitement des minerais primaires exploités ces quinze dernières années par la société sur le secteur de Devis ont été entièrement démantelées, nécessitant la construction d’une nouvelle usine de traitement, tel que le reconnaît la société dans ses écritures, au cours de la première phase du projet. En ce qui concerne son expérience, le rapport de la direction générale des territoires et de la mer mentionne une exploitation primaire et alluvionnaire par la société depuis près de quinze ans et la reprise d’une activité importante d’exploration primaire à la suite de la société Guyanor. Cependant, ses capacités d’exploitation de gisements primaires nécessitent de nouveaux travaux d’exploration jusqu’en 2027 et la construction d’une nouvelle unité dans l’usine de traitement jusqu’en 2032, les travaux d’exploitation primaire déjà réalisés n’ayant concerné que les parties superficielles des gisements avec 2,7 tonnes d’or produites depuis 2006, et non pas une exploitation semi-industrielle ou industrielle tel que le prévoit le projet. Or, dans son mémoire technique joint à sa demande de prolongation de concession, la société reconnaît qu’à compter de 2011, l’exploitation alluvionnaire et éluvionnaire a été privilégiée sur le site de Saint-Elie et que seule une exploitation superficielle de l’or primaire, dans sa partie saprolitique a été mise en œuvre sur les secteurs de Devis, Sable, Michel et Chemin de fer. Elle atteste également poursuivre ses travaux d’exploration et de forage afin d’envisager une mise en exploitation d’envergure industrielle. Cette exploitation industrielle, qui n’est envisagée par la société qu’à compter de 2027, nécessite, selon le rapport de GoldMinds Georservices, une étude concrète concernant la construction d’une usine de traitement de l’or standard par cyanuration par gravité à Saint-Elie, la société devant passer à un niveau technologique supérieur pour la récupération de l’or, ce qu’elle reconnaît dans son résumé non-technique d’avril 2016, l’apport d’expertises de haut niveau d’autres producteurs d’or étant, d’ailleurs, envisagé. Or, les méthodes de modélisation et d’exploitation de l’or primaire à échelle industrielle ne présentent pas de similitudes avec l’exploitation de la partie superficielle de l’or primaire réalisé à la pelle mécanique par la société des mines de Saint-Elie depuis lors. Il en résulte que la société ne peut se prévaloir que d’une expérience dans l’exploitation de la partie superficielle de l’or primaire et d’une grande expérience dans l’exploitation alluvionnaire et éluvionnaire, alors que l’exploitation à échelle industrielle en roche dure des gisements projetés n’est pas démontrée pour les années passées et nécessitent d’importants investissements techniques, telle qu’elle le reconnaît dans son mémoire technique et dans le complément adressé en juillet 2019 au service instructeur. Par suite, l’administration n’a pas commis d’erreur d’appréciation ou d’erreur de fait sur ce point.
Enfin, la société conteste l’appréciation portée par l’administration au regard de l’inadéquation entre la surface et la durée de la concession sollicitées et le programme de travaux proposé qui ne comporterait pas le détail des réserves aurifères et la localisation des sites de gisements à exploiter. Toutefois, ainsi qu’il a été énoncé au point 24, la société ne démontre pas avoir déterminé le détail des réserves aurifères sur les gisements projetés, notamment pas dans la réalisation du programme de travaux proposé contenu dans son complément du 21 février 2019 qui renvoie aux annexes 9 et 10 de sa demande. Si le rapport traduit de la société GoldMinds Geoservices en annexe 11 retient, au titre de ses interprétations et conclusions, que « la Société des Mines de Saint-Élie a commencé à délimiter une base de ressource en roche dure et saprolite qui a le potentiel de permettre la prolongation de l’extraction aurifère sur plus de 25 ans », il demeure qu’elle n’a pas engagé les travaux d’exploration de réserves aurifères nécessaires, tel que cela ressort de son « business plan » pour les cinq premières années. Dans son mémoire technique daté d’avril 2016, la société n’envisageait l’exploitation minière industrielle qu’à compter de 2022 et pendant « probablement » 20 ans, ces travaux étant soumis à la poursuite des sondages et travaux de recherche. En outre, le rapport d’enquête publique du 30 novembre 2017 relevait déjà les lacunes du projet de la société dont les développements techniques ne contiennent que très peu de précision, et dès lors que la durée de 25 années d’exploitation ne concerne que des sites déjà exploités sans considération sur le restant de la concession. Au titre de son tableau « caractéristiques des projets d’exploitation minière sur la concession de Saint-Elie » contenu dans son complément du 4 juillet 2019, la société reconnait également une exploitation alluvionnaire et éluvionnaire sur une période de quatre ans, suivi de travaux d’exploration jusqu’en 2026, avant une phase d’exploitation d’or primaire industrielle qui ne débuterait qu’en 2027, conditionnée à la détermination des réserves aurifères et à la délivrance d’autorisations. Enfin, contrairement à ce qu’elle soutient, les compléments de février et juillet 2019 ont bien été pris en compte par le service instructeur et sont cités à plusieurs reprises dans le rapport de la direction générale des territoires et de la mer. Enfin, elle n’apporte pas au dossier de nouvelles pièces qui démontreraient les travaux réalisés depuis 2019, de nature à justifier la durée de la prolongation de concession sollicitée et le potentiel de réserves aurifères.
En revanche, il ressort de ces mêmes documents qu’ils contiennent une figure 31 intitulée « situation des gisements d’or et ressources estimées » qui cartographie ces gisements. Ils sont également détaillés, secteur par secteur, au sein des figures 8 à 30 et comporte un tableau 6 « ressources minières estimées (onces troy, ozt) pour chaque gisement de la Concession de Saint-Elie » rapportant l’ensemble des secteurs concernés. S’il ressort de ces éléments que les ministres de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et de la transition énergétique ont entaché leur arrêté d’une erreur d’appréciation et d’une erreur de fait en retenant que le projet ne comportait pas la localisation des gisements à exploiter, il résulte de l’instruction et de ce qui a été précédemment énoncé qu’ils auraient pris la même décision s’ils ne s’étaient pas fondés sur ce motif. Il s’ensuit que la société des mines de Saint-Elie ne justifie pas suffisamment de ses capacités techniques pour la prolongation de la concession de mines d’or de Saint-Elie et que l’administration n’a pas entachée son arrêté d’une erreur d’appréciation.
En dernier lieu, il résulte de ce qui a été énoncé au point 12, que le rapport de la direction générale des territoires et de la mer n’est pas entaché d’impartialité ni de nature à révéler une situation de conflit d’intérêts et il n’est pas démontré que le défaut de prise en compte d’éléments actualisés par le service instructeur aurait eu une incidence sur le bien-fondé de l’arrêté en litige. La société n’est dès lors pas fondée à soutenir que l’arrêté serait entaché d’erreur d’appréciation ou d’inexactitude matérielle, sur ce point.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la société des mines de Saint-Elie doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d’injonction et celles présentées au titre de frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société des mines de Saint-Elie est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée société des mines de Saint-Elie, au ministre de l’économie, des finances et de l’industrie et au ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.
Copie en sera adressée au préfet de la Guyane et à la direction générale des territoires et de la mer.
Délibéré après l’audience du 18 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Marcisieux, conseillère,
Mme Lebel, conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2025.
La rapporteure,
Signé
I. LEBELLe président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
M-Y. METELLUS
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l’énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER